UN PEU D'HISTOIRE

Publié le par Patrick Gouverneur

Du politiquement correct, a la pensee unique, on est dans une filiation directe.
Bon Appetit Messieurs fait un peu de genealogie.


Difficile de situer exactement la date de naissance de la pensée unique.
Nous détestons le concept « exception francaise ». Pour une raison simple ! Dans la quasi totalite des cas elle n'existe pas.
C'est une vue de l'esprit, un mythe purement marketing qui a pour but de justifier les immobilismes et la lâcheté de ceux qui ne veulent pas prendre les décisions qui s'imposent. Mais cela marche plutôt bien. Car les Français - comme de nombreux autres peuples d'ailleurs - aiment penser et croire qu'ils sont « différents ».
Néanmoins pour ce qui concerne la Pensée Unique, nous pourrions faire face précisément à ...l'exception qui ne confirme pas la règle.
Car la Pensée Unique n'est pas née à une date précise, et encore moins de façon spontanée. Les circonstances de sa naissance sont complexes et, en réalité, l'amalgame de deux phénomènes.

Les véritables origines de la PU
La
première, qui n'est pas la plus ancienne chronologiquement, est évidemment le "politiquement correct". Ce n'est en aucun cas, loin s'en faut, une invention française. C'est même pour être précis, un phénomène né aux USA, à la fin des années 60.
Confronté au racisme rampant et aux émeutes d'une rare violence, le personnel politique et médiatique américain a décidé de s'autocensurer. Tout ce qui dans les mots, comme dans les paroles pouvait de près ou de loin être considéré comme blessant pour les minorités est immanquablement supprimé, voire carrément interdit.
Le politiquement correct a donc très naturellement donné naissance à sa dérivée préférée, la langue de bois.
Traversant l'Atlantique, la pensée unique a trouvé un terrain fertile en Europe qui, il faut bien l'avouer, n'attendait que cela.
Il a fallu du temps. Le temps que notre paysage audiovisuel évolue. Le temps qu'une majorité de Francais capte la télévision, cette fée perverse du XXème siècle.
Le politiquement correct et la langue de bois sont donc des phénomènes planétaires. Ces concepts existent pratiquement dans tous les pays démocratiques qui affichent et défendent la liberté de l'information.
En ce qui concerne la PU, les conséquences sont plus graves, car elle est en définitive la cousine dégénérée du politiquement correct.
Car là ce n'est plus de l'autocensure, mais du terrorisme intellectuel instauré par quelques-uns.
Ces quelques-uns ont, c'est évident, des motivations politiques et idéologiques. C'est leur droit le plus strict. Mais les choses se compliquent lorsque la quasi totalité des médias se situe en relayeur et en diffuseur. Les médias s'instaurent en censeurs de toute autre forme d'opinion. C'est en ce sens que la Pensée Unique fricote dangereusement avec la doctrine officielle.
Les anciens pays communistes et toutes les formes de dictature sont sans conteste des adeptes acharnés de la PU. Dans un pays comme la France, c'est évidemment plus surprenant. Comment un phénomène pervers et fondamentalement malsain a-t-il pu à ce point s'installer dans notre pays ? .
Son développement trouve ses origines dans l'Histoire française, dès la fin de la seconde guerre mondiale.

La réécriture de l'Histoire de France

En 1945, grâce aux alliés anglo-américains la France s'est débarrassée de l'occupant nazi. Paris est en liesse. La France danse dans les rues avec les GI. Elle découvre le swing et les cigarettes blondes.
Sans être réellement élaborée, une alliance s'installe alors insidieusement entre les "élites" politiques.
L'histoire de la dernière guerre mondiale et la libération de la France sont réécrites de la façon suivante :
"Certes la France a été militairement libérée par les Américains, mais ceux-ci n'ont gagné la bataille et réussie le débarquement sur le terrain que grâce à l'efficacité extraordinaire de la majeure partie des Francais eux-mêmes. D'abord parce que durant quatre longues années, chaque francais était un résistant de l'ombre qui s'ignorait plus ou moins. Chaque jour, à chaque instant, chaque Français n'avait de cesse que de combattre l'occupant, d'une façon ou d'une autre et à sa mesure.
Ensuite bien sûr parce que certains d'entre eux – finalement relativement peu nombreux - s'étaient militairement organisés en créant la Résistance, cette extraordinaire armée secrète. Sa force clandestine s'est avérée tellement efficace qu'elle allait lentement mais sûrement saper la puissance militaire de l'occupant, en brisant progressivement le moral de l'armée allemande. Et ce à tel point que lorsque les Américains et les Anglais ont débarqué en Juin 44, ils n'ont eu qu'a « terminer » le travail deja largement entamé par la Résistance."
Telle est de façon simplifiée l'Histoire qui allait devenir la version devenue officielle des faits et dans laquelle nombre d'entre nous ont finalement été élevés dès l'école primaire.
L'histoire était non seulement belle mais en plus elle arrangeait tout le monde.

. Le Général de Gaulle et les Francais de Londres d'abord. Trop content de se donner le beau rôle, en minimisant celui des Américains, il justifiait à la fois son jugement visionnaire - Londres en 40, il fallait effectivement avoir la folie et l'audace d'y partir - son sens de l'organisation et du commandement puisque chacun sait qu'il gérait et organisait la Résistance. Enfin il confortait son image personnelle, celle du Vainqueur.

. Les communistes ensuite. Leur présence et leur activité dans la Resistance est incontestable. Et pas contestée d'ailleurs....à partir de fin 1942 ! A ce moment, plus aucun Communiste ne parle du pacte Germano-Sovietique et du fait que jusque début 42 les Communistes francais considéraient qu'Hitler était un type parfaitement fréquentable.
L'optimisation du rôle de la Résistance leur permettait d'avoir eux aussi le beau rôle en passant par pertes et profits la période 39-42.

. Les collabos enfin ! En tout cas ceux qui n'avaient pas franchi certaines lignes jaunes. Certains d'entre eux n'ont pas contesté l'histoire « officielle » en négociant sans doute de façon tacite la réécriture de la leur. Francois Miterrand par exemple, n'a-t-il pas été élu Président de la République 40 ans après, malgré un passé pour le moins qualifiable de douteux durant la guerre.
Cette version historiquement très contestable à défaut d'être totalement fantaisiste fut donc la version officielle pendant fort longtemps.

A dire vrai, il fallut attendre les années 80 et Henri Amouroux pour « découvrir » que la réalité n'était ni aussi simple, ni surtout aussi belle.
Il fallut attendre 50 ans pour voir jeté en prison Maurice Papon que le Général de Gaulle avait pourtant fait ministre. Et soudain l'Histoire se réécrivait, non sans simplifications abusives sans doute par effet de balancier.

Deuxième drame, celui du regard que « nous » avons porté sur le communisme en Union Soviétique. Là, il faut avouer que l'on a fait fort ! Inutile de nous étendre beaucoup sur les raisons qui poussèrent l'extrême gauche française à l'angélisme le plus hallucinant sur le stalinisme. Il est aisé de les deviner sur le plan idéologique. Nous pourrions comprendre que le marxisme les a fait rêver. Why not ? Mais sur un plan moral c'est autre chose. Oublier les millions de morts, les camps en Sibérie, la torture, les privations, la pauvreté...nous changeons alors de registre, et tout cela est évidemment et infiniment plus "discutable". D'Aragon à Yves Montand...« ils » ne savaient pas ?

Faux ! Car d'autres savaient et le disaient. Ou plutôt ils essayaient de le dire, car les tribunes et les micros étaient difficiles à obtenir, c'est bien le moins que l'on puisse dire. Même avec le recul nous avons quelques difficultés à trouver des explications acceptables. La désinformation ne faut aucun doute. La volonté idéologique d'intoxication est évidente.
La complicité aveugle des médias peut s'expliquer par le fait que dans les années 50 et 60 ils n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui (ou plutôt devraient être, mais nous y reviendrons). Leur ignorance pourrait éventuellement leur être pardonnée. Leur intolérance en aucun cas.
Car les médias ne se contentaient pas de « ne pas savoir », ils interdisaient purement et simplement d'antenne et de tribune toute forme de « dissidence ». La pensée unique se mettait lentement mais sûrement en place.

La passivité de la droite française est encore plus difficile admettre, mais surtout à comprendre. Est-elle le prolongement de l'entente tacite entre les gaullistes et les communistes à la libération ? C'est possible mais qui peut aujourd'hui l'affirmer ?
En tous cas cette passivité a coûté cher. Très cher ! Nous sommes le pays occidental démocratique où le PC « local » fut le plus puissant au monde,
Jacques Duclos faisant par exemple 21 % aux présidentielles de 1969. Et l'influence communiste continue à gangrener le fonctionnement de notre pays 30 ou 40 ans après, notamment au travers du syndicat CGT capable de bloquer la France avec seulement 3 à 5.000 grévistes dogmatisés et surtout non représentatifs de la majorité de ceux qu'ils déclarent défendre. Certes, le poids électoral du PC est désormais symbolique, mais son pouvoir et son potentiel de nuisance sur l'activité économique et sur notre richesse nationale restent considérables.

Nous avons la fâcheuse habitude - très franco française - de déformer les faits ou plutôt de les regarder « d'une certaine façon ». Mais quels sont les responsables ? L'Histoire et la façon de la refaire sont-elles les seules origines de ces comportements collectifs suicidaires ? Les politiques ont-il joué le bon rôle, en tout cas celui qu'un Peuple est en droit d'attendre ?
Comment aurions-nous pu éviter de tomber dans cette chausse-trappe nationale ? Quels sont les moyens de lutte et les outils nécessaires pour en sortir ? Nous pouvons croire que nombre de Politiques ont fait de leur mieux, avec une réelle sincérité mais en étant les victimes de la pensée unique érigée en véritable système politique. Pour nous, c'est en grande partie la presse qui n'a pas joué son rôle en acceptant durant 40 années de ne pas tenir son rang. Elle a manqué et manque encore du courage et de l'indépendance d'esprit, deux valeurs nécessaires pour faire du Peuple France en ce début de XXIème siècle une nation qui ose regarder la vérité en face.
PG 22 JANV 2006

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Publié dans Politique

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