La presse française sur la sellette
A-t-elle réellement conscience du rôle qu'elle devrait jouer ? Grande question ! L'autocritique ne faisant pas partie de son arsenal génétique, la presse française élude la réponse. Toujours.
. Nous accorderons une place à part au Canard Enchaîné. Cet hebdo satirique est grossier mais jamais ordurier, contrairement à Charly Hebdo. Pour le lire chaque semaine, on ne peut pas vraiment dire qu'il épargne un camp plutôt qu'un autre. Cela étant, en ce moment, la Canard se…déchaine sur la Majorité et sur Sarko. Le Canard a une équipe de journalistes et un réseau d'informateurs exceptionnels. Sortant régulièrement de surcroît des affaires que les autres journaux reprennent, le Canard occupe une place à part dans le paysage de la presse française. Je jugerais son objectivité par le prisme de son indépendance. Il n'est relié à aucun grand groupe industriel, il n'a aucune publicité et malgré tout cela, il est l'un des titres les plus rentables. Il n'a donc aucun compte à rendre, sauf à ses actionnaires : les journalistes associés. Un bien beau statut !
Savoir et ne rien dire…
Un exemple, la dernière conférence de presse de Nicolas Sarkozy. Souvenez-vous ! Dès la deuxième question, posée par une journaliste dont j'ai oublié le nom et le journal, il avait naturellement répondu sur le problème de sa vie privée et de son mariage.
En substance, il avait répondu qu'il préférait être transparent, plutôt que de cacher ses amours et ses déplacements privés. Il avait souligné très clairement qu'il fût un temps où la presse "savait et ne disait rien", faisant allusion notamment à la vie secrète de Monsieur Mitterrand.
Cette semaine sur RTL, face à Jean-Michel Apathie à 7h50, Brice Hortefeux est également revenu sur cet aspect peu glorieux des journalistes français. Apathie a-t-il relevé le propos…bien sûr que non !
Les journalistes made in France n'ont pas la moindre velléité d'introspection et toute remise en question semble inenvisageable. Sur ce point, la presse n'a pas évolué d'un iota. Elle se considère irréprochable, mais désormais elle divulgue tout ce qu'elle sait sans discernement. Allez comprendre cette incohérence.
Orientation et inflexion politiques
Les journalistes sont-ils objectifs ? Sujet explosif assurément le plus sensible, c'est la seconde grande question.
En premier lieu, peut-être faudrait-il partager une même définition universelle de l'objectivité. Autant le dire tout de suite, c'est mission impossible. Tout journaliste a nécessairement une conscience politique, comme tout citoyen. Ce simple constat rend illusoire toute réelle objectivité. Maintenant, on peut considérer qu'il existe une échelle dans l'objectivité. Le niveau d'engagement politico dogmatique d'un plumeux de l'Humanité ne peut être comparé à ceux, discrets ou affichés, d'un Jean Daniel (Nouvel Obs), d'un Christophe Barbier (L'Express) ou d'un Claude Imbert (Le Point).
En réalité, l'objectivité ne se pose pas pour la presse dont l'orientation politique est de notoriété publique. Les équipes rédactionnelles de titres tels que Libération, le Nouvel Observateur ou Marianne ne peuvent sérieusement pas prétendre être objectives. Il suffit de se remémorer quelques unes de leurs couvertures pour en être convaincu. Dans certains cas, cela ressemble même à un véritable combat.
. Un journal comme Le Monde a des Unes moins fracassantes - ce n'est pas le style de la maison - mais le fond rédactionnel, historiquement considéré comme étant à gauche l'est toujours. Difficile dans ces conditions de délivrer, tout le temps et en toute circonstance, une information 100% objective et encore moins le prétendre.
. Des titres tels Le Figaro ou Le Parisien sont clairement à droite. Pour eux comme pour leurs petits camarades de gauche, impossible d'atteindre le Saint Graal qu'est l'objectivité.
Les rédactions de magazines tels que Le Point et L'Express sont plus difficiles à cerner. Les équipes de journalistes sont plus hétérogènes. L'information livrée, par construction plus équilibrée, est sans doute en moyenne plus objective.
Les titres spécialisés tels que Les Echos ou La Tribune affichent un seul parti : celui de l'économie. No comment !
. Nous accorderons une place à part au Canard Enchaîné. Cet hebdo satirique est grossier mais jamais ordurier, contrairement à Charly Hebdo. Pour le lire chaque semaine, on ne peut pas vraiment dire qu'il épargne un camp plutôt qu'un autre. Cela étant, en ce moment, la Canard se…déchaine sur la Majorité et sur Sarko. Le Canard a une équipe de journalistes et un réseau d'informateurs exceptionnels. Sortant régulièrement de surcroît des affaires que les autres journaux reprennent, le Canard occupe une place à part dans le paysage de la presse française. Je jugerais son objectivité par le prisme de son indépendance. Il n'est relié à aucun grand groupe industriel, il n'a aucune publicité et malgré tout cela, il est l'un des titres les plus rentables. Il n'a donc aucun compte à rendre, sauf à ses actionnaires : les journalistes associés. Un bien beau statut !
Quant à la Presse Quotidienne Régionale, qui représente le gros des journaux lus quotidiennement par une écrasante majorité des Français, la plupart des journalistes qui y travaillent sont à gauche. Cette culture est la réminiscence d'une grande tradition radicale socialiste de la presse issue des années 30 et 40.
N'oublions pas les agences de presse et le SNJ.
Pratiquement toutes les informations de l'actualité passent par le tamis des agences de presse. Elles digèrent l'info et rédigent leurs dépêches que des assistants juniors diffusent dans les services de rédaction concernés.
Ceci explique comment et pourquoi tous les médias de la création reprennent d'un seul coup et de concert les mêmes dossiers, notamment lorsque l'actualité ne fournit aucun événement qui s'impose à toutes les rédactions. En France, c'est l'AFP. Les autres grandes agences internationales de presse sont Reuter et AP (Associated Press). Elles sont des grossistes qui revendent aux détaillants que sont les journaux. Bien entendu certaines agences d'état (exemples : l'agence ex-soviétique TASS du temps de l'URSS ou XINHUA en Chine aujourd'hui) diffusent des informations dont il convient de se méfier.
Rappelons que l'AFP est l'émanation de l'ex agence Havas (créée au XIXème siècle) qui changea de nom à la fin de la seconde guerre mondiale. Ses promoteurs de l'époque, tous issus de la Résistance, étaient majoritairement des socialistes et, vraisemblablement quelques communistes. Cette culture historique est-elle toujours ancrée à l'AFP ? Il n'est pas interdit de l'imaginer.
Je préciserais que le fameux SNJ ( Syndicat National des Journalistes) règne en maître dans de nombreux journaux et dans les rédactions de France Télévision et de Radio France. Les activistes les plus chauds de ce syndicat sont CGT. Gard au journaliste qui ne serait pas solidaire de ses petits camarades lors d'un mouvement de grève ou d'une revendication.
Il convient maintenant de distinguer presse écrite et presse audiovisuelle
Comme toutes les opinions publiques nationales du monde, celle de nos Français est essentiellement forgée par les grands médias télé et radio.
Cela ne poserait aucun problème particulier si nos journalistes faisaient leur travail, sans céder à la facilité et en ne laissant jamais un Politique ne pas répondre clairement à une question. J'imagine très mal cela aux USA. Ce n'est certainement pas mon ami Patrick Gouverneur qui ne contredira sur ce point.
C'est toute l'insupportable ambiguïté de notre presse. Je suis convaincu que si nos journalistes affichaient clairement leurs opinions, plutôt que de jouer au chat et la souris, le public n'en serait que plus exigeant et mieux informé. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'un journaliste dont les opinions seraient connues serait mécaniquement contraint de bien peser le fond et la forme des questions qu'ils posent et des réponses qu'il accepte ou non.
. Faut-il avoir un doute sur le positionnement de TF1 ? Il est sans conteste favorable à la droite, qu'elle soit ou non aux affaires.
. Les chaînes de France Télévision et Canal+ sont majoritairement composées de journalistes et d'animateurs dont les cœurs sont largement à gauche. Ce n'est pas un secret, sauf que l'hypocrisie est la règle de base.
Allez demander son positionnement politique à un journaliste de France 2 ou de France 3 ! Il se drapera immédiatement dans sa dignité au nom de son indépendance, en s'offusquant que vous puissiez mettre une seule seconde en doute son objectivité. Quant à lui affirmer qu'il ne fait pas son boulot en laissant, par exemple, un Politique donner des statistiques ou dire n'importe quoi sur une supposée opinion des français, alors là, le journaliste sortira l'artillerie lourde. Avez-vous déjà vu en France un journaliste faire amende honorable…moi, jamais !
Les radios que sont RTL et Europe 1 ont des équipes de journalistes de tous les horizons, parfois même assez caméléons (Ex. : Elkabbach). Un Jean-Michel Apathie (RTL) affiche une certaine agressivité dans ses questionnements, mais il n'a qu'un seul souci : avoir le dernier mot face à ses invités. Nous pourrions penser que cela est le fruit d'une intransigeance professionnelle, il n'en est rien : il privilégie systématiquement la forme au fond.
Quant à France Inter, voilà une radio proprement verrouillée par des socialistes et des communistes. Pour connaître quelques rares journalistes osant y afficher leur opinion politique de droite, je sais qu'ils y vivent un enfer professionnel.
Les animateurs télévision et les humoristes
Ils appartiennent plus à l'univers du show business qu'à celui des commentateurs ou observateurs politiques. Ils sont cependant des vecteurs qui forgent l'opinion.
Stéréotype de ces émissions : un Ruquier et sa bande (Bénichou, Steevy, Sarraute, Michalak, Mustapha, Bonaldi…ils sont presque une soixantaine qui tournent) inondent les ondes radio (Europe 1) et télé (France 2) largement plus de trois heures en moyenne par jour. Une telle audience finit nécessairement par peser.
Leur passe-temps favori ? Allumer le Président et son gouvernement. Se fondant toujours sur de vraies informations, ils les tournent en dérision systématiquement. Très bien, c'est le jeu et remercions le ciel d'être en démocratie. Mais entendre l'opinion de Steevy sur un événement politique, franchement…!
Tout le talent de Ruquier (qui est clairement à gauche) consiste d'ailleurs à prendre soin d'avoir toujours quelques chroniqueurs plutôt de droite. Ils occupent moins de 10 ou 15% des temps d'antenne, mais les apparences sont ainsi préservées.
Il ne faut pas assimiler "la bande à Ruquier" aux Guignols qui sont un spectacle, certes souvent cruel pour les victimes, mais un spectacle. Là il est difficile et délicat de dire quoi que ce soit, sans passer pour un liberticide patenté. Et pourtant ! Les Guignols sont sur Canal, une chaîne dont on connaît la position politique générale.
Quant aux humoristes, celui qui fait mal en ce moment est Nicolas Cantelou, un imitateur qui balance autant à droite, qu'à gauche. Cela n'a pas empêché Madame Royal de refuser sa présence lors d'un Vivement Dimanche sur France 2, ce que Michel Drucker a accepté. C'est un véritable scandale dont personne n'a parlé. Cherchez l'erreur !
Conclusion.
Pour répondre à Patrick Gouverneur, je ne suis hélas pas surpris du comportement et des positions des journalistes français. Non ! Je suis simplement de plus en plus inquiet sur leur capacité à se remettre en question - une seule fois ! - et sur leur insondable volonté de toujours privilégier la forme au fond.
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