OBAMA A GAGNE...MAIS HILLARY N'A PEUT ETRE PAS PERDU...
Il faut savoir que les soirées électorales américaines ne sont pas analysées et commentées par les politiciens qui se succèdent et qui font le tout des chaines... elles sont analysées par des journalistes et des experts en science politique, à commencer par le gratin de la profession et les stars des différentes chaines.
Avouez que ne pas se taper Hollande et les autres ...ca fait rêver non ?
Toujours est-il que tout ce beau monde était bluffé hier soir.
Car Hillary après l'élection du South Dakota qu'elle a gagnée une fois encore a la surprise générale a prononcé un discours impressionnant.
Rayonnante, brushing impeccable, maquillage parfait, sourire éclatant elle a pendant une heure décliné pour la énième fois son programme, remercié chaleureusement son équipe et surtout les 18 millions d'électeurs démocrates qui lui on donne « le plus grand nombre de voix jamais obtenu par un candidat démocrate dans toute l'histoire »...
En même temps qu'elle répétait plusieurs fois combien elle appréciait « cette victoire du vote populaire qui lui donne le plus grand nombre de voix ».
Et pour faire bonne mesure , elle a félicité Barack Obama « pour sa formidable campagne » mais en aucun cas pour sa « formidable ...victoire ».
Autrement dit elle n'a pas « concédé » sa défaite.
Tout le monde, nous y compris, était bluffe car quelques minutes auparavant les chaines de télévision annonçaient que ca y était, Barack Obama avait « obtenu le nombre de délégués suffisants pour obtenir la nomination ».
Ce qui est exact..., mais peut-être un peu rapide.
Pour mieux vous éclairer sur cette compétition que nous essayons depuis le début de vous rendre plus claire, il faut prendre en compte plusieurs éléments.
Hillary Clinton a largement démontré depuis des mois que cette campagne a commencé qu'elle était coriace.
Coriace, courageuse et déterminée.
Elle se bat depuis des semaines avec l'énergie du désespoir pour gagner ce droit a la candidature qui lui était promis sur un plateau il ya un an encore.
Elle s'y préparait depuis la réélection de Bush en 2004 d'ailleurs, et voilà qu'un Sénateur noir de l'Illinois surgi de nulle part, lui enlève « sa » désignation.
Mais baisser les bras ce n'est pas le genre de la famille Clinton alors elle se bat.
Et plutôt bien.
Il faut dire que ce long week end politique a été absolument extraordinaire en événements.
Dimanche, Hillary a remporté l'élection de Puerto Rico.
Elle s'y attendait mais les hispaniques lui ont donne une belle victoire.
68,5 % contre 32 %, c'est même une pâtée pour tout dire.
Et 55 délégués de plus dans son escarcelle.
La veille, elle avait aussi récupéré les délégués du Michigan et de la Floride , deux Etats qu'elle avait largement gagnés, et que le Parti Démocrate, pour des salades internes, refusait de lui accorder.
Pour ne pas se déjuger complètement, le Parti Démocrate n'a accordé qu'une « demi voix » aux délégués floridiens.
Victoire a la Pyrrhus donc pour Hillary, car elle espérait bien récupérer les 105 délégués (contre 67 a Obama) qu'elle avait gagnés.
Et 105 c'est beaucoup. Tellement que cela lui aurait permis de revenir quasiment a égalité avant même les 3 derniers scrutins.
Elle n'en aura donc que la moitié.
Cette décision accueillie sous les huées et les sifflets de ses supporters, et les cris de joie du camp Obama, à elle toute seule révèle les difficultés et les obstacles auxquels elle doit faire face depuis des semaines.
L'intelligentzia du Parti a choisi Obama.
Depuis des semaines, nous nous en sommes fait l'écho ici, Hillary doit en effet affronter l'élite médiatico - politique des Démocrates.
Les programmes de télévision de gauche soutiennent son adversaire, en ayant franchi depuis longtemps les limites de l'indécence, et les cadres du Parti, les fameux superdélégués, lui échappent les uns après les autres alors même qu'elle comptait sur les 2/3 d'entre eux soit environ 500 il y a deux ou trois mois encore.
On a donc clairement l'impression que l'élite des démocrates a déjà tourne la page Clinton.
Mais pas les électeurs.
La preuve encore a Puerto Rico et surtout au South Dakota.
La preuve en général puisque avec tous les votes désormais termines, Hillary a remporté le vote populaire.
En clair, au niveau national elle a plus de voix que Barack Obama.
C'est bien pourquoi elle s'est tant battue pour ces délégués, et c'est bien pourquoi aujourd'hui elle a du mal à cacher son amertume.
Car elle va être battue en ayant le plus grand nombre de voix.
Or en 2000 quand Bush a été élu la première fois, avec moins de voix que Al Gore au niveau national mais « grâce » déjà a la Floride... Hillary Clinton comme tous les démocrates a considéré que Bush avait « volé » son élection.
Le cauchemar se reproduit mais cette fois c'est elle la victime, et les cadres du Parti ne semblent pas s'en offusquer.
Pire même, ils « encouragent » le hold up (a ses yeux) en basculant petit a petit vers Obama.
Tout l'acharnement et la combativité d'Hillary Clinton s'explique par cela.
Elle considère que sa défaite est injuste.
Mais en ne lui rendant pas l'intégralité des délégués floridiens et du Michigan le Parti lui a pourtant montre... qu'il avait choisi.
On préserve les apparences en n'ignorant pas deux millions de votants... mais quelque part on a choisi notre camp.
Sorry Hillary, ce sera Obama.
En effet cette « salade » du Parti a pour conséquence qu'arithmétiquement elle a perdu, alors qu'avec l'intégralité des délégués elle était revenue à égalité.
Encore faut-il prendre en compte que si Obama a obtenu 2144 délégués quand il lui en fallait 2118, cela tient compte de 381 super délégués qui ont indique « une intention de vote » et qui eux rappelons le peuvent changer d'avis atout moment, y compris a la dernière minute.
Mais à ce jour les comptes sont ainsi.
Voilà pour les faits.
Mais d'un point de vue de l'analyse politique, si cruel que cela soit pour Hillary Clinton, on peut comprendre les élites du Parti.
Car Obama est il faut le dire, comme un Dieu vivant intouchable.
Le propos est exagéré mais je souhaite ainsi illustrer mon point de vue.
On a en effet l'impression que politiquement et électoralement parlant, rien n'a de prise sur lui, que rien n'arrête son inexorable marche en avant.
Son enfance musulmane, sa période hippy fumette qui apparemment aurait été au-delà de simples vapeurs...., rien n'ébranle la conviction des électeurs.
En tout cas des siens.
Si on ajoute les prêcheurs cinglés de son église de famille, ses copains anciens poseurs de bombes, sans même parler de son « inexpérience » régulièrement mise en avant par Hillary elle même on ne peut que s'empêcher de constater que n'importe lequel des candidats aurait été prié de se retirer pour moins que cela....
Pas lui.
Il fait partie depuis 20 ans d'une église qui vomit sur l'Amérique ?
Et bien il démissionne ... bien tardivement, et puis c'est tout.
Il n'a pas d'expérience ? C'est du racisme.
Sa politique étrangère baigne dans l'angélisme ? Même chose.
Il répond bêtement à un propos de Bush qui ne le nommait pas ? Tout le monde s'en fout.
Chaque critique est immédiatement soupçonnée de racisme.
Du coup elles sont difficiles.
Hillary vient d'en faire l'expérience depuis six mois.
Pour tout dire mon impression est que l'Amérique (en tout cas ses élites) veut Obama.
« Hope » « Change » et « We can do it » qui ne sont que des slogans sans aucun contenu, et bien c'est exactement ce que la nouvelle génération a envie d'entendre.
Le « I got a plan » de John Kerry en 2004 n'avait convaincu personne tellement personne ne savait ce qu'il contenait.... et Bush avait été réélu quasi triomphalement.
Lā en revanche le « We can do it » qui est un vide sidéral absolu, marche. Et quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse ou quoi qu'on lui fasse les votes sont toujours la.
Désespérant sans doute pour Hillary et Bill Clinton qui en vieux de la vieille politique, pensaient sans doute qu'en Amérique politiquement on était mort pour moins que cela.
Et bien pas Obama.
Et malgré tout cela, malgre l'intoxication médiatique, malgre les coups tordus du Parti et l'électoralisme des élites, elle gagne Etat par Etat et au final elle obtient le plus grand nombre de voix.
Alors elle le crie haut et fort et elle annonce sans ambigüité que si elle doit rendre les armes, ce sera à sa manière et pas autrement.
Et il suffisait de regarder la tête de Chris Matthews et des gauchistes de NBC pour comprendre qu'elle a de sacres arguments.
Alors regardons si vous le voulez bien quelles sont ses options.
1- Annoncer très vite qu'elle reconnaît sa défaite, et rentrer dans le rang. Plus personne n'y croit depuis hier soir
2- Contester la décision du Parti sur les délégués de Floride et du Michigan.
C'est la stratégie « je vous emmerderai jusqu'au bout. »
Juridiquement elle peut, et beaucoup lui suggèrent de faire appel de la décision du Parti.
Décision qui a le mérite de lui faire gagner du temps et de tenir peut être jusqu'à la Convention puisque le nombre de délégués étant incertains, la majorité d'Obama n'est des lors pas acquise.
Mais la pression, en particulier médiatique est telle, que je la vois mal s'engager dans la procédure. Elle se donnerait le mauvais rôle de procédurière et cela paraît difficile à imaginer..
3- Négocier au prix fort son retrait. Et c'est sans doute celle qu'elle a choisie.
Car elle a de nombreux atouts en sa faveur.
Son argument depuis plusieurs semaines est le même. Obama ne gagnera pas au deuxième tour. Sous entendu moi oui.
Il ne peut pas gagner pour deux raisons.
La première, à peine susurrée...il est noir.
Mais bon comme il ne faut pas le dire on le suggère.
La deuxième, nettement plus clairement affirmée c'est qu'il ne peut pas gagner car certains Etats clefs comme la Floride et le Michigan justement, il ne les gagnera pas.
Et sans la Floride et le Michigan, pas d'élection possible, car dans toute l'histoire politique américaine aucun Président n'a jamais été élu sans gagner la Floride et le Michigan et de surcroit l'Ohio.3 Etats qu'elle a gagnes elle.
Toujours le cauchemar du vote populaire qui revient.
Avoir la majorité des voix si vous n'avez pas les bons Etats...ca ne sert a rien.
En outre la déchirure au sein du Parti et plus encore de l'électorat, est profonde.
La campagne a laisse des traces et des traces profondes, et tous les sondages montrent que le report des voix de Hillary sur Obama se fera extrêmement mal.
A fortiori avec une Hillary , et plus encore ses électeurs, ayant le sentiment qu'elle a été « volée ».
A commencer par en Floride et au Michigan ou les supporters d'Hillary risquent fort de faire payer cher a Obama la décision du Parti.
Ce qui du coup serait bien évidemment le grand bonheur de John Mc Cain.
Alors tous les analystes sérieux et objectifs sont d'accord, et les sondages avec, Barack Obama tout seul ne gagnera pas l'élection finale.
L'addition des Républicains purs et durs, des conservateurs divers, des hispaniques, de la classe ouvrière blanche, et des Etats Clefs ( swing State) , ajouter y les supporters déçus de Hillary, interdira a Obama d'être élu.
Et honnêtement à ce jour, nous sommes d'accord avec ce scenario.
Sans compter que si Hillary a été obligée de mettre la pédale douce parfois sur les
« casseroles » d'Obama, Mc Cain et les Républicains n'auront pas ces scrupules, et « les prêcheurs » vont ressortir, croyez moi.
Tout cela les gens sérieux le savent. Bien évidemment Obama aussi.
Mais surtout les stratèges du Parti Démocrate.
Et plus encore le microcosme américain (oui oui je vous rassure ca existe aussi.....).
Et ils ont leur solution.
Un ticket Obama - Clinton.
Ticket gagnant a tous les coups car il présente tous les avantages.
- Le Parti est réconcilié.
- Hillary donne à Obama la caution de l'expérience des affaires qui lui manquent
- Hillary lui donne surtout des forts soutiens dans les électorats hispaniques, ouvriers et retraités qui lui font cruellement défaut.
- Et elle lui apporte le Michigan, la Floride, l'Ohio, Puerto Rico et surtout l'électorat ouvrier qui lui assurent ainsi une élection quasi dans un fauteuil.
Scenario auquel la encore nous croyons totalement.
Ce qui vaut bien, vous en conviendrez, a tout le moins une Vice Présidence...
Je dis dans un fauteuil car n'oublions pas que John Mc Cain qui compte les coups pour l'instant et entasse ses sous pour le mois de Novembre n'est tout de même ...que John Mc Cain...
- Son charisme n'est pas dégoulinant...
- Il est proche de Bush, il ne renie rien de la politique internationale américaine (ce qui ne veut pas dire bien au contraire qu'il a tort...), mais pour la majorité des américains si...
- Et il a 71 ans. Ce qui, pour un Président américain est quasi centenaire.
Contre Obama seul, a fortiori avec des électeurs d'Hillary trainant les pieds, il peut s'en sortir.
Avec une Hillary dans le paysage soutenant Obama cela me paraît injouable.
Alors la pression est terrible sur Hillary pour qu'elle accepte.
Mais aussi sur Obama pour qu'il lui propose.
Or ils ne s'aiment pas, la campagne est passée par la.
Et pire encore le camp Obama déteste Bill Clinton.
Plus encore qu'Hillary.
Car avoir Hillary à la Vice Presidence, c'est avoir Bill trainant à la Maison Blanche.
Inconcevable pour Obama.
En outre, Hillary a toujours dit qu'elle n'accepterait pas, car ne l'intéressait pas.
Mais cela, c'était avant d'avoir officiellement perdu.
Alors l'appel du pouvoir et des honneurs sera-t-il le plus fort ?
Difficile à dire.
Cote Obama le problème est simple.
Fera-t-il un pêché d'orgueil en pensant qu'il n'a pas besoin d'elle, fort de la Obamamania ?
Ou sera-t-il assez lucide pour comprendre qu'il a besoin d'elle ?
Tout aussi difficile à dire a l'heure ou on écrit ces lignes.
Mais la Convention c'est en Aout. Et le choix du Vice Président c'est fin Juin début Juillet, donc du point de vue de Hillary, il est peut être urgent.......d'attendre
Reste un dernier point dont peu de gens parlent mais qui pourrait bien être décisif : l'argent.do
Hillary a emprunté 30 millions de dollars dont 10 à elle même.
En cas de défaite il faut payer et c'est toujours plus dur qu'en cas de victoire.
Et si Obama et le Parti se montrait très généreux ?
Et si Obama et le Parti dans un souci d'apaisement et de réconciliation envisageaient une « contribution » a la campagne Clinton ?
Voilà sans doute qui ferait réfléchir à deux fois Hillary avant de refuser vexée, la Vice Présidence.
Mais convenez que si cette hypothèse se vérifiait nous serions en droit de nous dire à Bon Appétit Messieurs et ailleurs...« tout ca pour ca » « ? en pensant à Lelouch.
Oui, je sais, vous n'y croyez pas.
Moi pas complètement non plus.
Mais pas complètement seulement.
Ce qui veut dire que j'y crois bien quand même pas mal.....