REFORME DES ARMEES - UN DOSSIER A 50 MILLIARDS
Il est vrai qu'a cause de l'espèce de « pacifisme mou » que l'on a petit a petit instillé en France depuis 25 ans, et qui y est sans doute pour quelque chose, le sujet n'intéresse depuis longtemps pas grand monde .
Et pourtant, les français, au delà de l'aspect strictement patriotique, feraient bien de s'y intéresser un peu.
Car rappelons tout de meme que la Défense Nationale c'est le deuxième budget de la nation derrière l'Education.
C'est 50 milliards d'euros par an , presque 10% du budget national

et presque le montant du déficit annuel,
voilà des faits qui si ils échappent aux français, n'ont pas échappé à Nicolas Sarkozy.
Il envisage donc une sérieuse remise en question de l'organisation des armées, et il a demande il y a quelques mois à des experts de rédiger un Livre Blanc afin de lui donner quelques orientations possibles.
Le Président a en fait à la fois l'objectif de faire des économies (autre problème qui semble-t-il n'intéresse plus personne non plus...) mais aussi de rendre plus efficace notre outil militaire
Ah bon parce qu'il ne l'est pas ?
Et bien non, il ne l'est pas, à en croire les auteurs du « Livre ».
Quand nous disions il y a quatre ans que c'était la première raison de la non participation de la France à la guerre en Irak (a égalité avec l'anti américanisme comme politique marketing certes...) personne ne nous écoutait vraiment.
Et bien pour ceux qui n'en sont pas convaincus, et pour ceux qui ne sont pas forcément convaincus non plus de la « formidable qualité de l'héritage » laissé à Nicolas Sarkozy par ses prédécesseurs nous vous renvoyons à ce document dont certaines infos ont filtre la semaine dernière dans Le Parisien.
Qu'y apprend - on ?
Un constat sans appel et pas rassurant.
Que par exemple pour mener à bien les grands programmes tous azimuts lancés par Chirac (Rafale, missile M51, études pour le second porte-avions...) il faudrait ajouter 6 milliards d'euros au budget de la Défense chaque année.
6 milliards d'euros qui n'ont jamais ete budgetes nulle part....
Ca commence mal quand on cherche des économies...
On apprend aussi que les chars Leclerc sont dépassés.
L'armée de terre possède 346 exemplaires de ce « fleuron ».
Mais precisent nos experts, sa conception remonte à la guerre froide, quand la France avait pour mission, en cas d'attaque soviétique contre l'Ouest, d'envahir la Tchécoslovaquie..... !
Dans ce que les militaires appellent désormais dans le Livre Blanc le nouvel « arc de crise » ( pas mal...)- de la Mauritanie à l'Afghanistan ( sic) , le Leclerc n'est pas indispensable ....
En outre son utilisation revient à 3 000 euros de l'heure et il souffre régulièrement de problèmes techniques.
Résultat : à en croire certaines notes « confidentiel-défense », seuls 142 chars sont opérationnels dans les régiments et les équipages les font tourner en moyenne... deux heures par semaine !!! !
Cote avions et hélicoptères ca n'est guère mieux
Il y a d'un côté les superbes Rafale.
Mais de l'autre les hélicos.
Moins d'un hélicoptère Puma sur deux (45 %) est en état de voler !!.
Toujours selon le Rapport.
Seuls 35 % des EC 725 Caracal, 37 % des Lynx et 33 % des Super Frelon - un appareil de 40 ans d'âge - sont capables de décoller !
Quant à l'armée de l'air, seuls 36,9 % de ses Mirage F1 de reconnaissance sont utilisables.
Sans oublier les avions de transport de troupes Transall, nerf des opérations extérieures (Opex) : une flotte à bout de souffle, où on « cannibalise » les vieux appareils pour pouvoir faire décoller les plus flambards vers l'Afghanistan ou l'Afrique....
Joli tableau non ?
Le Livre blanc suggère donc un parc aérien plus resserré : 234 avions « en ligne » contre plus de 400 aujourd'hui.
Reste la marine qui est souvent perçue comme notre fleuron...
Toujours selon le rapport des experts, certains des six sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) ont été construits avant 1990, et sont un peu dépassés.
Le « Rubis » a même été lancé en 1983 peut on lire. .
Plusieurs frégates antiaériennes ont, elles, plus de 30 ans !
Enfin dernière question et non des moindre le second porte-avions.
La décision de le construire (coût : 3,8 milliards) a été renvoyée par Sarkozy à 2011.
Or a écouter les auteurs du Livre, avoir un porte-avions c'est bien mais il en faut absolument deux pour assurer la permanence à la mer.
Car le « Charles-de-Gaulle », en « hyper-révision » à Toulon depuis juillet 2007...., ne sera pas disponible avant fin 2008 !
Du coup il semblerait que Nicolas Sarkozy et son Ministre de la Défense Herve Morin aient une idée astucieuse, dont on est déjà sûrs qu'elle va beaucoup plaire a certains UMP...celle d'un groupe aéronaval en commun avec les Britanniques.
Des avions ou navires accompagnateurs français avec un porte avions anglais, ou vice-versa.
Pas bête, et pour le coup on comprend mieux ( espérons le...) combien la décision de réintégrer l'OTAN était importante...
En tout état de cause le constat est plutôt du genre accablant
Tenez prenez la libération des otages français du bateau Le Ponant en Somalie qui reste qu'on le veuille ou non un joli coup de nos troupes spéciales, la révélation de certains « détails » de l'opération fait carrément peur.
Enumération de ces « dysfonctionnements » - comme on dit pudiquement à l'état-major.
D'abord, les frégates « Surcouf » et « Jean-Bart » envoyées à la rescousse sur place ont toutes deux subi des pannes de moteur.
Ensuite, une chaloupe de débarquement du navire logistique « Var » a coulé sous le poids, semble-t-il non prévu, de l'équipement des forces spéciales préparant un éventuel assaut contre les ravisseurs..........
Enorme quand même....
Du coup, il a été envisagé de recourir à des hélicoptères... mais il n'y en avait pas assez de disponibles...........
En fin de mission, on a même frôlé la catastrophe quand un moteur de l'Atlantic 2 chargé de pister les preneurs d'otages, au-dessus du territoire somalien, est tombé en panne.
Je n'invente rien c'est dans le rapport publie par Le Parisien....
L'avion a dû se poser de toute urgence au Yémen pour éviter le crash !
Morale de l'histoire pour l'état-major à Paris : ces incidents ont « mis en lumière la sensibilité du maintien en condition opérationnelle des matériels et la faible marge dont nous disposons ».
Euphémisme tout militaire...
Les militaires ne sont évidemment pas des fonctionnaires comme les autres. La contestation syndicale ca n'est pas vraiment le style de celle que l'on n'appelle pas « la grande muette » pour rien.
N'empêche que les décisions présidentielles pourraient être relativement sanglantes en termes budgétaires, avec toutes les conséquences éventuelles en terme de carrière pour certains, de moyens pour d'autres.
Les militaires sont donc un peu inquiets.
Mais leur patriotisme et leur sens de l'Etat font qu'ils ne peuvent s'empêcher de penser que le Président a raison et que l'on ne peut plus continuer comme cela, alors ils attendent...mais sans grandes illusions...
Certains officiers (en retraite bien sur...) ne laissent aucunes illusions à leurs collègues plus jeunes d'ailleurs.
Témoin le général Emmanuel de Richoufftz ancien patron, entre autres, du 2e REI (régiment étranger d'infanterie) de Nîmes, et « adjoint opérations » de la force Licorne en Côte d'Ivoire en 2003. que le Parisien a interviewé.
Il a fait partie auparavant de ces 600 militaires du 2e REP (régiment étranger de parachutistes) qui ont sauté en 1978 sur Kolwezi, au Zaïre afin de libérer des otages européens.
Autrement dit pas un rigolo, le General.
Aux Etats Unis on appellera meme ce type un héros....
Aujourd'hui, revenu à la vie civile, l'ancien légionnaire ne mâche pas ses mots.
En opération, vous avez souvent constaté la vétusté des matériels. est-ce un problème majeur de l'armée française ? demande le quotidien
Général de Richoufftz:Dans ma vie d'officier, j'ai vu l'évolution de l'équipement individuel qui a été modernisé. Le guerrier d'aujourd'hui est très bien équipé (gilet pare-balles, lunettes de vision nocturne...) alors qu'a contrario les moyens de transport et d'appui n'ont pas suivi. C'est la résultante de non-choix. On a voulu tout faire en même temps : les chars, les hélicos, les missiles, les avions de chasse... Il aurait fallu que les gouvernements et les états-majors successifs aient le courage de trancher. Car la France n'a plus les moyens de tout faire.
Et oui... le courage de trancher....c'est bien cela la politique pourtant non ?
Quelles seraient vos priorités ? demande alors le journaliste
Compte tenu des conflits actuels, j'aurais aimé avoir plus d'hélicos et plus de véhicules de combat légers. Les hélicos nous manquent cruellement alors que la France avait la capacité aéromobile la meilleure du monde dans les années 1980. Il faut aujourd'hui retrouver cette capacité capitale, car les guerres se gagnent avec la mobilité.
La France aurait-elle aujourd'hui les moyens de « refaire » la guerre du Golfe de 1991 ?
Oui, car la professionnalisation des armées nous permet de mobiliser davantage de soldats qu'à l'époque de la division Daguet. Mais les matériels terrestres utilisés sont à peu près les mêmes dix-sept ans plus tard !
Et voila .
Finalement quand on lui demande quelle est son opinion sur la reforme présidentielle qui s'annonce, notre héros répond
« C'est là encore la conséquence des choix qu'on a sans cesse remis à plus tard.(sic) La professionnalisation, notre dernière grande réforme, n'a pas été menée jusqu'au bout. On a conservé des régiments croupions et des bases aériennes non viables économiquement. C'est un non-sens en termes de formation et d'entraînement. L'idée de créer des bases de regroupement interarmes, voire interarmées, va donc dans le bon sens : c'est la mutualisation du soutien et de la logistique, ce qui va dégager des économies de fonctionnement au quotidien. La révolution qui se prépare dans les armées peut être un électrochoc motivant pour les militaires qui ont la foi chevillée au corps. Les tièdes et les pétochards resteront sur le bord de la route car le changement fait toujours peur ».
Voilà qui en langage de para est envoyé ! On croirait Bigeard....
« La France doit réduire de 50 000 hommes à 30 000 le nombre de ses militaires projetables » ( susceptibles d'être envoyés à l'étranger en langage militaire...)
conclue le General, « car ce contrat opérationnel de 50 000 n'était pas réaliste !
Car pour 30 000 hommes projetables, il faut en mobiliser 90 000 : 30 000 sur place, 30 000 qui se préparent à prendre la relève et 30 000 qui viennent de rentrer.
Or, la France est devenue un petit pays dans le monde de par sa démographie, avec seulement 63 millions d'habitants ».
Conclusion : dans ce domaine comme dans le reste, bon courage Sarko !
Même si avec les militaires il n'y a pas de risque de grève générale....les décisions ne vont pas être faciles.
Et pour cause puisque comme le sous entend le General il faut « rattraper » 25 ans de non choix.....