DOPAGE - Arretons un peu l'hypocrisie

Publié le par Patrick Gouverneur

Dans le prolongement de notre papier sur le Tour de France et plus precisement sur la volonté farouche de son organisation de lutter contre le dopage, même si cela passe par un affrontement avec la Fédération Internationale, il nous a paru intéressant de prolonger le débat.

En l’élargissant au dopage général.

Et pas seulement dans le cyclisme, car ce serait une vision singulièrement réductrice et par la même injuste a l’egard de ce sport.

En effet ce qui est réellement estimable dans la démarche de l’équipe organisatrice du Tour de France, c’est qu’il y a une vraie volonté de nettoyer le peloton.

Même si l’on a vu, les moyens peuvent être discutables.
Et la tache n’est peut etre pas aussi immense que cela.

Car finalement sur 150 et quelques coureurs contrôles quasiment tous les jours, on en a attrapé…4.

Ce qui tout de même remet les proportions a leur juste valeur.
Sur les 150 meilleurs professionnels du monde, 4 fait quand même pas beaucoup.

Trop sans doute si on ajoute quelques chanceux qui ont du passer au travers.

Mais tout de même quand on sait d’ou vient le cyclisme, cela montre que la fin du nettoyage n’est sans doute pas éloignée qu’on le croit.

 

Le grand mérite de l’ASO c’est de se lancer dans un combat qui est aussi celui de la lutte contre l’hypocrisie.

 
 
Contre leur Fédération « de tutelle » nous l’avons vu.

Franchement le cyclisme est-il le seul sport au monde ou la Fédération Internationale est « incompétente et dépassée » pour rependre les termes de Patrice Clerc?

Je vous laisse juge de la reponse…
 
Contre aussi le public.
Car soyons clair la grande majorité du public se fout du dopage.

Pour l’immense majorité des fans, seul le spectacle compte et ces « affaires » sont plus dérangeantes qu’autre chose.

Peut-être cela dit, les choses sont elles en train de changer et cela ne serait pas le moindre des mérites de la société du Tour de France que d’y avoir contribue.

Il est en effet très possible que le grand public soit en train de faire sa révolution culturelle comme la presse spécialisée l’a faite depuis quelques années.

 

Cette « conversion » consiste a considerer tout simplement que l’on est passe d’un sport ou  le dopage etait parfaitement accepte, car il faisait partie de la culture du vélo, a un sport ou quelques uns seulement sontdopes , et du coup il est logique d’éliminer les tricheurs.

Cela n’est pas rien comme changement.

Comme disait Antoine Blondin célèbre chroniqueur cycliste de l’Equipe dans les années 70 – 80 « si personne n’était dope, le classement serait le même ».

Ce fatalisme résume parfaitement a lui tout seul, l’état d’esprit du sport cycliste et peut-être même du sport en général d’il y a 10 ans en arrière.

 
 
Vous prenez le Journal l’Equipe par exemple.

Organisateur pendant près de 100 ans du Tour de France.

 Ils sont désormais  la « sister company » de l’organisateur officiel ASO.

 Des générations et des générations de journalistes ont côtoyé Anquetil, Poulidor, Merckx, Thevenet, Hinault, Indurain, et j’en oublie, qui étaient à l’époque « des champions  hors du commun ».

Respecte par tous et en particulier par la presse.

Ces gens la mettaient 30mn dans la montagne à leurs concurrents mais ils étaient « forts »…

Aujourd’hui ceux qui gagnent avec 30 secondes d’avance sont des « tricheurs ».

 

Alors qu’est ce qui a change chez les journalistes en particulier de l’Equipe que ça n’avait pas déranges pendant 100 ans ?

 
Sans doute un phénomène de génération de journaliste. Ca c’est sûr.
 

Mais les vraies raisons du virage ideologiques sont sans doute ailleurs, et en l’espèce moins chevaleresques.

En fait la révolution culturelle de la presse et de son leader sur le sujet L’Equipe est facile à situer.

C’est précisément l’arrivée d’Armstrong dans le vélo.
 
Plusieurs facteurs se sont conjugues en même temps.
 
L’apparition de techniques de dépistage du dopage.

Une révolution scientifique en quelque sorte qui a permis de mettre le doigt sur un certain nombre de problèmes en declenchant ainsi  une prise de conscience.

 

La mondialisation du cyclisme qui a agace l’Equipe.

Traditionnellement le vélo, c’etait une bagarre entre les français, les belges, les italiens et les espagnols.

Quelques colombiens grimpeurs passent encore, mais des kasahk, des ukrainiens et des américains qui en plus gagnent, la c’est trop…

Cette mondialisation pourtant logique et propice a la reussite de ce sport , a curieusement agace le journal

 

D’autant et c’est le dernier point, qu’a ce moment la le cyclisme français est au fond du trou.

Comme il l’est toujours d’ailleurs.
En gros, depuis Hinault, il n’y a pas grand chose.
Fignon à un peu titille Greg Lemond mais a peine.

On sort de 5 ans d’une domination sans partage d’Indurain, et l’ère Armstrong a commence.

On ne sait pas encore qu’il va en gagner 7., mais on sait déjà que les américains ont investi dans le vélo.

De gros moyens, une organisation impeccable, une équipe très forte, un Directeur sportif (Johan Bruyneel) qui est le premier à avoir introduit la stratégie de course et le coaching tactique, tout cela au service d ‘un champion intelligent aux qualités hors du commun.

Autant de bonnes raisons me direz vous qui suffiraient a expliquer la fait que l’americain gagne..

Pas pour l’Equipe qui verse dans l’anti Armstrong caractérise.
Trop fort, donc suspect.

Ce cote un peu mauvais perdant est un aspect un peu détestable du sport français à l’époque.

Si les autres gagnent, c’est qu’ils sont dopes.

Il y avait cela dans le rugby quand l’equipe de France prenait tôle sur tôle et quand, jusqu'à Berbizier, le discours de son encadrement naviguait entre « un arbitrage qui ne comprend pas le french flair » et les all blacks qui sont plus grands, plus costauds qui courent plus vite et qui donc « forcement doivent prendre quelque chose ».

C’est curieux mais depuis que les français s’entraînent dur et ne prennent plus de tôles….les all blacks ne sont plus dopes.

Le vélo n’échappe donc pas a la mentalite du Journal l’Equipe de l’epoque.
Si les français sont si nuls, c’est parce que les autres sont dopes.
Donc Armstrong est suspect et son écrasante domination aussi.

L’écrasante domination d’Indurain, de Merckx qu’on surnommait le cannibale, ou d’Hinault non…….bien sur 

Mais celle d’Armstrong oui.

Par la même on joue avec le feu, et on jette l’opprobre sur tout le sport cycliste, mais les apprentis sorciers n’en ont cure.

Comme tous les apprentis sorciers d’ailleurs…
Et la patatras, la boulette.

Sous la pression médiatique la police (déjà !!) multiplie les opérations et dans l’allégresse générale annonce que ça y est une équipe a été pris en flagrant délit de tricherie organisée.

Hélas, trois fois hélas il s’agit de l’équipe Festina, qui est l’équipe ou courre le seul coureur français de talent.

Le seul.
Richard Virenque.
C’est l’affaire Festina-Virenque.

Catastrophe pour l’Equipe, le dopage qui était normalement l’affaire des coureurs étrangers, voilà que notre Virenque national est pris dans la nasse.

Le pauvre, il l’a paye encore plus cher.De grâce rappelez vous les excès en tout genres dont il a fait l’objet…

Pendant ce temps la le roi Armstrong, pourtant contrôle quasi quotidiennement, est regulierement négatif…. et gagne.

Horripilant.
 
D’ou une autre idée.

Armstrong est dope, c’est évident mais il est sans doute mieux dope que les autres…

Bon sang mais c’est bien sur, c’est pour cela qu’il gagne pardi.

Car il bénéficie « probablement » de techniques que les autres n’ont pas.

Ou alors ce qui revient un peu au même, il bénéficie de techniques qui lui permettent de ne pas se faire prendre.

Des dissimulants en quelque sorte.

Bah voyons une découverte de la médecine américaine qui n’aurait pas franchi l’Atlantique sans doute….

Réalité, fiction ou fantasme ? Peut importe, calomniez, calomniez il en restera bien quelque chose……….

C’est sur, Armstrong et les américains sont effectivement plus malins, ou plus compétents,  et c’est pour cela qu’il gagne, car il triche.

On ne sait pas comment mais il triche.
La cause est entendue.

Et on en finit bien sur par oublier l’essentiel : il est le plus fort, point a la ligne.

D’ailleurs ses adversaires de l’époque, eux  ne le contestent jamais.
Eux ils se sont fait prendre a etre dopes,.. et ils ne l’ont jamais battu.
C’est tout dire.
Eux respectent Armstrong et sa supériorité, pas l’Equipe.
 
 

Voilà brièvement reconstitue l’origine et le cheminement intellectuel qui a conduit le Journal l’Equipe a son nouveau combat.

ASO ne fait donc quelque part qu’enfourcher le cheval blanc lance par le journal de son groupe aux débuts des années 2000.

Mais eux apparemment veulent aller jusqu’au bout y compris quand les croises du Journal leur reprochent d’aller trop loin ou trop fort et de mettre en danger leur épreuve.

 
Ce qui d’ailleurs est a mon avis est tout le contraire.
 
Patrice Clerc et Christian Prudhomme ne viennent ni l’un ni l’autre du vélo.
Clerc vient du tennis et Prudhomme du Journalisme.

Et ils sont donc très au fait des contradictions pour ne pas dire de l’hypocrisie du journal de leur groupe.

Et cela risque d’etre et de loin leur combat le plus difficille.

Celui contre l’hypocrisie du monde du sport et de son media numero 1 en particulier.

.

Car quand vous tournez une ou deux pages du « grand quotidien sportif » dans un sens ou dans l’autre, au gré de l’actualité vous tombez sur la rubrique FOOTBALL.

Alors  lā le discours  change.
Dans le foot le dopage ça n’existe pas.
C’est bien connu…..
 

L’Equipe toujours prompt à manier la suspicion sur les étrangers s’est-elle étonné à la même époque qu’elle soupçonnait Armstrong, du formidable accroissement de la masse musculaire et de la dimension physique de Zidane à la Juventus ?

Of course not, c'est Zidane.

Quand Virenque en larmes disait « qu’il ne s’était pas dope de son plein gré » était-ce possible ?

Peut-il avoir été dope par les médecins de l’équipe sans le savoir ?
Ou plutôt en ne voulant pas le savoir.
C’est possible ?
Bien sur que non avaient à l’époque tranche les Guignols et l’Equipe.

Mais Zidane lui a pourtant déclare à la barre d’un tribunal italien sous serment qu’il reconnaissait avoir pris à la Juventus « des pilules dans le vestiaire dont il ne connaissait pas l’origine »

Pilules qui lui avaient été données a lui et aux autres (dont Didier Deschamps) par un des médecins du Club.

Lui il était donc dope « a l’insu de son plein gré »
Mais lui c’est Zidane….

Je suis sur que beaucoup d’entre vous ne savaient même pas qu’il avait déclare cela a la barre d’un tribunal italien.

Forcement sur cette affaire  l’Equipe ( et les autres aussi d’ailleurs) a été extrêmement discret……..

Elle ne s’est  posée pas des questions ?

Vous plaisantez ? l ’équipe de 1998…. Voyons !

 

Quand Zidane blesse en Corée au Mondial 2002 d’une profonde déchirure à la cuisse rejoue 10 jours plus tard, est-ce juste un miracle de la cicatrisation musculaire ?

 

Quand il crève l’écran contre le Brésil en 2006 après que l’on ai eu de la peine pour lui pendant les premiers matchs, et qu’après 8 mois au Real de Madrid ou il ne mettait plus un pied devant l’autre, tout le monde l’implorait de « partir encore au sommet », est-ce juste le miracle d’une préparation physique adaptée ?

Bien sur.

Ses performances a la Coupe du Monde n’ont tenues qu’a sa seule volonté de se préparer pour ce match la………..

C’est évident.
Pas de question pas d’état d’âme.
 

Bien évidemment nous prenons Zidane en exemple à cause de son cote médiatiquement intouchable en France. Mais il y a des dizaines d’autres exemples.

 

Qui a déclare «  qu’il était tout de même hallucinant qu’a la Coupe du Monde de foot, il n’y a pas de contrôles sanguins, alors qu’au rugby, il y en a après chaque match… » ?

C’est Bernard Laporte le coach de l’équipe de France de rugby et futur Secrétaire d’Etat aux Sports.

 

Donc Patrice Clerc, Christian Prudhomme et leur équipe vont devoir jouer sur la corde raide qui consiste à mettre en avant le fait que leur sport n’est pas le plus touche par le dopage, mais qu’au contraire qu’il est celui qui est à la pointe de la répression.

 
 

Car qui peut en douter, le dopage n’est pas l’apanage du cyclisme.

 
Peut-être faudrait-il le dire une fois pour toute.

Le cyclisme est le sport le plus contrôle, c’est donc celui ou il y a le plus de coupables.

Mais les autres sports ?
L’athlétisme par exemple.

Rappelons tout de même que ce sont eux qui ont eu le premier champion olympique (Ben Johnson, champion du 100 m en 86) disqualifie et retire du classement final.

Que dire de ces coureurs blacks sculpturaux qui propulsent leurs 100 kgs de muscles a 40 km / heures sur 100 m ?

De ces rachitiques nords africains qui courent 10 fois 1 km en 1 mn sans s’arrêter et qui a la fin font trois tours d’honneur avec le drapeau de leur pays sur le dos, quasiment a la même vitesse?

Sont-ils dopes ?
Je n’en ai pas la moindre idée. Peut-être.
Peut être pas.
On ne les contrôle pas comme les cyclistes, donc on est sur de rien..
 

Quand toute l’équipe de France de demi fond est suspendue pour dopage, on n’entend pas crier au loup….

 

Aux Etats-Unis, le baseball pourtant loin d’être considère comme un sport réclamant une immense condition physique défraie désormais la chronique.

Toutes ses stars sont positives. Pourquoi ?
Ils sont contrôles, …avant ils ne l’étaient pas.
 

Les mauvaises langues et les comiques à la tele américaine disent aujourd’hui que si les joueurs de football américain étaient contrôles comme les cyclistes, il n’y aurait plus personne pour jouer……..

Il faut dire qu’ils sont plus contrôles (et attrapés du coup) par les flics a la sortie des boites de nuit qu’a la fin des matchs par la Ligue professionnelle.

 

Gary Player ancien grand champion de golf age désormais de 75 ans a déclare la semaine dernière qu’a son avis « les 10 premiers joueurs mondiaux étaient sous médicaments. »

Il n’a pas parle de dopage. Under drugs ne se traduit pas par « dope » en anglais.

 Il n’en a pas dit plus.

 Devant le tollé provoque par ses propos, le pourtant délicieux Gary Player a pris l’avion illico pour partir en vacances.

Il n’empêche que Tiger Woods a déclare il y a quelques semaines qu’il ne serait pas contre des contrôles dans le Golf.

Pourtant Dieu sait qu’il est mesure et prudent dans ses propos.
 
 

Quand on murmure dans le tennis que Courier, Muster et d’autres ont arrête leur carrière pour éviter les contrôles, que les sœurs Williams ont fait un break pour les mêmes raisons, même si leurs blessures étaient bien réelles, disons qu’elles étaient les bienvenues.

Que l’inconstance de Sharapova ne tiendrait pas qu’aux photos et publicités diverses qui l’enrichisse.

Et que la masse musculaire de Nadal est bien suspecte.
Et on dit que , on dit que…
 
Où est le vrai du faux ?
 
 

C’est cette suspicion et ces rumeurs qui sont insupportables et auxquelles il faut mettre fin.

Et la seule manière d’y parvenir c’est d’avoir des règles claires et des procédures transparentes.

 
Car enfin tordons le cou a une idée fausse mais totalement reçue.
Le dopage est autorise dans le sport.
En tout cas dans pratiquement tous.

Car personne ne conteste qu’a un haut niveau « un suivi médical » est indispensable.

L’idee d’un dopage zero est idiote et impossible.
 

Si vous m’expliquez qu’un joueur de foot peut jouer 90 minutes et 30 minutes de prolongation 3 jours après un match de haut niveau uniquement en ayant bu uniquement du Gatorade, je rigole….

Ce n’est pas vrai, car cela est impossible.
 

Alors oui le dopage est autorise sous forme de listes de produis très précis autorises ou pas autorises.

Les listes sont elles justes et honnêtes ?
Je n’en ai pas la moindre idée, je ne suis pas médecin.
Ce que je sais c’est que même la prise d’EPO est autorisée dans le vélo.
Dans certaines limites.

Alors ce n’est pas trop demander aux coureurs que de rester dans ces limites et de respecter les regles.

Et qu’on peut generaliser ce raisonnement a tous les sports.
 

Normalement ces listes et ces règles ont été élaborées sous le contrôle des medecins, par les Fédérations internationales, elles devraient donc normalement etre justes et honnetes.

 

Vous noterez que dans le cyclisme, la société du Tour de France ne conteste pas les interdictions, elle conteste la façon dont sont faits les contrôles, ce qui n’est pas pareil.

 

Le dopage d’un golfeur ne saurait être celui d’un cycliste ou d’un coureur de marathon ; c’est une évidence.

Mais quelle est la limite entre « suivi médical » et dopage ?

Aux fedes de le déterminer.
Et de vérifier qu’il n’y a pas de tricheurs.

Et l’Equipe comme d’autres seraient bien inspires de mettre autant de pression sur le foot ou sur le Tennis, qu’ils en mettent sur le cyclisme.

 
On aurait sans aucun doute des surprises !!!!
 
Et le vrai challenge du Tour de France va être celui la.
Faire en sorte que l’on ne regarde pas que le vélo.
 
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Publié dans Sport

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