LA DEMOCRATIE EN QUESTION

Publié le par Philippe Dermagne

Qu'est-ce que la Démocratie ? Vaste et grande question pour laquelle des Grecs à nos jours, des milliards de philosophes, d'érudits politiques, d'écrivains, de poètes aussi et de citoyens, sont morts d'épuisement devant leur écritoire, sur un champ de bataille ou même sur un échafaud.

Démocratie ! Ce mot est trop lourd de sacrifices et de drames pour être traité à la légère. Il faut profondément réfléchir à la noblesse de son contenu. Je ne prétends donc certainement pas répondre ici à cette question.

En revanche, en quelques lignes, je vais vous donner mon point de vue sur ce que la démocratie ne doit pas être en France, en regard de la récente actualité.

Ce n'est pas :

- un débat organisé à la va-vite au fallacieux prétexte d'informer les Français, alors que les raisonnements et postures des deux compères n'étaient que pur électoralisme.

- croire que ce débat est le plus grand événement de la campagne et signe d'une formidable évolution de nos pratiques politiques, alors que pratiquement les deux tiers du peuple français (57%, du jamais vu !) ont plébiscité un affrontement clair et net entre la droite et la gauche pour le second tour. Au nom de quel principe peut-on s'abroger le droit de venir troubler ce fait indéniable et surtout historique ?

- tenter de convaincre les Français qu'on va absolument tout leur dire, au grand jour, alors que tout se passe en coulisses avant. Peut-on être innocent ou angélique à ce point pour imaginer que ce "débat" n'était pas formaté à l'avance, dans ses grandes lignes bien entendu (ce qui au demeurant est normal).

- un monde où les journalistes ne font pas leur boulot, en se contentant d'être des chambres d'enregistrements, ce qu'ils ont été durant ce débat comme dans tous les autres. C'est cela qui doit changer. Ce n'est assurément pas d'avoir la vanité de déclarer qu'ils ont osé, eux (BFM TV et RMC). Oser quoi ? Cela fait des dizaines d'années qu'ils auraient dû en imposer l'idée.

Entre nous !

Alors voyez-vous, je vais vous faire une confidence. J'ai apprécié le contenu de ce débat qui a permis, non de déplacer les lignes, mais de les définir, ce qui est radicaclement différent.

En ce sens, il fut utile, mais j'aurais souhaité que ce recadrage fût réserver au débat de mercredi entre les deux finalistes légitimes.

Le mot "démocratie" est totalement dévoyé

En URSS et dans les anciens pays de l'Est, les responsables affirmaient être les représentants de "démocraties populaires", en Chine aussi. Au XIXème siècle, les grands pays européens se voyaient comme de belles démocraties alors qu'ils colonisaient à tout va. Même les USA se sont toujours considérés comme la plus grande des démocraties, alors qu'ils ont pratiqué l'esclavage jusqu'au début du XXème siècle et une ségrégation raciale violente jusque dans les années 60.

Alors, où se place la vérité en matière démocratique ? Il ne faut pas me faire dire ce que je n'ai pas dit. Tous les pays européens, les USA, le Canada, l'Australie sont évidemment ce qu'on appelle des démocraties.

Mais le mot "démocratie" est en réalité totalement dévoyé. La démocratie est d'abord une exigence morale avant d'être des institutions. Et vous me pardonnerez, mais je ne vois dans ce débat aucune dimension morale. Strictement aucune ! Des deux personnalités politiques concernées aux médias qui découvrent, comme le dit Patrick, l'œuf de Christophe Colomb, ce débat est une tartuferie de démocratie.

Les valeurs morales sont universelles, pas les institutions

L'esprit de justice, de bon sens, de sincérité, d'intégrité, de courage, d'égalité, de solidarité...ces valeurs trouvent leur place dans tous systèmes institutionnels dont les fonctionnements varient en fonction des cultures nationales. Il faut s'inspirer et regarder les idées qui fonctionnent dans d'autres pays, sans pour autant croire que leur stricte reproduction soit la clé de tous les équilibres. Je pense notamment aux systèmes anglo-saxons qui semblent présenter d'indéniables avantages.

Les primaires américaines sont-elles un meilleur système que notre suffrage universel direct ?

Les ministères fantômes de l'opposition au Royaume-Uni sont-ils applicables et souhaitables en France ? 

Très franchement je l'ignore. Mais ce dont je suis sûr, c'est qu'il faut profondément analyser tout modification institutionnelle, en projetant toutes les conséquences possibles et imaginables, des plus évidentes aux plus secrètement perverses.  

En France, il faut par exemple et sans aucun doute réduire le train de vie de l'Etat. Je ne parle pas ici du budget de l'Elysée qui est une farce. Mais si réduire le nombre de fonctionnaires est largement dans l'air, ce n'est peut-être pas la seule question qu'il convient de nous poser. Une grande réforme institutionnelle serait de supprimer au moins une couche de notre maillage administratif : régions, départements, circonscriptions, municipalités. N'y a-t-il pas là un énorme chantier à lancer ? Et n'est-il pas premier et avant le nombre de fonctionnaires ?   

Le débat est une condition de la démocratie, mais…

Alors bien entendu, il faut faire des débats et le plus possible, avant, pendant et après une élection, a fortiori pour une présidentielle. Il faut que les journalistes imposent le rythme et s'imposent aux Politiques. Mais pas de cette façon et pas avec ces sournoises motivations.

Alors, oui la France a besoin de faire une véritable révolution culturelle. Oui, la France et l'Etat doivent changer de gouvernance, pour plus de transparence, de bon sens et de proximité de leur peuple. Oui, il faut des députés entièrement dévoués à leur mission. Oui, oui, oui !

Oui la France doit enfin entrer dans le cercle vertueux des bonnes pratiques politiques. Mais une nouvelle fois, l'exemple de Royal et de Bayrou n'est pas à suivre. Ce ne sont que leurre tactique et faux-semblants politiques.

Une parodie démocratique.

Ni Bayrou, ni Royal n'ont respecté les règles du jeu,. Ils ont de surcroît voulu faire croire au peuple que leurs programmes avaient d'éventuelles convergences, chacun en vérité n'ayant qu'une obsession : venir chasser sur le territoire de l'autre.

Bien que défendant des idées peu susceptibles de convergence, le seul fait d'apparaître ensemble induit quelques idées communes. Qui peut affirmer le contraire ? C'est de bonne guerre, mais qu'on arrête d'assimiler ce débat à une démocratie oxygénée.

Au foot, peut-on changer les règles en cours de partie ? Et pourtant certaines règles devraient être changées d'urgence. Lorsqu'un joueur simule, ne mérite-t-il pas un carton jaune ? N'est-il pas condamnable au nom de la morale sportive ?

Alors de grâce, pas d'angélisme.

Chaque chose en son temps ! Je n'ai vu aucune convergence sur la seule question qui vaille pour les cinq années qui viennent : redresser l'économie pour avoir les moyens d'une politique sociale pérenne, avec une gestion ferme, des idées et des décisions claires allant - si possible - dans le bon sens, sans compromis mièvres et stériles, avec une majorité stable dans un Parlement qui aura plus de pouvoir et de contrôle sur l'action du gouvernement. N'est-ce pas suffisant pour l'instant ?

Voilà ce dont a besoin la France.

Tout le reste n'est qu'annexe. Ce n'est pas, ce n'est plus le moment de débattre sur la proportionnelle - que par ailleurs il convient sans doute d'étudier - ou sur les 35 heures qui nous ont mis à genoux.

Une démocratie tendant vers l'idéal, oui bien sûr ! Plus belle encore qu'elle n'est déjà chez nous, c'est plus que souhaitable ! Mais elle peut bien encore attendre quelques mois ou plutôt quelques heures avec l'affrontement de mercredi soir, tant attendu et voulu par les Français..

Au cinéma on dit : Moteur ! Action !

 

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Publié dans Politique

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