ELECTIONS AMERICAINES- OBAMA FAIT LE GRAND ECART

Publié le par Patrick Gouverneur

L'élection américaine est entrée dans la dernière ligne droite.
A dire vrai assez mollement.
Rien à voir avec la tension et l'excitation médiatique du duel Obama - Clinton.
On a même l'impression pour tout dire, qu'elle n'a pas encore tout a fait démarré.
Peut-être les premiers débats entre les deux finalistes tiendront-ils de réel démarrage.
Mais pour l'instant le moins que l'on puisse dire c'est que l'Amérique profonde et même celle qui ne l'est pas, n'est pas bouleversée par cette campagne.

Pour le comprendre il faut prendre en compte plusieurs facteurs.
Cela fait longtemps que les américains (en tout cas l'immense majorité d'ente eux) ont compris que le Président ne peut et ne résoudra jamais leurs problèmes quotidiens.
Un catalogue de mesures comme celles proposées par Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal durant la campagne française n'aura jamais cours aux U.S.
Aucun candidat ne s'aventurera jamais à s'engager sur les transports, les routes, la justice du quotidien, la police de proximité et même l'éducation.
Ne parlons même pas des heures sup ou des jours de congés.......
Pour une raison simple il ne le peut pas.
Le Président des Etats-Unis ne peut s'engager (et encore sous réserve de l'accord du Parlement) que sur ce qui concerne ses propres prérogatives.
Et elles ne sont par hypothèse que fédérales.

Certes les impôts, la police, l'éducation, la sante voire les retraites le sont.
Mais uniquement dans la mesure ou elles viennent en complément de systèmes prives ou de règles relevant de chaque Etat.
Partant de la, le Président des Etats-Unis un peu comme un Président de l'Europe (ce qui arrivera peut-être un jour) ne peut donc guère être spécifique.
D'ou parfois l'impression, justifiée d'ailleurs, d'un discours un peu général maniant plutôt des concepts et des idées que des mesures concrètes sur lesquelles les candidats s'affronteraient.
C'est pourquoi la plus grande partie des désaccords et controverses se déroulent sur la politique étrangère.

Le résultat en tout cas,c'est que depuis bien longtemps la moitie des américains ne votent pas a l'élection présidentielle.

Autre facteur également, et celui la est plus récent, sur beaucoup de sujets les positions très opposées des deux candidats il y a quelques semaines « se rapprochent ».
Pour être honnête disons plutôt que c'est Obama qui évolue.
N'empêche que par voie de conséquences plus ca va et plus les américains qui en doutaient encore réalisent qu'il n'y a pas de « solutions miracles » ce qui contribuent sans doute à dépassionner un peu la campagne.

 

Quoi qu'il en soit l'issue reste incertaine.
Nous ne répéterons jamais assez ici, que l'élection de Novembre se jouera en définitive sur une dizaine d'Etats au maximum (plus probablement 6 ou 7) les fameux « Swing States ».
43 Etats sur 50 ne font aucun doute quant à l'issue finale, de sorte que chaque candidat sait très précisément le nombre de délégués qu'il récoltera sur ces Etats.
Reste les autres.
C'est dans ces Etats que se déroule et se déroulera la campagne, car ce sont eux qui seront décisifs.

La commence le problème stratégique d'Obama.
C'est un euphémisme en effet de dire qu'une campagne pour le deuxième tour n'a plus rien à voir avec celle du premier.
Chacun sait qu'au premier on rassemble son camp, au deuxième on élargit son électorat pour gagner..
Or pour éliminer Hillary, Obama à joue la carte du « gauchisme ».
Point faible bien connu de son adversaire, considérée elle comme modérée, c'était donc tentant.
Et on va dire que ca à marché.
De justesse peut-être mais ca à marché.
Aujourd'hui, les enjeux sont différents. Obama doit convaincre les blancs qui ont du mal à imaginer que le prochain Président des Etats-Unis puisse être noir, les femmes qui ne lui pardonnent pas d'avoir éliminé Hillary, les « indépendants » et tout simplement les hésitants, que mieux vaut un homme de gauche modéré et jeune, qu'un homme de droite modéré également mais experimente meme s'il est âgé.
En clair qu'il a le niveau et la carrure.
Et le tout dans des Etats très équilibrés politiquement et plutôt modérés.

Pour cela il lui faut un discours rassembleur et rassurant.
Démarche inverse en quelque sorte de celle de Ségolène Royal en France, souriante et consensuelle en Mai 2007 et aujourd'hui tout d'un coup militante virago et haineuse.......

Obama lui cherche à rassurer sur tous les sujets, en recentrant son discours.

Prenons l'Irak par exemple.
Comme nous vous le disions depuis plusieurs mois la situation sur le terrain s'améliore très sensiblement. Même si c'est encore loin d'être gagne.
N'empêche son discours défaitiste et incroyablement critique de Bush tombe un peu a l'eau face a quelques résultats.
En outre Obama a inquiète certains pendant les primaires sur son inexpérience des affaires internationales et sur son « angélisme » sur l'Irak, l'Iran et les autres.
Du coup il cherche à rassurer.
En ce qui concerne le retrait des troupes américaines, dont même Bush commence à parler aujourd'hui, il annonce désormais qu'arrive au pouvoir il se livrera a « une analyse des réalités du terrain » ..........quand il y a 6 mois il parlait de retrait immédiat et il ya 3 mois encore de 16 mois...
Tollé à gauche..du coup il est revenu à 16 mois....
Ce qui fait que son cote « flip-flop », en français changement d'opinion permanente, a été immédiatement dénoncé par ses adversaires.
Cette expression « flip-flop » est le cauchemar des Démocrates car elle leur rappelle les pires souvenirs. Ceux de John Kerry en 2004 qui avait mis dans son programme à peu prés tout le contraire de ce qu'il avait vote pendant 10 ans au Senat....

Or Obama depuis deux ou trois semaines passe son temps " a preciser ses propos mal compris" ou encore a communiquer a la presse des versions ecrites de ses discours differentes de la version tele.........
Du coup l'entourage de Mc Cain ne se prive pas de se demander publiquement "quel est le vrai O bama ?

Il est vrai que sur l'aspect militaire il doit tenir compte de la situation en Irak mais plus encore de celle en Afghanistan.
Car depuis quelques semaines, l'Afghanistan lui pete a la figure, et il sait désormais que chaque « boy » retiré d'Irak devra être transféré là-bas, car les talibans et Al Quaeda se refont une sante en Afghanistan .

Mais il n'y a pas que l'Irak ou l'Afghanistan, il pèse ses mots sur tous les sujets, car désormais toute promesse ou tout engagement hâtif ...devra être tenu dans 6 mois s'il est élu Président, ce qui reste une forte probabilité ....alors prudence..

Mais a force de prudence...certains sont perdus.

Autre exemple l'économie qui devient le sujet majeur de la campagne, et qui le sera de plus en plus d'ici Novembre.
Or dans ce domaine les solutions miracles « façon premier tour » n'existent pas. Et Obama le sait.
Toute relance de l'économie par exemple passe par des incitations fiscales et des baisses d'impôts.
Mc Cain s'est déjà engage à rendre permanente les « tax cut » de Georges W Bush.
Obama qui avait milite haut et fort pour leur suppression parle désormais « de baisses d'impots mieux ciblées... ».

Ce qui ne rassure pas grand monde......

Du coup le malheur pour le Sénateur de l'Illinois, c'est que chaque voix gagnée sur sa droite peut être aussi une voix perdue sur sa gauche, car beaucoup commencent a se déclarer « déçus » de certains de ses propos récents beaucoup plus modérés qu'auparavant.
Et certaines voix s'élèvent pour lui mettre la pression afin qu'il conserve un programme « à gauche toute ».

Alors de temps en temps il donne un coup de barre à gauche.
Un très bon exemple est celui du prix de l'essence.
Le gallon d'essence aux US a double en 18 mois, et chacun sait combien le prix de l'essence est essentiel dans « l'American way of life » pour une nation qui à longtemps paye 1 franc le litre le litre de super si ce n'est moins, quand en France on le payait 6 francs.
Aujourd'hui, face a ce « vrai drame économique » aucun des candidats n'a de solution miracle.
Pas plus ici qu'ailleurs.
Mc Cain met en avant ce qu'il appelle des solutions « de bon sens que l'on a trop tarde à prendre ».
Changer les comportements et surtout « créer les conditions d'une indépendance de l'Amérique vis à vis de son énergie ».
En clair produire sa propre énergie de manière a ne plus l'acheter a prix d'or a des pays
« dont on n'est pas toujours surs qu'ils soient vraiment amis ».

Energie de substitution , et forage au large des cotes américaines.
Ni plus ni moins que des décisions déjà prises par...Bush qui restera qu'on le veuille ou non le premier Président américain de l'histoire a s'être réellement  penche sur le problème.
Son impopularité, son image de « l'homme des pétroliers » fait que personne n'en parle mais c'est un fait.
Mc Cain propose d'accentuer, d'accélérer les mesures initiées par Bush.
Mais autant vous dire que de telles décisions ne ramèneront en aucun cas le prix du gallon en Janvier 2009 a 2$ quand le nouveau Président prendra ses fonctions.
Obama lui a la pression de certains de ses amis pour se démarquer de Mc Cain et surtout de proposer des solutions plus « immédiates ».
Alors il s'est prononce pour la taxation des profits des grandes compagnies pétrolières.
Ca ne vous rappelle rien chez Ségolène depuis 3 ou 4 jours... ?
Position assez populaire aux US en ce moment tant les grandes compagnies pétrolières ont mauvaise presse.
En revanche il s'est prononce ( pour faire plaisir aux écologistes) contre les forages au large des cotes américaines, ce qui a provoque des débats et une avalanche de critiques.


Mais ce coup de barre à gauche n'est pas innocent.
En realite son analyse est la suivante.
Il ne perdra pas quoi qu'il arrive les Etats Démocrates qui lui sont promis.
Mais pour gagner les « Swing States » indispensables, à quoi sert de gagner des voix au centre si c'est pour les perdre a gauche ?
C'est la qu'intervient celui dont on parle peu.
Trop peu.
Ralph Nader.
Le candidat « vert » fera 1 ou 2 % des voix comme d'habitude.
Mais s'il récolte 1 ou 2% de plus en recueillant les « gauchistes » déçus c'est un drame pour Obama.
Voilà pourquoi Obama fait de la corde raide en se promenant sur toute la gauche au gré de ses interventions.
Mais rassurez-vous, Nader à une pression terrible pour retirer sa candidature.
Pression a laquelle il résiste aujourd'hui totalement...pour l'instant.
Nul doute que le camp Obama « travaille » la dessus et que Nader doit serieusement « négocier » son avenir.........

Mc Caïn lui n'a pas tous ces problèmes.
Pour une raison simple, lui n'a pas besoin d'apparaître comme « modéré » il est considéré comme « modéré » chez les Républicains, depuis longtemps.
Il doit en partie sa désignation au fait que les « conservateurs » Mitt Romney et Mike Huckhabee se sont quelque peu neutralises et lui ont laisse le champ libre.
Il n'a donc pas à recentrer son discours.
A la limite il devrait presque plutôt le « droitiser ».
Mais il n'en a pas besoin car la droite du Parti votera pour lui de toute façon..
Sans enthousiasme mais par raison.
Il reste donc sur ses positions et sur son image de politicien modéré et ouvert, sans changer son discours
Sa proximité avec Bush ?
Il la gère bien.
Il n'a jamais été un inconditionnel et tout le monde le sait.
Il a toujours été pour la guerre en Irak et toujours contre la facon dont elle a été menée au début.
Avec insuffisamment de soldats de son point de vue.
Les événements lui donnent plutôt raison donc il est assez serein.

Le seul problème tactique pour lui c'est le choix de son Vice Président.
Romney ou Huckhabee lui conforteront l'électorat conservateur mais peuvent peut être lui couter des voix centristes.
Car Mc Cain a 72 ans et l'hypothèse qu'il ne fasse qu'un seul mandat est une hypothese sérieuse. Du coup son Vice Président a de l'importance.
S'il choisit par contre Liebermann, un ancien démocrate repenti cela pourrait agacer fortement l'Amérique profonde.

Tout reste ouvert naturellement.
Tout le monde attend les sondages des 5 ou 6 Etats qui comptent vraiment.
Et la Floride que votre serviteur connaît un peu prie le Bon Dieu pour que l'on n'ait pas un remake de l'élection 2000.
Et pourtant, c'est un scenario possible que certains commencent à envisager tant les sondages sont serres.
Et Nader n'est pas pris en compte..........
...

D'ou le fait que Charlie Christ le Gouverneur de Floride est un candidat tres serieux a la Vice Presidence de John Mc Cain.

S'il peut apporter son Etat a Mc Cain cela pourrait rapporter gros, tres gros

Publié dans Politique

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patrick gouverneur 18/07/2008 23:52

les baisses d'impots sont une necessite pour l 'economie americaine plus encore que pour les autres.La croissance est plus qu'ailleurs encore basee sur la consommation et la vigueur de l'economie aussi.C'est la recette qui a toujours marche et qui relancera une fois de plus l'economie en 1 an.Le probleme de l'assurance maladie generalisee est un vrai probleme aux US c'est sur. Mais echaudes par les couts budgetaires des experiences europeennes les dirigeants ne peuvent le mettre en place qu'avec une economie en forme.Le dossier sera donc mis de cote en Janvier prochain.Mais c'est certainement le vrai point de difference entre Obama et MC Cain et on peut probablement attendte que sur la duree de son mandat, Obama fasse quelquechose la dessus.A fortiori si Hillary est sa Vice President mais ca, ca n'est pas fait

Loïc 18/07/2008 10:06

Sacré nom que celui de Charlie Christ...En tout cas, encore une fois, un article intéressant sur les élections américaines : l'importance du choix du vice-président, le grand écart de Barack Obama,... Une question : vous dites que les baisses d'impôts sont une nécessité ? Mais, l'Etat fédéral a t il les moyens de se priver d'une partie de ses recettes ? Qu'on puisse doser les impôts différemment, c'est une évidence, mais il y a un certain nombre de choses à mettre en place, notamment en ce qui concerne la sécurité sociale, qui font l'actualité.. Apparemment aussi, les crédits pourris et les pertes de banques sont toujours à l'ordre du jour, non ?