DEFENSE NATIONALE -LA AUSSI LA RUPTURE
La Defense Nationale n'interesse parait- il pas les francais.C'est possible mais ce qui est sur c'est que ca n'interesse pas beaucoup les journalistes.
Il leur a en effet echappe , ou presque que des choses bougeaient dans ce domaine.
La rupture Sarkozienne est meme en train de s'appliquer au sacro saint domaine pourtant intouchable de la Defense Nationale.
Intouchable, car tellement attaché a l’histoire et a la personnalité du Général de Gaulle, que personne n’avait depuis 1969 osé changer (ou même imaginer changer) quoi que ce soit sur ce dossier, que tous ses successeurs ont eu tendance a considérer comme la bible de la République
Toute velléité de changements était immédiatement synonyme d’un patriotisme suspect….
A part , rendons lui cette justice (c’est même la seule), la fin du Service National décrétée par Chirac , c’est l’archétype du dossier bloqué par les lâchetés et les conservatismes.
Sauf évidemment une inflation budgétaire qui a fait que la Défense Nationale est devenue le deuxième budget de la nation derrière l’Education Nationale, et représente a lui tout seul 10 % des dépenses de l’Etat, et une somme quasi équivalente au déficit budgétaire annuel.
Avouez que ne serait ce que d’un point de vue financier, cela vaut le coup de s’en préoccuper. Et le Président avec le souci de gérer les sous qui semble l’habiter a eu la même analyse.
Mais conscient sans doute qu’à l’intérieur même de sa majorité le sujet reste sensible, le Président Sarkozy la joue prudent.
Il a demandé la rédaction d’un « livre blanc » sur la Défense Nationale pour Mars 2008.
C’est la nouvelle technique de gouvernement qui consiste à faire proposer par une Commission si possible dirigée par un expert reconnu, et de préférence de gauche, des solutions évidentes avec lesquelles l’immense majorité des français sont d’accord.
En l’espèce, l’homme en charge du Livre Blanc est un expert… mais on ne sait pas si il est de gauche.
Il s’appelle Jean Claude Nallet (ce n’est pas l’ancien recordman de France du 400 mètres haies…) Il est conseiller d’Etat et ancien Patron du SGDN (Secrétariat Général de la Défense Nationale).
Il devra remettre au Président un Rapport en Mars 2008 sur les « grandes orientations futures ».
Au moins un sujet l’est apparemment, et il nous tient particulièrement a cœur, c’est celui du rôle de la France au sein du NATO (OTAN).
Nous avions indiqué pendant la campagne que nous espérions voir tomber le tabou gaullo-gaulien sur le sujet, nous n’en sommes peut-être pas très loin
En 1966, de Gaulle décide que la France quitte le NATO (North Atlantic Tactical Organisation) officiellement en charge de la défense de ce qui était considérée comme l’Europe depuis la fin de la guerre.
La France quitte le NATO (OTAN) car elle veut désormais assumer « sa propre défense nationale ».
Depuis lors le mur de Berlin et le monde communiste se sont effondrés, et le NATO ( OTAN) n’est plus clairement dirigé contre le bloc soviétique mais contre « d’autres menaces ».
De sorte que d’anciens satellites de Moscou comme la Géorgie ou l’Ukraine souhaitent l’intégrer sans parler de la Pologne, la Tchéquie, la Roumanie et bien d’autres qui y sont déjà (26 pays sont désormais membres).
Elle s’est élargie par vagues successives et d’une certaine façon « rattrape » le NATO ( OTAN)
Depuis sa création l’Europe est clairement devenue une réalité dans de nombreux domaines.
La France, plombée par son histoire gaullienne a toujours traîne les pieds, c’est un euphémisme sur l’idée de la Défense européenne.
Les gaullistes historiques, mais aussi Pasqua, de Villiers, Chevènement et autres souverainistes sont contre « l’abandon de la souveraineté nationale » et nos dirigeants tellement courageux de ces 30 dernières années se sont inclines lâchement devant la « tradition », en creant ainsi un consensus artificiel sur le sujet.
De sorte que la France n’ayant jamais pousse le dossier, la Défense européenne est restée une utopie.
Leur position est très simple : Pourquoi réinventer le NATO puisqu’il existe déjà ?
Rejoignons nous tous au sein du NATO ( OTAN) et partageons les efforts ( en particulier financiers ) on atteindra les même objectifs.
Financièrement ils y auraient intérêt, puisque c’est évidemment les USA qui financent aujourd’hui la majeure partie du budget de l’organisation.
La France aussi, et c’est sans aucun doute la réflexion de Sarkozy qui finalement trouve sans doute fort de café que la France continue a supporter des sommes hallucinantes (45 milliards par an) alors que dans le même temps, les autres pays européens se contentent d’apporter une modeste (les américains disent parfois symbolique) contribution au NATO ( OTAN )
Autrement dit a la question principale et disons stratégique, qui consiste a s’interroger de savoir si a 27 nous ne serions pas plus fort, s’ajoute la question subsidiaire plus franco-française qui consiste a se demander si financièrement il ne vaudrait pas mieux partager les dépenses avec tout le monde.
En particulier avec les américains ,et en particulier pour les armements les plus coûteux.
Pas besoin de vous faire un dessin non plus pourquoi la majorité des pays européens ne sont pas plus excités que cela que cela a l’idée d’une défense européenne.
En résume du résume, on peut dire que la plus mauvaise position pour la France, c’est le statu quo actuel.
La France, avec la Grande Bretagne, est la seule armée digne de ce nom en « Europe » ; cela nous coûte une véritable fortune avec des résultats très mitigés.
Si la force de dissuasion reste une réalité (a priori) l’armée conventionnelle reste elle très sujette a caution.
Avec la Cote d’Ivoire, le Kosovo et l’Afghanistan, nos effectifs sont asséchés et c’est tout juste si on peut envoyer 5000 hommes a Carcassonne au cas ou les ruines s’effondreraient……….
Pendant ce temps la, l’Espagne, l’Italie, la Suède ou le Portugal et les autres envoient quelques centaines (au mieux) de soldats en Irak et en Afghanistan et font partie de la « coalition ».
Soit on prend clairement l’initiative de lancer une Défense européenne, mais on aura du mal à convaincre tout le monde, c’est le moins qu’on puisse dire, soit on réintègre « intelligemment » le NATO.
Sarkozy avec le bon sens qui le caractérise a commence par dire que « rien n’est fermé » ce qui en dit long car jusqu'à pressent par principe justement tout était ferme………..
Hervé Morin, Ministre de la Défense a d’ailleurs déjà déclaré qu’il souhaitait « un changement de comportement politique de la France au sein du NATO (OTAN) n’ayant pas peur de préciser que « nous sommes trop souvent ceux qui chipotent et qui barguignent. Comme si nous voulions donner le sentiment de vouloir empêcher l’OTAN de se transformer ».
Quand on connaît la fameuse « implication » du Président dans les dossiers, on se doute que la déclaration du Ministre est en phase avec la pensée du Président.
40 ans après et quelques centaines de milliards d’euros plus tard nous allons peut-être corriger le tir…….
Un sommet du NATO est prévu à Bucarest au Printemps 2008 .( Tiens comme par hasard, c’est la date limite de remise du rapport.)
Fort de son Livre blanc, il est probable qu’à cette occasion Sarkozy fera faire à la France sa révolution.
La gauche, intellectuelle ou pas, sera sans aucun doute folle de rage et parlera « d’alignement ».
Pour en terminer, et vous donner une idée de l’état d’esprit du Président, dans sa lettre de mission a Jean Claude Nallet pour la rédaction du Livre Blanc, il lui a demandé de bien vouloir prendre en compte « non pas seulement les aspects propres a la Défense, mais aussi a la Sécurité Nationale ».
En tout cas, faire le distinguo entre « Défense » et « Sécurité Nationale », ça c’est nouveau.
Nous voyons bien où le Président prend ses idées…cela nous rappelle étrangement le département de Homeland Security aux Etats-Unis.
Quand on vous dit que la rupture est décidément partout….