SARKOZY PEUT IL GOUVERNER ET ETRE IMPOPULAIRE?
Même si la définition de l’impopularité est sans doute techniquement le fait qu’une majorité de français « désapprouvent » par rapport à une minorité qui « approuvent » dans le cas de Sarkozy son socle de confiance reste aujourd’hui à 45 % ce qui n’est pas un drame.
Nombre de chefs d’Etat ou de gouvernement à travers le monde démocratique s’en contenteraient. (Georges W Bush en tête ).
Sauf que dans le cas de Georges Bush comme de tous les dirigeants cette « impopularité » se produit en général au bout de 8 ans ….et non au bout de 8 mois.
Dans le cas de Nicolas Sarkozy tout le monde savait que l’Etat de grâce ne durerait pas.
Quand on obtient 53 % de voix on voit mal comment on peut avoir durablement 62 % de cote de popularité sauf a ce que 9 % d’électeurs se disent le 6 Mai au matin : « Je suis con, je me suis trompé ».
Non dans le cas présent sans renier leur vote, ce qui a impressionne les gens c’est certain, et en particulier ceux qui n’avaient pas vote pour lui, c’est la formidable énergie déployée par Sarkozy, la vitesse et le rythme de décisions prises, et le courage du Président à dire « Je suis le responsable, c’est moi qui décide ».
La fameuse « omniprésence » que seuls les journalistes dénonçaient, la majorité des français, elle, se réjouissait d’avoir « enfin » un Président qui travaille.
Car ne nous y trompons pas, probablement 75 % des électeurs, c’est à dire tout le monde ou presque a part les extrémistes des deux bords, le 7 Mai au matin et même avant, étaient conscients et convaincus qu’il fallait « faire quelque chose ».
Que la France était réellement en déclin depuis longtemps, enfermée dans ses archaïsmes produits par lâcheté politique, et « qu’il était temps d’en sortir ».
Le malheur, ce sont les avis divergents naturellement quand on aborde le comment ?
Car pour le quasi totalité des français « l’archaïque » c’est l’autre.
Les taxis, les fonctionnaires ou les retraites de la SNCF pour ne citer qu’eux, n’ont pas une seconde le sentiment d’être archaïque.
Que dire des professeurs qui sont persuades d’avoir la meilleure école du monde alors que 15 % des élèves du primaires sont illettrés.
Pourquoi en douter puisque c’est ce que leur a dit et répété notre élite politique remplie d’autosatisfaction depuis 25 ans.
Tous ces français comme bien d’autres se sont enfermes dans leur égoïsme aux justifications multiples.
Il n’est pas douteux que Nicolas Sarkozy a fait ce constat depuis longtemps, aussi bien que Bon Appétit Messieurs a priori…..
Alors pourquoi Sarkozy s’est-il effondre dans les sondages, alors même que les mesures prises étaient individuellement approuvées, et que le plus fort est qu’elles n’étaient quasiment contestées par personne… ?
Nous avons dans un article précédent analyse les décisions qui n’ont pas été prises et qui auraient le cas échéant pu l’être.
Mais au delà de cela, pour nous il a commis une erreur majeure : privilégier la communication.
Je suis de plus en plus convaincu que la fameuse « exposition » de sa vie privée n’est ni le fait d’une presse incontrôlée, ni une maladresse de comportement, c’était une stratégie délibérée.
« Ma femme me plante mais je ne suis pas un loser, la preuve je me tape qui je veux y compris des tops models… ».
Cette volonté d’apparaître comme un gagnant, un séducteur à qui tout réussit avait pour but de faire passer un message aux français :« Je réussirai dans mes affaires comme je réussi dans ma vie ».
Le fait que depuis un mois qu’il a pris conscience du désastre, la discrétion est de retour.
Pour en terminer avec l’analyse, j’ajouterais qu’enfermé dans cette stratégie d’image il n’a pas maitrise la communication sur le fonds en laissant par exemple s’installer lentement mais surement « la priorité du pouvoir d’achat ».sans maitriser le discours (y compris le sien) qui aurait du être tenu.
Expliquer par exemple aux français que le pouvoir d’achat est une conséquence de résultats économiques, et que les actions directes pour l’améliorer (baisse des prix et hausses des revenus) ne peuvent que par hypothèse prendre un certain temps avant que l’on en ressente les effets.
Je ne parle même pas de remonter la pente, c’est une hypothèse exclue avant l’apparition éventuelle de résultats économiques et ca n’est pas pour demain.
Car ne nous y trompons pas le vrai drame, ce n’est pas de « perdre » le soutien des gens qui n’avaient pas vote pour lui, ce serait de « perdre » le soutien de ses vrais supporters.
Nicolas Sarkozy peut-il gouverner en étant « impopulaire » ?
Nous avons dit et re dit ici que Sarkozy n’a pas été élu pour être « populaire », il a été élu ( en tout cas pour nous……) pour redresser le pays, pour le remettre dans le chemin de la modernité et des lors pour prendre les mesures que personne n’a voulu prendre depuis plus de 20 ans.
L’histoire est remplie d’exemples de Margaret Thatcher à Georges W. Bush, de dirigeants qui gouvernent sans regarder les sondages.
Mais dans le cas d’un Chef d’Etat et en particulier celui de la France, si c’est le cas, c’est un problème.
Car le pays a besoin de décisions brutales et courageuses en « rupture » complète avec le passe.
Nicolas Sarkozy les prendra-t-il aussi facilement avec une cote de popularité de 45% et non plus de 60% ?
Je suis frappe depuis 15 jours, 3 semaines, de sa discrétion politique qui curieusement va de paire avec la discrétion sur sa vie privée.
La pensée unique et tous les corporatismes ont vite fait de reprendre le dessus. Communication gouvernementale et Présidentielle sur le sujet ?.
Communication pour « vendre » certaines mesures et « préparer » l’opinion ?.
C’est finalement d’eux que vient la contestation la plus insidieuse donc la plus néfaste.
Sarkozy ne sait-il pas que ces gens las ne pensent qu’a être élu, et si possible réélu et si possible pour plusieurs jobs (a temps partiel du coup…) en même temps, pour cumuler les indemnités !
Comment peut-il laisser s’installer en France cette zizanie, ce passéisme dont même François Hollande n’est plus capable ?
Oui effectivement comme dit Attali ils représentent parfaitement « la République des imbéciles ».
Pourquoi laisse t il ou fait il intervenir a tout bout de champ ses conseillers et le « charismatique » Claude Guéant au lieu de s’appuyer sur des Ministres et des parlementaires, pour le « soutenir » quand ca n’est pas « le défendre » ?
Ces mauvais résultats viennent plus vite, plus fort qu’il ne l’avait imagine.
Il me donne l’impression d’être ébranlé, tel un boxeur qui vient de prendre deux droites de plein fouet. Il a besoin de récupérer, et comme nous comme les français il doute..
La presse, jamais avare de formule parle de « reprendre la main ».
Se remettre au travail. Privilégier le fond sur la forme. Prendre les décisions vite et les appliquer vite.
Lancer immédiatement la mise en place des « propositions Attali » sans avoir les yeux rives sur les sondages.
Je vois mal Sarkozy avoir cette personnalité a la Raymond Barre ou Margaret Thatcher. Mais je ne demande qu’à être surpris.
Ce n’est pas un problème de compétences ou de talent, encore moins de capacités, c’est un problème de personnalité et de psychologie.
Il me sembleque les toutes prochaines semaines nous donnerons si ce n’est une réponse définitive à ces interrogations en tout cas une forte indication.
La perspective du carnage aux élections municipales sera un bon test du courage politique du Président.
La façon de gérer le Rapport Attali et les élus UMP en seront des autres.
Chirac a été longtemps populaire « parce qu’il était sympa » avant d’être rejeté par l’opinion (et par l’histoire aussi sans doute) car il ne faisait rien.
A méditer me semble-t-il pour Sarkozy, a qui on ne peut que souhaiter le trajet inverse. Quand on dit à lui…. c’est surtout au pays qu’il faut le souhaiter.