"THE" DEBAT !

Publié le par Philippe Dermagne

Il n'y a plus une seule pâquerette dans le pré.
C'était inévitable.


Hors tout esprit partisan, posture que tout journaliste se doit d'avoir - oui, je sais je rêve ! - ce débat n'est que l'illustration de notre crainte : le niveau des pâquerettes est définitivement atteint. Ceci est de l'unique responsabilité des deux journalistes qui n'ont pas su tenir leurs rôles, mais y pouvaient-ils quelque chose ! 

 

Bien entendu, chaque porte-parole déclarera son candidat vainqueur, mais il convient de nous poser la seule question qui vaille : les lignes ont-elles bougé ?

Royal avait décidé de "rentrer dans le lard" de Sarkozy qui lui-même avait décidé d'être d'un calme olympien. Sur ce chapitre, les objectifs respectifs sont atteints. La belle affaire !

Il faut essayer de voir ce débat de façon la plus neutre possible ce qui, convenons-en, est très difficile quand on souhaite à la fois la victoire de son "chouchou" - faut-il préciser qui ? - et celle de la clarté et du niveau des échanges.


Que retenir de ce débat ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Essayons d'extraire les caractéristiques majeures de l'événement :


- l'ordre du jour a été totalement bouleversé par Royal, ce que les journalistes ont été incapables de maîtriser. Cela nous confirme dans notre idée mille fois exprimée. En France cette profession a perdu ses lettres de noblesse, en tout cas du côté des grands médias télévisuels.

- Royal a été bonne ce qui n'est qu'une surprise très relative. Autant elle est mauvaise en meeting, autant nous savions qu'elle était plus à l'aise en débat (cf celui avec Bayrou). Il serait de mon point de vue stupide de nier cette évidence, sa télégénie lui donnant de surcroît un atout intangible qui ne doit pas être négligée.

- Sarkozy a déroulé son programme de façon sereine et accompagné d'un discours argumentatif sérieux, ce qui n'est pas non plus une surprise. Il aurait sans doute pu être plus incisif, mais il avait décidé de cette stratégie. Il n'y a donc rien à dire sur ce point.

- La colère de Royal sur "l'immoralité politique" a révélé sa vraie nature, non celle d'une douce colombe mais d'un cobra. Cela étant, elle l'avait prévue. Le tout pour elle fut de savoir à quel moment placer sa colère. Le sujet choisi est par ailleurs plus que discutable (la place dans l'école des enfants handicapés)

- Toutes les propositions avancées sont celles que nous avons entendues depuis des mois. Ces redites respectives n'ont rien appris que nous ne sachions déjà.


Des sujets lourds manquent au générique
Du niveau d'une Présidence de la République ils ont été traités en quelques secondes, au profit de détails sans intérêt stratégique (viols d'une femme policier, chipotage de préau d'école autour du nucléaire, récupération d'un avoir fiscal de 7 millions d'euros…etc).
1. une analyse détaillée des solutions proposées sur les évolutions institutionnelles
2. comment concrètement sortir l'Europe de l'ornière en redonnant à la France un rôle prépondérant
3. comment concrètement limiter les délocalisations et leurs conséquences sociales tout en respectant la donne économique internationale
4. pourquoi il est important d'aider les nouveaux pays européens et comment le faire
5. quelle stratégie la France doit-elle suivre pour peser sur des dossiers comme l'Iran, la paix au Proche Orient, le Darfour, l'équilibre Nord-Sud, les négociations de l'OMC…etc.

6. Enfin, une absence totale de la politique de défense nationale, européenne , contribution de la France aux grands équilibres géostratégiques de la planète et lutte contre le terroriste. Pour des candidats à l'Elysées, poste opérationnel de commandement de la 5ème puissance économique, considérée de plus par les spécialistes comme la 2ème puissance militaire du monde, cela est quand même gênant.

Sur tous ces sujets, de nombreux constats incantatoires (Royal) et trop peu de temps passé sur les solutions de chaque candidat. Sachant que sur l'ensemble de ces dossiers Nicolas Sarkozy a des opinions mieux charpentées et plus claires que Royal, je regrette qu'ils n'aient pas été abordés plus longuement.
Le traitement de tous ces thèmes eut placé le débat à un tout autre niveau. Cela étant, ne nous leurrons pas, ce n'était pas l'objectif.

Des "secrets de fabrication"
En synthèse et vu du peuple français, ce débat fut celui de deux candidats au poste de Premier Ministre ou de Ministre de chaque sujet traité (et encore !), en aucun cas de Président de la République.

A ce titre, le débat a sans doute répondu aux attentes d'une majorité de Français : pas de grandes phrases, pas de philosophie, des faits, du concret de tous les jours ! Par certains côtés navrant aussi, mais c'est ainsi.
Côté candidat, notamment pour Nicolas Sarkozy, il est évident qu'il a remplit son contrat. Il voulait démontrer sa maîtrise des dossiers économiques, tout en soulignant les faiblesses de Royal sur ce terrain. C'est fait. Il voulait au moins une fois faire sortir Royal de ses gonds, en révélant la face noire de la dame blanche. C'est fait aussi.
L'équipe de campagne du candidat Sarkozy a bien travaillé. Il faut en féliciter tous les membres. La cohésion d'une équipe est sans aucun doute ce que n'a pas su faire Royal.


En revanche, pour les journalistes, triste constat
C'était à prévoir. Si l'on doit tirer une conclusion universelle et indiscutable de ce débat, c'est bien celui-là : PPDA et Arlette Chabot ont été dépassés par les événements. Pas brillant et même alarmant ! C'est vrai que l'exercice est difficile, mais n'est-ce pas leur challenge professionnel ? 

Les lignes ont-elles bougé ?...
Royal fut nettement plus agressive que prévisible - quoi que nous savions qu'elle fût cassante et autoritaire ! - ce qui est de nature à rassurer son camp. Sarkozy fut calme avec sa maîtrise habituelle des dossiers économiques, ce qui est de nature à rassurer les bayrouistes indécis, à l'origine plutôt de centre droit.

... Non !
Les lignes ne bougeront pas. Les indécis, ceux qui n'ont été convaincus ni par l'un ni par l'autre, s'abstiendront ou voteront blanc.
Sarkozy fera le plein de ses suffrages de réserves, Royal perdra les socialistes qui ne la supportent pas, les bobos qui partiront en week-end sans avoir confié de procurations.

La France jugera
A la fin de l'émission, voilà ce que je me suis dit :
" Tu viens de débarquer de la planète Mars. Tu assistes à ce débat parfois musclé. Tu ne connais aucun des deux candidats. Quel est celui à qui tu confierais les clés de la maison France ?".
J'ai tournée dans tous les sens, j'ai bien réfléchi... il m'a semblé flagrant que des deux, celui qui a "crevé l'écran pour le poste" si lourd de Président était Nicolas Sarkozy. Une conclusion rassurante eu égard à l'opinion partagée chez BAM, mais c'est aussi sans doute la grande conclusion que de nombreux Français auront tiré de l'événement.
Si nous ne sommes pas satisfaits du contenu d'un tel débat, force est de constater qu'il permet de dessiner la personnalité la plus idoine à la fonction.


Bref ! Dimanche soir 20H00 : Sarkozy 53/54 - Royal 47/48...

...il faut bien vivre dangereusement !

 

Publicité

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article