LES SOUCIS DE SEGOLENE

Publié le par Patrick Gouverneur

 
Dimanche 17 Juin vers les 16h30 Ségolène Royal mettait sans doute la dernière main à la déclaration qu’elle s’apprêtait à faire aux alentours de 20h15.
Constatant la catastrophe électorale du PS elle se préparait à annoncer qu’elle se proposait de reprendre en mains le PS afin de conduire sa reconstruction et sa refondation.
Elle n’escomptait pas tout de même 80 députés prévus par les projections les plus pessimistes, elle imaginait sans doute comme Bon Appétit Messieurs qu’un léger sursaut de l’électorat permettrait au PS d’en sauver 120 ou 130.
Ce qui était un scénario qui lui convenait bien.
Quelques grands leaders battus, un parti choque ne devrait pas être trop dur a reprendre.
A 18h30 avec en main les sondages ( qui comme chacun sait ne se trompent jamais…)sortis des urnes, son adrénaline à du grimper brutalement.
200 députés élus !!! plus que dans l’Assemblée précédente.
Le choc.
Un PS requinque n’est plus un PS traumatise près a se « donner » a la première « madone » venue.
Il n’est pas douteux que brutalement les rêves de Ségolène sont devenus des cauchemars.
 
Elle n’a évidemment pas l’ombre d’un doute sur le fait que les cadres du PS et pas seulement les éléphants la détestent. Elle leur rend bien d’ailleurs et elle a eu beaucoup de mal à le dissimuler depuis 6 mois.
Mais élue triomphalement par les militants comme la « meilleure candidate du Parti » il y a 8 mois envers et contre leur opinion, leurs peaux de banane et même leurs candidats elle ne doutait pas une seconde de la vague populaire qui allait la porter tranquillement a la tête du parti.
Pour être honnête elle n’était pas la seule. C’’était aussi notre scénario.
Mais avec ces sondages – résultats la donne a changé.
Certains barons du Parti, à commencer par Strauss-Kahn arithmétiquement battu le soir du premier tour, Cambadelis, ou Bartelome qui devaient se trouver de fait éliminés se retrouvent sur son chemin.
Même l’élection miraculeuse d’Arnaud Montebourg ne l’a certainement pas consolée.
Le choc a du être rude.
Elle espérait être appelée au secours, la voila désormais dans la position de prendre le parti avec des cadres remis en selle qui feront tout et elle le sait pour que cela ne se passe pas.
Un putsch en quelque sorte.
Elle sait aussi, contrairement à l’immense majorité des gens que son « ex boy friend » François fera tout pour y contribuer.
Il l’a suffisamment prouvé depuis 6 mois. Des qu’il peut, autant qu’il peut, il lui met des bâtons dans les roues quand ce n’est pas mettre du savon de Marseille voir de l’huile de vidange, sous la planche sur laquelle elle glisse.
Au soir du deuxième tour des Présidentielles des images désormais célèbre la montre la main tendue vers lui, expliquant que désormais elle continue, que ses 17 millions d’électeurs c’est une étape et qu’avec ou sans lui elle va s’occuper de la refondation du Parti.
A ce moment la, Tonton François n’est pas en position de faire le malin.
Probablement la boucle-t-il d’ailleurs.
Il ne peut pas prévoir lui non plus l’incroyable scénario.
Ce Dimanche a 18h30, Ségolène réalise donc que le Parti ne viendra pas à elle, qu’il lui faudra le prendre, et que ce ne sera pas une partie de plaisir.
Voila en quelque sorte l’état d’esprit de Ségolène en ce beau Dimanche ensoleillé sur les coups de 19h et qui pourrait tenir de résumé des épisodes précédents.
 
Alors, que faire ?
Elle n’a pas le choix.
Jouer les militants contre le Parti ou plutôt ses cadres.
Ils la détestent, nous l’avons vu.
Elle sait donc qu’une prise de pouvoir par élection interne est impossible.
Julien Dray, Arnaud Montebourg et leurs amis représentent a tout casser 20 % des cadres du Parti, et les autres c’est une certitude, se mettront ensemble pour la tuer.
TSS qui fut longtemps le Tout Sauf Sarkozy et qui l’amusait tant, désormais ne la fait plus rire du tout car c’est devenu Tout Sauf Ségolène.
Y compris bien entendu ceux qu’elle a pourtant contribuer a faire élire au deuxième tour en allant sur le terrain signer des autographes, et répéter mécaniquement « qu’il ne fallait pas donner tous les pouvoirs au Président ».
Mais Ségolène n’est pas si ingénue que l’on essaye de nous faire croire. Elle sait que la « gratitude » est un mot qui n’existe pas dans le vocabulaire du PS. Alors elle n’hésite pas longtemps.
Ce seront les militants et les électeurs contre les apparatchiks.
 
Alors des Dimanche 20h15 et toute la semaine qui a suivi elle est montée au front.
« Le PS n’appartient à personne, sauf aux militants » déclare-t-elle.
C’est parti, la machine se met en marche.
 
Samedi 23 le Parti Socialiste réuni en Conseil National approuve à la quasi unanimité le « calendrier » de la reconstruction présenté par l’ex boy friend.
En gros on ne fait rien jusqu’en 2008 et surtout on ne change  pas les équipes.
Bah tiens !
Ségolène a préféré sécher la séance pour aller visiter un site préhistorique en espérant sans doute trouver des carcasses d’éléphants, plutôt que d’entendre ça.
 
D’un point de vue strictement tactique on ne peut guère critiquer le plan de Ségolène…. puisqu’elle n’en a pas d’autres.
D’un point de vue politique au sens noble du terme, on ne peut que l’approuver également.
Il ne sera un scoop pour personne que nous ne sommes pas socialistes et pas non plus « Ségolénatre ».
Nous n’avons pas toujours été tendre avec elle, c’est le moins que l’on puisse dire.
Mais ce double constat nous permet donc d’être spectateur intéressé mais pas concerné.
Avec du coup une objectivité accrue nous semble – t il.
Essayons donc dans cette affaire de nous mettre dans la peau d’un électeur ou d’un militant socialiste.
Ca n’est pas si dur que cela.
3 élections présidentielles, 2 élections législatives perdues à la suite, il y a de quoi être amer et se poser des questions.
Ne pas se poser des questions sur la qualité de ses leaders serait même une énormité.
Hollande est la depuis 10 ans, Fabius a été Premier Ministre il y a 20 ans (il est le Chirac de gauche bientôt…) Strauss-Kahn était Ministre il y a 10 ans, Cambadélis, Emmanuelli ont pris de la prison avec sursis, Le Guen aussi.
Et tous ces gens la inondés de caca par les échecs successifs ont l’outrecuidance d’expliquer qu’ils sont les mieux placés pour conduire la « refondation » du Parti.
Franchement lorsque l’on réfléchit c’est à pleurer de rire.
Le culot ne les étouffe pas.
Dans n’importe quel pays les leaders politiques battus dans les primaires, que dis-je battu, écrasés même, rentrent dans leur tanière et se contentent de mandats locaux.
Dans n’importe quel pays un Chef de Parti qui perd 3 présidentielles et 2 législatives passe la main. Pas en France, pas au PS.
Tonton François dont l’aplomb est sans doute la qualité principale, considère qu’il est le mieux placé pour mener à bien le processus de refondation.
Il faut l’entendre pour le croire.
 
Alors la grande question pour Ségolène est la suivante : combien de temps les militants et électeurs du Parti Socialiste vont-ils accepter CA ?
Le PS est aujourd’hui dans la situation de l’UMP en 2002.
Miné par les querelles de personnes, gangrené par les « affaires » et dirigé par des sexagénaires usés par 25 ans de politique.
Combien de temps les militants et électeurs du PS vont-ils mettre à réaliser qu’aucun des noms cités plus haut, AUCUN n’a une chance un jour d’être Président.
Ils sont tous sans exception soit trop vieux, soit trop usé, soit trop mauvais.
Et pire encore certains sont les trois en même temps.
Une chance de diriger le Parti, de protéger leurs avantages acquis, leur voiture avec chauffeur et l’occasion de raconter deux ou trois âneries devant une foret de micros ?
Oui.
Une chance de cumuler allègrement les mandats tout en s’étant déclaré contre pendant la campagne.
Ca oui !
Une chance de faire gagner le PS un jour ?
Aucune.
Alors combien de temps avant que les militants disent « stop, enough is enough, foutez moi tout le monde dehors, rajeunissez les cadres, et au boulot  » ?
La est la question et la réponse est impossible a dire.
Mais il n’est pas imaginable que ça n’arrive pas.
 
Du coup, Ségolène a ravalé ses ardeurs et a déclaré « qu’elle n’était pas pressée ».
Il vaut mieux.
N’étant ni de près ni de loin proche des militants socialistes il nous est difficile de connaître ou de « sentir » leur état d’esprit.
Nous pouvons juste l’imaginer… mais aussi se tromper.
La presse ne contribue évidemment pas à la clarté.
La semaine dernière le Parisien expert en racolage, titrait « Strauss-Kahn leader du PS préféré des français à 64 % ».
Notre sang n’a fait qu’un tour partant du principe que ça n’est pas les français qui votent pour élire le Premier Secrétaire du PS. Mais les français socialistes, ce qui n’est pas la même chose.
Et bien ça n’a pas raté.
Strauss-Kahn est le leader socialiste préféré de 86 % de l’électorat de droite.
Quel scoop !
Strauss-Kahn est depuis toujours le socialiste favori… de la droite.
Ségolène Royal au sein de l’électorat de gauche est la préférée à 56 %.
Strauss-Kahn, Hollande et Fabius se partagent les 44 %.
CQFD.
Alors je serais bien tenté de faire appel aux lecteurs socialistes de Bon Appétit Messieurs mais à croire quelques mails incendiaires j’ai peur qu’ils nous aient quitté depuis bien longtemps.
Si tel es le cas, c’est bien dommage.
Sinon, ils sont les bienvenus pour s’exprimer.
 
Un certain nombre d’entre vous pensent peut-être qu’au fonds, les affaires plus ou moins sordides du PS ne nous intéressent pas et qu’ils s’arrangent entre eux.
Et sans doute qu’avec Hollande, Emmanuelli, Fabius, Mélenchon et consorts ils ne sont pas prêts de gagner une élection.
C’est certain.
 
Mais en même temps ne nous leurrons pas, le pouvoir use.
Le démarrage exceptionnel, je suis le premier à le dire, de Sarkozy durera-t-il éternellement ?
Comment réagira-t-il a l’épreuve du temps, de l’impopularité, des grèves déjà programmées ?
Une opposition intelligente et en phase avec le pays est nécessaire.
Regardez l’attitude de la droite entre les deux tours des législatives quand elle ne prend pas au sérieux son adversaire ! Elle devient méprisante et du coup… nulle.
 
Alors nous en venons presque à aimer Ségolène. Qu’elle fasse péter le Parti Socialiste et plus généralement la gauche en clarifiant les alliances.
Qu’elle fasse peter ce parti archaïque à la « sauce Hollandaise » qui à un goût peut séduisant de synthèse a deux balles.
Qu’elle fasse peter cet « incroyable quarteron de losers » qui ont capture le Parti drapes dans leurs échecs consternants.
 
Pour cela, bon courage chère Ségolène.
Mais vous avez raison les militants ne seront pas de trop.
                                                                                         
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Publié dans Politique

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B
il est effectivement stupefiant qu'apres tant d'echecs successifs, les dirigeants du PS s'accrochent encore a leur poste.<br /> JE PARTAGE VOTRE SENTIMENT QU'A UN MOMENT OU UN AUTRE LES MILITANTS LE FERONT SAVOIR, mais les partis sont habitues en France a gerer les frondes, et c'est loin d'etre gagne pour Segolene. Ils prefereront perdre encore et se saborder que de se soumettre a elle.
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