LA CAMPAGNE EN QUESTION
Patrick Gouverneur a raison lorsqu'il souligne combien est navrant le niveau de la campagne. Il néglige cependant deux paramètres : l'agenda général de l'événement et la multiplicité des médias qui relaient l'information de fond, notamment internet.
Une bonne campagne, c'est avoir des idées forces, exprimées avec simplicité
Il est vrai que les grands médias sont tombés dans le piège du débat participatif et il est, par exemple, regrettable d'avoir vu un Poivre d'Arvor en simple Monsieur Loyal avec près de 10 millions de téléspectateurs à l'écoute. Ce n'est pas ainsi qu'on pouvait élever le niveau.
Mais sans insulter le peuple français, des explications sérieuses sur des sujets d'économies offrent deux difficultés :
1. Nous tombons immédiatement sur une argumentation technique rébarbative, sous un déluge de chiffres incompréhensibles.
2. Les solutions sont polémiques parce que fruits de choix politiques. Chacun campe sur ses positions. Les Français ne sont pas avancés pour autant.
Faire une bonne campagne - être compris du plus grand nombre - c'est tout à la fois savoir choisir des thèmes simples alliés à des solutions crédibles, tout en mesurant ses critiques de l'adversaire. Faire une bonne campagne, c'est aussi savoir gérer l'agenda, en se réservant des pauses et des phases plus agressives.
Une partie de l'électorat - les indécis surtout – porte sa préférence de façon relative. "Untel est mieux que tel autre", avec des arguments qui restent toujours extrêmement simples. J'ai pu le vérifier mille fois. Un peuple n'est pas un Prix Nobel collectif d'économie. On peut regretter notre faible culture économique, mais existe-t-il des pays occidentaux où elle soit tellement supérieure à la nôtre ? Je ne le crois pas.
Les sujets accessibles dont les candidats parlent sont nombreux
. Le chômage dont la résolution fait l'objet là aussi de choix politiques sur lesquels chacun des candidats a ses convictions et ses dogmes, exemple : les 35 heures.
. La fiscalité des entreprises est un thème de discussion tout aussi stérile, pour les mêmes raisons que le chômage.
. L'éducation : Sarkozy, Royal et Bayrou et leurs programmes respectifs abordent tous ce sujet.
. Les institutions : il est effectivement facile d'expliquer les raisons d'un projet d'évolution. Le PS, l'UMP et l'UDF prévoient tous une évolution institutionnelle, notamment avec une augmentation du pouvoir de contrôle des Députés et le vote à la majorité qualifiée de certaines nominations. Mais rappelons quand même que l'introduction de la proportionnelle, si elle était faite, ne sera opérationnelle que dans 5 ans. Ce sujet pourrait faire l'objet d'un référendum.
. La politique extérieure : sa ligne générale se résume à des postures perceptibles de
tous, telles que l'énergie nucléaire en Iran ou la guerre en Irak.
. La sécurité dans les quartiers sensibles : inutile d'être un spécialiste pour avoir un avis, à tort ou à raison.
...etc, etc ! Maintenant que la "vraie" campagne commence, les émissions vont grimper en qualité, j'en fais le pari.
Il est vain de vouloir faire le bonheur des gens malgré eux.
Si une majorité de Français se satisfait de cette campagne, pourquoi leur donner le bâton pour se faire battre, en abordant des sujets complexes qui rendent impopulaires ?
Quant à l'autre partie des Français plus exigeants, dont fait évidemment partie notre lectorat, elle peut reprocher aux Politiques et aux Journalistes de ne pas relever le débat, mais elle ne peut dire qu'elle n'est pas informée. Tous les partis politiques diffusent largement leurs programmes sur internet. Un ou deux clics et nous savons tout. En France, il y a plus de 20 millions d'internautes !
De la politique d'accession à la propriété de Le Pen, à la réduction du temps de travail à 30 heures hebdomadaires de Besancenot, en passant par l'économie exclusivement fondée sur l'écologie de Voynet, les Français que cela intéressent ne peuvent plus dire qu'ils ne sont pas informés.
Il existe de nombreuses émissions politiques d'un excellent niveau…
En ne parlant que des télévisions :
. "Dimanche +" sur Canal avec Laurence Ferrari qui mène très bien ses interviews en face à face
. "Ripostes" de Serge Moati (France 5)
.
"C dans l'air" de Yves Calvi (France 5)
. "Esprits libres" de Guillaume Durand (France 2)
Ce soir, "Votez pour moi" sur France 3 sera également une excellente émission, à cent lieues de "J'ai une question à vous poser" de TF1.
Sur les quatre grandes chaînes de radio ( Europe 1, RTL, France Inter et TMC), on ne compte plus les débats entre politiques et journalistes compétents. Oublions le désolant, l'affligeant Elkabbach quelques instants, merci !
D'autres part et enfin, il est avéré que les Français se passionnenent pour cette campagne. Toutes les chaînes connaissent des records d'audience et pas uniquement celles avec les questions du public. Des émissions telles que "France Europe Express" de Christine Ockrent ou "Votez pour moi" sur la 3 battent tous les records d'audience malgré leurs heures tardives de diffusion.
Quant à l'explosion du PS…
…seul l'avenir nous dira si j'avais raison. Ma conviction est qu'un Strauss Kahn rêve d'une alliance avec Bayrou. Cette alliance ne peut se faire pour les élections. Trop court !
Si Royal l'emporte, cette nouvelle gauche ne se fera pas
Si Sarkozy l'emporte, elle se fera et vite
Si Bayrou l'emporte, le courant DSK suit et rejoint la majorité présidentielle pour les législatives.
Il manque à la France un grand partie social démocrate qui admettrait les réalités du monde et abandonnerait les dogmes collectivistes. Je ne voterai jamais pour une telle formation, mais convenons qu'elle éviterait des alternances violentes, avec des majorités qui annulent ce qui a été fait par leurs prédécesseurs.