CHRONIQUES PARISIENNES 3....LES MOTS QUI FACHENT EN FRANCE
La langue française est parait il riche…
Vieil adage que surtout les français aiment répéter…..
Je ne sais si c’est exact mais une chose qui est sure, c’est que la langue française est riche de synonymes, et dans l’actualité du moment, il y en quelques uns qui fâchent.
Je vous les cite dans le désordre : évaluer, contrôler, diriger, gérer, patron.
Bon je vous l’accorde ça n’est pas tout a fait dans le désordre, ce sont des verbes qui a défaut d’être synonymes directement, sont plutot une presque definition du management.
Et bien ce sont ceux auxquels une grande partie des français et leurs médias chéris sont parfaitement allergiques en ce moment.
Prenons si vous le voulez bien des exemples, particulièrement démonstratifs à nos yeux puisqu’ils s’appliquent dans des domaines totalement différents mais qui sont tous d’actualité.
Le conflit des enseignants – chercheurs.
Ah, que voila un beau conflit….
La République française est riche de scandales en tout genre mais celui la fait sans doute partie du Top 10 des hypocrisies sociales.
Ceux qui vivent hors de France doivent se dire encore qu’il s’agit d’une grève de plus en France sans bien comprendre de quoi il s’agit.
Il n’est pas sur d’ailleurs non plus que ceux qui sont bloqués dans les embouteillages a cause de ces « fonctionnaires en colère » aient tous parfaitement compris de quoi il s’agissait…
Alors, essayons de préciser les choses.
Dans le cadre de la reforme de l’Enseignement supérieur initiée par Valérie Pecresse, celle-ci dans sa grande inconscience a eu l’idée d’introduire un texte qui prévoit que désormais les Présidents d’Université pourront « évaluer » le travail des enseignants – chercheurs et le cas échéant « réorganiser leur charge de travail » notamment en leur affectant « plus d’heures de cours ».
La malheureuse.
On se demande parfois ce qui se passe dans la tête des Ministres…
Peut-être aurait-il fallu commencer par définir ce qu’est un « enseignant – chercheur »
En fait, c’est simple.
C’est un prof qui cherche.
Ou un chercheur qui enseigne.
C’est selon et on ne sait pas très bien. Justement.
En réalité les enseignants – chercheurs assurent en moyenne trois heures de cours par semaine.
Ce n’est pas beaucoup je vous le concède.
Si on tient compte qu’une année scolaire c’est 30 semaines, et si dans notre grande largesse on y ajoute 3 semaines entre la préparation de l’année avant et les examens apres, cela fait encore moins si on ramène cela en heures/année… .
Et oui il y a quatre mois de vacances…
Que font ces braves gens le reste du temps ?
Et bien ils cherchent ;
On attribue à Charles de Gaulle la phrase « il est facile de trouver des chercheurs qui cherchent, il n’est pas facile de trouver des chercheurs qui trouvent ».
Quelle belle époque ou les Présidents pouvaient se permettre de parler comme tout le monde….
Imaginer Sarkozy aujourd’hui en train de dire cela…..
Toujours est-il que ces braves gens cherchent.
Combien de temps par semaine ?
Justement on ne sait pas trop. En théorie ils ont une charge de travail minimum mais en pratique c’est plus flou.
Que cherchent – ils ?
C’est une très bonne question que l’on vous remercie d’avoir posée.
Dans le domaine de la science, de la médecine, des techniques quantitatives diverses et variées, on imagine relativement bien de quoi il s’agit.
En prenant la peine de préciser qu’il ne suffit pas de chercher pour trouver, sinon cela se saurait.
Pour autant l’appréciation ou « l’évaluation des performances » parait relativement aisée…
Même en histoire, on arrive à peu près à imaginer ce que « chercher » peut vouloir dire.
Mais dans des domaines comme la philosophie, la sociologie et quelques autres sciences humaines c’est plus flou.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à trouver…. donc rien n’à chercher…, cela veut simplement dire que cela peut mériter discussion.
C’est très exactement ce que propose Valérie Pécresse.
En fonction de ses choix pédagogiques, de ses choix stratégiques ou tout simplement de ses contraintes de gestion ou de fonctionnement, le Président de l’Université pourrait demander (respectueusement bien sur) a son chercheur d’augmenter légèrement son nombre d’heures de cours, au détriment par conséquent de son temps de « recherche ».
Une gestion des ressources humaines plutôt basique, convenez en…
« Vous plaisantez j’espère » lui répondent nos chers chercheurs.
Ils refusent catégoriquement « un patron » qui va « évaluer » leur travail et leur demander quoi que ce soit.
Un collègue est malade, ou nous avons plus d’étudiants que prévu dans une section ?
Et alors ?
« Ca n’est pas mon problème » répondent en chœur nos «chercheurs ».
« L’Etat n’a qu’à débloquer des postes ».
Le fameux « y a qu’a » qui rend si facile la gestion des conflits….
Voila en résumé « le profond désaccord » entre ces enseignants-chercheurs et leur ministre.
Alors vous lirez peut-être dans la presse que titulaires d’un Bac + 10 (ou même 12, on ne sait plus) ces gens la gagnent 2 000 euros par mois environ ce qui peut vous paraître modeste ?
Mais vous ne lirez jamais qu’ils font trois heures de cours par semaine….
Vous ne lirez jamais non plus (qu’en particulier dans les domaines scientifiques) leurs heures de « recherche » sont largement consacrées a des articles, a des participations a des colloques, a l’écriture de livres ou d’articles, a des piges pour la télévision ou même des boites privées. Cela vous ne le lirez pas.
Que leurs fameuses « recherches » consistent pour beaucoup d’entre eux surtout à faire « rechercher » pour eux les étudiants qu’ils encadrent pour leur thèse.
Vous ne lirez pas naturellement non plus que ces « heures de recherche » peuvent se transformer (je peux en témoigner directement) par des heures de cours dans le privé pour lesquelles curieusement ils n’ont pas de problème d’emploi du temps…vu les tarifs pratiqués. A l’EBS ils étaient toujours disponibles et toujours volontaires, mais pas toujours cela dit conservés, car ils étaient figurez vous « évalués et contrôlés » entre autres par quelqu’un que je connais bien….
Ce « conflit » est, soyons clair une farce absolue.
Et comme dans celui de la reforme du lycée, l’invraisemblable hypocrisie de la presse qui confine a la désinformation est une honte totale.
On aimerait que la « France qui se lève tôt », qui fait les marchés, qui travaille 70 heures par semaine pour gagner 2 000 ou 3 000 euros par mois et qui dans cette période de crise va travailler encore plus pour gagner moins, connaissent la réalité de leurs revendications et la realite du quotidien de ces enseignants.
Et pas seulement celle qui se lève tôt, mais tout simplement celle qui travaille dur, qui a un patron, parfois plus petit chef qu’autre chose, mais qui pour autant a le pouvoir de « l’
évaluer, de la contrôler, ou de réorganiser son travail ».
Véritablement cette complaisance et hypocrisie médiatique de toute évidence suspecte, est une honte absolue qui coute cher à la France.
Autre exemple révélateur de l’allergie a certains mots.
La reforme des hôpitaux.
Quasiment même punition, même motif.
Dans le cadre de sa reforme, Roselyne Bachelot a elle aussi eu une idée saugrenue.
Le patron d’un hôpital se verra désormais « octroyer des pouvoirs accrus afin de mieux gérer son établissement ».
Voir dans quelles mesures des économies peuvent être réalisées ici ou la, et dans quelles mesures des améliorations pourraient être apportées.
Il devra également gérer ses équipes, adapter le service a la charge de travail réelle, voire même, idée saugrenue s’il en est, trouver des sources de financements nouvelles….
Dans n’importe quelle livre de management c’est la définition du « patron » opérationnel.
Pas dans l’hôpital apparemment puisqu’aujourd’hui ce n’est pas le cas.
On se demande d’ailleurs si un patron d’hôpital ne fait pas cela…. que peut – il bien faire ?
Payer les factures et établir les feuilles de paye ?
Alors ce n’est pas un « patron » c’est un comptable, et encore.
Bizarrement cette reforme de Sarkozy – Bachelot n’a pas engendré de conflit social a proprement parler.
Les infirmières ne sont pas dans la rue. Comme si même elles ne trouvaient cela pas si mal.
Les médecins non plus. Il est vrai que ce n’est pas leur genre, mais quand même.
Certains protestent, mais mollement comme si ils n’étaient pas eux-mêmes très convaincus du bien fonde..
Il faut dire qu’il est difficile de trouver un médecin qui vous dise que « l’hôpital marche bien »….
Quant aux mandarins qui exercent en prive a l’hôpital, alors même que ce sont ceux qui auraient le cas échéant le plus à perdre on ne les entend pas et on comprend bien sur pourquoi. Non finalement, les protestataires ce sont…les députés, et en particulier socialistes.
Mais pas uniquement pour être honnête.
Comme d’habitude et par principe ils s’opposent a une mesure de pur bon sens (a laquelle ils n’ont pas pense eux-mêmes avant et du coup ils votent contre…) en évoquant la « dégradation du service public » ou la « médecine a deux vitesses » vieux thèmes éculés qui masquent leur mauvaise foi chronique.
A moins que philosophiquement les mots « diriger » et « gérer » les dérangent, ce qui serait encore plus grave.
Le visionnage vidéo dans le foot.
Quand on vous disait que les exemples étaient très différents des uns des autres.
Compte tenu des problèmes persistants et dramatiques de l’arbitrage dans le football la Fédération française de football a mis en place une « commission de visionnage ».
Chargée de regarder les vidéos de chaque match de Ligue 1.
Cette commission semblait devoir prendre des décisions sur des faits de jeu, conformes à ce que tout le monde (devant sa télé surtout…) avait vu et qui aurait échappé a l’arbitre.
Semblait seulement.
Car ce n’est pas le cas.
La Commission avait sanctionné au vu des images, Diawara de Bordeaux pour deux matchs de suspension pour une agression caractérisée, alors que le joueur bordelais qui avait certes été expulse n’avait ete suspendu que pour un seul match
La gravite de l’agression paraissait pour la Commission mériter une sanction supérieure.
Et bien elle a été désavouée par la Fédé elle-même.
Les avocats des girondins ont gagné en appel en mettant en avant le fait que cette Commission était chargée de sanctionner des « faits de jeu ayant échappé a l’arbitre » et non des faits de jeu ayant fait l’objet d’une décision arbitrale.
Vous suivez la subtilité sémantique ?
En l’espèce, l’arbitre ayant expulsé le joueur, il n’y avait rien d’autres à dire, et on ne peut pas revenir sur sa décision.
« Une bavure » a expliqué la Fédération.
« Les avocats bordelais ont gagné en mettant en avant une imperfection des textes mais nous allons corriger cela des le 1er Juillet prochain » a précisé Jean Louis Piette en charge de l’arbitrage à la fédération.
Bon nous sommes soulagés, l’erreur sera réparée et le foot va désormais être un sport propre et honnête.
Ne vous réjouissez pas trop vite mes chers amis, ne vous réjouissez pas trop vite…. Evaluation, ou management dans le foot aussi cela passe mal aussi.
« La Commission pourra revenir sur des erreurs arbitrales grossières, mais pas sur celles concernant des faits de jeu (hors jeu, but accorde a tort…) » a tenu à préciser sans rire lui-même de ses propos Jean Luis Piette….
Autrement dit on ne voit pas très bien sur quoi « elle va revenir »
Peut-être que c’est le terme « erreur grossière » qui prête ambigüité... vous savez la langue française, comme on le disait en commençant, elle est si riche……