LA CAMPAGNE ET LE COMPAGNON

Publié le par Philippe Dermagne

Cette période curieuse, qui nous sépare de la passation des pouvoirs du 16 mai, est propice pour jeter quelques coups d'œil dans le rétroviseur.

Dans le Nouvel Observateur de cette semaine, un long article est consacré aux relations politico conjugales tumultueuses du couple Hollande-Royal.
Sans nous renvoyer aux rumeurs qui ont couru en début d'année, force est de constater aujourd'hui qu'il y avait du vrai. Une nouvelle fois bien des choses ont été cachées aux Français.

Une couverture qui en dit long
En titrant "Le choc", la rédaction du magazine avoue sans l'écrire que la gauche et tout le PS y ont vraiment cru jusqu'à la dernière seconde.
Faisant fi des sondages, ils ne pouvaient imaginer et encore moins accepter la troisième défaite consécutive à une élection présidentielle. Avec ses 47% Royal a pourtant acquis une légitimité au PS, mais après l'avoir encensée certains vont vouloir la griller sur le bûché de la défaite.

Ils auront quelques difficultés, mais attendons cependant pour voir.

Les bonnes feuilles d'un livre à paraître
Ecrit par deux journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, le livre (pour lequel deux titres avaient été prévus : "La présidente" si Royal gagnait, "La femme fatale" si elle perdait) attribue clairement à Julien Dray le rôle de grand ordonnateur du couple et de la campagne de Royal. Outre le subit retour en grâce de Chevènement, on comprend alors mieux le profil sinusoïdal de son parcours. En voile comme en politique, naviguer au près suppose des changements de bord fréquents.

Canal + roulait trop ostensiblement pour Royal
Ce n'est pas une surprise. Mais il est intéressant de rappeller le pseudo incident qui eut lieu sur cette chaîne, lors du Grand Journal de Michel Denizot le 17 janvier 2007. Avec le recul tout prend du relief.
" Ségolène Royal n'a qu'un défaut, c'est son compagnon"…sur le moment chacun crut à la bavure et au relâchement involontaire des sphincters politiques du porte-parole, un habitué du genre. Il n'en est rien. Montebourg lui-même a depuis avoué (sur France 2) que c'était une sortie parfaitement réfléchie, avec pour objectif de porter un coup fatal à Hollande. Montebourg a agi sur ordre (de Dray ? de Royal ?), sur une chaîne asservie à la candidate. Cela ne serait guère étonnant, puisqu'il est de notoriété publique que Canal+ est à gauche et toujours sous la coupe des préceptes culturels de son fondateur André Rousselet, grand ami de Mitterrand.

Est-ce important pour l'avenir immédiat ?
La vérité est donc que le couple Hollande-Royal s'est secrètement déchiré avant et pendant cette campagne.
Cela n'a pas, n'a plus d'importance, me diriez-vous !
Pas si sûr, car la sérénité de la préparation des législatives côté PS risque d'en pâtir très sérieusement.
Dès 20h05 dimanche, Royal tout-sourire s'affirmait comme le chef de file du combat pour les législatives. Bayrou, en touchant aux limites de son positionnement, se dirige peut-être tout droit vers un sévère casse-pipe !  Et, toujours dans le Nouvel Obs, les Gracques* reviennent à la charge. Quant à DSK ou assimilés, ils fourbissent assurément leurs armes.

Pour eux, "la gauche est morte" !
Les Gracques* réaffirment que le "moment social-démocrate" est venu. D'après eux la seule issue pour le PS - mais quel PS ? - est une alliance avec le Centre - mais quel centre ?. L'UDF ancienne formule devrait définitivement exploser durant la semaine.
Derrière une union de façade, précaire et sans doute provisoire, toute l'opposition à ce jour a le choix entre marcher sur des sables mouvants ou avancer en terrain miné.

Tout ceci est de bon augure pour l'UMP et pour la majorité que le Président Sarkozy doit obtenir au Parlement.

Les syndicats sont sur les dents
Mais il ne faudrait pas non plus que la victoire législative de l'UMP fût trop humiliante pour l'opposition.
C'est sans doute bon pour gouverner. Mais cela l'est moins pour la paix sociale avec des syndicats et des agitateurs patentés, notamment la CGT et FO, prêts à descendre dans la rue pour faire respecter ce qu'ils appellent la "démocratie sociale".

Pour la CGT, " la démocratie sociale doit tenir toute sa place"
POur FO : "…le score de Sarkozy n'est pas un blanc-seing pour appliquer chacune des promesses…"

Nous voilà hélas prévenus. Si ces gens là étaient de vrais démocrates acceptant le verdict des urnes, cela se saurait depuis longtemps ! Nous devons en tenir compte.

Le monde à l'envers
En tout chose, mesure est bonne ! Mais c'est quand même stupéfiant que nous en venions à souhaiter un certain rétablissement de la gauche ou de la sociale démocratie, bref de l'opposition, en se fondant sur le principe qu'il est toujours dangereux de trop écraser l'adversaire.Finalement Patrick a raison, dans cette élection rien n'est normal !
Cela me rappelle le début de l'année lorsqu'il ne fallait pas souhaiter l'écroulement de Royal, pour déjouer la stratégie de Bayrou.

Les pièces et l'échiquier sont différents, mais la même partie risque pourtant de se rejouer.


* Gracques : collectif constitué par d'anciens collaborateurs de Mitterrand et des gouvernements de Rocard, Bérégovoy et Jospin.

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Publié dans Politique

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