LA REFORME DES INSTITUTIONS - QUELLE FORMIDABLE OCCASION RATEE
Et pour tout vous dire, elle est de notre point de vue en train de tourner en eau de boudin.
Nous sommes heureux de dire, quand c'est justifié, que Nicolas Sarkozy essaye, et parvient d'ailleurs souvent, à faire bouger la France dans beaucoup de domaines, mais ce dossier est , et restera une formidable occasion manquée.
Chacun connaît l'état de lieux.
Un personnel politique sclérosé et enfermé dans son électoralisme et son populisme de part la faute en grande partie d'un système qui l'y encourage.
« L'affaire » du vote sur les OGM a révélé au grand jour (mais franchement était ce un secret ?...) que les députés ne sont jamais a l'Assemblée dès que les cameras sont parties.
Il faut vraiment être aussi ignare que n'importe lequel des Présidents du PSG l'est en matière de football, pour ne pas savoir cela, puisque cela dure depuis des décennies.
La faute au droit qui leur est scandaleusement accordé d'accumuler différents mandats, c'est à dire differents jobs a temps partiels, qui de ce fait obligent les intéressés à partager leur temps entre différentes activités.
Tout vient de la.
On peut m'expliquer ce qu'on veut sur la nécessaire « implantation locale » ou encore l'indispensable « connaissance du terrain » que doit posséder un élu, rien n'arrivera à me convaincre qu'une entreprise (le Parlement en l'espèce ) peut fonctionner si ses salaries (les élus) ne sont pas la....
Tout le reste c'est baratin et compagnie.... pour rester poli.
Or la reforme proposée par Nicolas Sarkozy, et actuellement soumise au Parlement ne resout aucun des vrais problèmes.
C'est une réformette à minima qui au mieux dépoussière les choses, et au pire relève de l'opération de com. qui ne touche a rien au fond.
Cela dit, peut être serait il utile pour mieux comprendre de s'interroger sur le cheminement intellectuel de Nicolas Sarkozy sur le sujet.
Car ne nous y trompons pas il vient de loin...
Il y a un peu plus d'un an, en pleine campagne électorale, Nicolas Sarkozy promettait aux français « la rupture » dans à peu près tous les domaines.
La rupture, c'était clair, et tout le monde qui avait adhéré au concept avait tout de même à peu prés compris , c'était en gros faire tout le contraire de ce que l'on faisait depuis 30 ans puisque l'on avait démontré que ca ne marchait pas.
Jusque la, même les bac - 3 avaient pigé.
Mais rappelez-vous, le seul domaine dans lequel Sarkozy ne promettait rien c'était justement celui du changement de nos Institutions politiques.
Au point que soutien passionné que nous étions de sa candidature a l'époque, nous avions multiplié les articles critiques indiquant que c'était le grand « vide » et le grand point faible de son programme.
C'était même, pour être honnête, à peu prés le seul sujet sur lequel nous étions en nette divergence avec le candidat de l'UMP.
Rappelons nous aussi que ses deux principaux concurrents Ségolène Royal et François Bayrou étaient a l'inverse de farouches partisans d'une « reforme profonde de nos Institutions » et d'ailleurs étaient très proches l'un de l'autre sur le sujet au point de parler tous les deux de « 6eme République ».
Les plus fideles et les plus anciens de nos lecteurs se rappelleront même, qu'entre les deux tours, nous disions que ce dossier était un point de rapprochement possible (si ce n'est nécessaire) entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou, et qu'il appartenait a Sarkozy de faire le premier pas et le faire savoir.
Ce qu'il n'a jamais fait.
Hélas, car il n'en a pas eu besoin.
Je dis hélas car sur le sujet c'est fort dommage.
Nicolas Sarkozy a cependant opéré une conversion très tardive dans sa campagne. Extrêmement tardive. En parlant de « modernisation » de nos Institutions, ou encore « d'une nécessaire réflexion sur le fonctionnement du Parlement » dans les derniers jours de la campagne.....
Et on se rappellera enfin la « sortie » de Brice Hortefeux a deux semaines du premier tour sur une « nécessaire dose de proportionnelle »
Tollé (déjà !) dans les rangs de ses collègues UMP qui précisaient bien entendu que cela n'engageait que lui....
N'empêche, le candidat Sarkozy ne dément pas et nous avions nous même cru devoir écrire a propos de la proportionnelle « ca y est, on l'a ! ».
Tu parles.
Pourtant, une fois élu, Nicolas Sarkozy met en place une des Commissions dont il a le secret, présidée par Edouard Balladur, qui n'a pas de leçon de gaullisme a recevoir de personne et Vice présidée par Jack Lang qui en matière de Mitterrandisme peut en remontrer a quiconque.
Même François Hollande rabat son caquet quand il s'agit de donner des cours de socialisme a Jack Lang,.... c'est dire.
Et cette Commission, comme c'est la mode désormais (et c'est tant mieux de ce point de vue) pond un Rapport rapide et décoiffant, qui effectivement prône une « rupture » assez forte avec le passéisme de notre République et n'oublie rien.
Proportionnelle, cumul des mandats, ordre du jour de l'Assemblée, nominations publiques, rôle de contrôle du Parlement avec Commissions d'enquête, bref tout est la. Surprise, le Président Sarkozy « se félicite des travaux de la commission » qui vont pourtant bien au-delà de ce que le candidat Sarkozy évoquait, et il promet dans les « meilleurs délais » un projet de Loi gouvernemental qui tiendra le plus « large compte des travaux de la Commission ».
Le rêve n'aura pas duré bien longtemps...
Le projet de Loi gouvernemental, qui finalement arrive a l'Assemblée, est une farce absolue.
S'il y a bien le droit pour le Président de « parler » devant le Parlement (dont on se demande bien pourquoi les socialistes sont contre d'ailleurs.....) s'il y a bien une revalorisation indéniable du rôle du Parlement sur la détermination de son ordre du jour ou sur les nominations publiques , et s'il y a bien la quasi suppression de l'article 49-3 ( dont on se demande bien pourquoi les UMP sont contre d'ailleurs...) tout ce qui était essentiel a une vraie reforme en profondeur de notre vie politique n'y est pas.
La proportionnelle out, le cumul des mandats n'en parlons pas ...même pas évoqué.
Partant de la tout le reste n'a pas grand sens.
Balladur atterré retourne dans ses terres de Chamonix, et Jack Lang qui s'était « fait fort de convaincre ses camarades » ne sait plus quoi dire, ce qui vous en conviendrez chez lui, est rare......
Résultat, se retrouve face à face le groupe UMP de l'Assemblée et le groupe socialiste supposes « négocier » un projet puisque constitutionnellement la majorité des 3/5 est nécessaire.
Le groupe UMP et le groupe Socialiste autant vous dire qu'on n'est pas loin du degré zéro de la politique.
Qu'en est-il ressorti ? Évidemment, rien.
Les UMP sont contre toute reforme et l'ont toujours à peine cache.
Ils ne se sentent en rien sur ce sujet, comme sur bien d'autres « engagés » par les promesses du candidat Sarkozy.
Puisque, comme chacun sait le sait, « les promesses n'engagent jamais que ceux qui les écoutent ».
Quant aux socialistes ils ont perdu la mémoire.
On aurait pu en effet s'attendre par exemple qu'a la lumière de « l'affaire » du vote des OGM, ils s'écroulent de rire et multiplient les quolibets contre ces UMP « qui ne trouvent même pas le temps de venir voter »....
Dénonçant ainsi le cumul des mandats qui étaient dans leur programme.
Et bien pas du tout.
On aurait pu s'attendre à voir Ségolène Royal qui en avait fait elle un point fort de son programme (et qui, soyons honnête se l'est applique a elle-même) se gausser de ces « UMP cumulards », et occuper le devant de la scène sur le sujet.
On aurait pu s'attendre à voir également François Bayrou s'indigner, mais il a lui aussi apparemment « oublie » que la proportionnelle et le cumul des mandats était un élément majeur de son discours sur « faire de la politique autrement ».
A croire qu'il a peut-être même oublie qu'il était candidat....
Ségolène Royal comme François Bayrou sont totalement absents du débat, victimes d'une sorte d'Alzheimer imprevue....
Et les socialistes dans leur ensemble constatant les divisions de l'UMP sur le sujet flairent l'occasion de glisser une peau de banane à Sarkozy, et décident de ne pas voter le projet nonobstant « quelques avancées ».
Ils font un caca nerveux sur le fait que le Président puisse s'exprimer devant le parlement, et demandent au passage qu'on règle une fois pour toute le problème de la comptabilisation du temps de parole du Président.
Ce en quoi ils n'ont pas tort car c'est le cas dans tous les grands pays démocratiques.
Seul le temps de parole du Président quand il est a l'étranger n'est pas compté.
Mais tout cela relève plus du prétexte qu'autre chose, en fait ils veulent surtout faire échouer le projet..
Eventualité très possible car ils savent que le jour du vote les UMP risquent fort d'avoir une gastro entérite subite puisque certains ne veulent même pas voter le strict minimum.
D'autant que Nicolas Sarkozy malgré les recommandations de Jack Lang ne leur lâche rien.
Pardonnez-moi mais on confine au grotesque.
Quand le projet gouvernemental est sorti nous avions dit que si Nicolas Sarkozy voulait le faire échouer il ne s'y prendrait pas autrement.
Aujourd'hui, c'est une évidence.
Le projet ne va pas passer ou pire encore va être amendé.
Mais amender une farce ca vous donne une idée où on va...
Je n'en démords pas. Sarkozy a fait tout ce qu'il fallait pour que ce projet échoue. Pourquoi ?
Bonne question.
Probablement parce qu'il ne souhaitait pas vraiment faire bouger les choses dans ce domaine.
Il prouve suffisamment par ailleurs qu'il peut être déterminé quand il veut et qu'il sait negocier quand il en a besoin pour parvenir a ces fins..
Mais avec la politique, toutes les subtilités sont possibles...
Pourtant on sait ce qu'il fallait faire pour que la Reforme soit sérieuse, profonde et intelligente, et qu'elle soit votée.
Il fallait s'appuyer sur les deux leaders de la Commission à savoir Balladur et Lang qui avec leur histoire, leur image et leur crédibilité auraient rassemble sans problème 3/5 des parlementaires sur un projet intelligent.
Ils auraient négocié la « dose » de proportionnelle, et même sans doute le cumul des mandats sur lequel les socialistes ne sont pas tous aussi sinceres que ce qu;ils veulent bien raconter.
Au lieu de cela les deux stars se sont retirées vexées et on se retrouve avec Devedjian, Copé, Ayrault et Hollande...
Pas besoin de faire un dessin...
Comme il ne me traverse pas l'esprit une seconde que Sarkozy connaisse moins bien la politique que Bon Appétit Messieurs, je n'imagine par un quart d'instant que ce ne soit pas volontaire.
Conclusion la Commission Balladur était un coup politique, la présence Jack Lang une manœuvre intelligente et habile a l'époque de « l'ouverture » et il ne se passera rien.
En tout cas pas la « rupture » a laquelle pour notre part nous avions rêvée.
Inutile de vous dire notre amertume.