RUMEUR... INFO... TOUT UN MONDE POUR LES MEDIAS

Publié le par Patrick Gouverneur

Pour ceux d’entre vous , et je sais que vous êtes nombreux, qui ne vivez pas sur le territoire national, il nous faut vous résumer ce que les medias hexagonaux ont appelé l’ « affaires des rumeurs »

Rapide rappel des faits que nos lecteurs franco français vont eux parcourir en diagonale tant les faits leur sont connus (et sans doute trop d’ailleurs).

 

Il y a 3 semaines a peu près, des sites internet font état de rumeurs concernant le couple Présidentiel.

Celui-ci battrait de l’aile, on en veut pour preuve, disent ces pseudo journalistes, que Nicolas entretiendrait une relation avec une de ses Ministres Chantal Jouanno, et Carla aurait de son coté une relation torride en Thaïlande avec un jeune chanteur français  Benjamin Biolay.

Et d’enchainer avec des « détails » qui bien sur crédibilisent la rumeur, le Président agacé et jaloux aurait envoyé en urgence « son avion » celui de la République française en Thaïlande pour récupérer en catastrophe sa dulcinée volage, et mettre ainsi fin a la romance.

La presse française naturellement officiellement se tait, mais en fait ne parle que de cela … selon sa bonne habitude…. ,  ce qui ne fait qu’accroitre la rumeur naturellement.

Mais elle ne parle de cela dans un milieu « autorisé »… comme chacun sait par eux-mêmes, c'est-à-dire entre eux….

Mais la presse étrangère n’a pas cette pudeur, et la presse britannique notamment ne se prive pas d’en faire état.

Des journaux en Suisse et en Belgique font de même.

En précisant bien qu’il ne s’agit que de « rumeurs » mais en ne se gênant pas pour en parler quand même…..

Et puis quelques jours plus tard le site internet du JDD,  se lâche et reprend finalement les rumeurs anglaises…. sur la rumeur.

 

Catastrophe…Crime de lèse majesté…

Cette fois c’en est trop parait il pour le Président, un journal français pensez donc qui plus est la propriété de son « frère » Arnaud Lagardère, Nicolas Sarkozy soi disant a pêté les plombs.

Commence alors « la rumeur sur la rumeur ».

 

Le President est « parait-il » devenu fou, ne « décolère pas », veut savoir « qui » colporte de telles horreurs, lui fera « rendre gorge ».

On entend et surtout on lit tout et n’importe quoi sur la supposée colère de Sarkozy.

 

Tout a coup a mots couverts les medias français se voient bien obligés de parler de l’affaire , (on imagine d’ailleurs que certains en sont ravis….) et commence a doucement investiguer.

C’est d’abord le patron du Renseignement français Bernard Squarcini rendez vous compte, reconnait que son service a enquêté sur l’affaire a la demande du Directeur de la Police Nationale….

Ensuite c’est  le Conseiller personnel du Président Pierre Charron qui se lâche devant certains journalistes et déclare

 "Maintenant, ça suffit les conneries de la part de tous ceux qui colportent ça. Ça dépasse l'entendement ! Le fait que ça se retrouve sur un site comme celui du JDD, ça dépasse le stade de la rumeur. C'est inadmissible",

Et pour faire bonne mesure il ajoute : "En disant que la peur doit changer de camp, j'exprime une colère face à un tsunami d'ignominies"  

Donc c’est clair le Président est bien fou de rage et n’entends pas laisser l’histoire sans suite.

Situation déjà en soi irreel ou on prete au President la volonte de mobiliser les moyens de l’Etat pour ce qui ne serait qu’une « rumeur…. »

Et le dénommé Charron  ne s’arrête pas la, il se répand dans tous les diners parisiens, de préférence les diners politiques, en murmurant que « le Président sait qui est à l’ origine de ces rumeurs »…

Et il ne se fait pas prier beaucoup pour déclarer que c’est « Rachida Dati », dont c’est un secret de polichinelle qu’il ne la supporte pas (et qu’elle lui rend bien) depuis que Cecilia Sarkozy avait en son temps obtenu sa tête (déjà ??) .

Mais c’est parti, et la cause est entendue c’est Rachida.

Sans que l’on ne sache toujours, vous noterez, si c’est une info ou une rumeur malveillante.

Dans la foulée le lendemain même de la soirée électorale, Rachida Dati se voit supprimer la voiture, le chauffeur, la protection policière et quelques notes de frais dont elle bénéficiait (par parenthèse de façon tout a fait scandaleuse).

Donc plus de doute, le Président « sait » et l’addition commence à être servie.

Et d’en faire des kilos sur la « vengeance présidentielle » qui a mis la « malheureuse Rachida au bord des larmes », les medias s’en donnent a cœur joie dans le mélo.

Le France Dimanche des années 70 devient le nouveau media…..

Je vous jure que je n’exagère pas, et de plus j’essaye de faire court pour nos amis français qui ne connaissent que trop l’histoire.

En tout cas on pressentait que l’affaire allait mal finir et prendre des proportions incontrôlables, quand finalement Carla Bruni-Sarkozy elle-même allait siffler la fin du match.

Elle s’invite a Europe 1 (elle n’avait guère aimé RTL la dernière fois…) et déclare «Je suis venue pour relativiser, éviter qu'une affaire qui n'a aucune importance prenne des proportions ridicules», explique-t-elle en introduction.

Des rumeurs qui dit elles n’ont «aucune importance et sont insignifiantes pour notre couple », selon la chanteuse.

Et pour que les choses soient claires elle ajoute : «Je considère que nous ne sommes victimes d'aucun complot. Les rumeurs ont toujours existé, Il n'y a pas de complot, il n'y a pas de vengeance, ça ne nous concerne pas, on a tourné la page depuis bien longtemps», poursuit-elle.

Interrogée sur les déclarations du conseiller de son mari, Pierre Charron elle relativise «il a pris ça à cœur plus que nous, plus que cela ne méritait». dit elle

C'est par amitié que Pierre Charon ou Thierry Herzog auraient réagi, selon Carla Bruni, qui soutient n'avoir «aucune volonté de revanche».

Interrogée en outre sur l'enquête de police sur les rumeurs…., Carla Bruni dément toute enquête.

Enfin cerise sur le gâteau Carla décidément bonne fille conclue en disant «L'accusation portée sur Rachida Dati est une rumeur, donc je n'y crois pas. Elle reste tout à fait notre amie. Je ne croirai désormais aucune rumeur, les rumeurs sont fausses».

Et voila le travail.

Le résultat en tout cas ne s’est pas fait attendre : « l’affaire des rumeurs » et de « la rumeur sur la rumeur » a disparu de l’actualité illico.

Carla Bruni de ce point de vue a parfaitement réussi son coup. Il aura fallu Katie Couric sur CBS pour reposer la question a Sarkozy (ces journalistes américains sont insupportables avec leurs questions….) pour gâcher un peu la fête, mais en France c’est réglé on en parle plus.

Reste que toute cette histoire qui a continuellement navigué entre le grotesque et le scandaleux a des répercussions et des significations politiques.

Tout ce qui touche le Président est politique.

Alors nous nous apprêtions à vous faire savoir chers amis, quel était le regard que nous portions sur cette histoire quand nous sommes tombés sur un édito de Christophe Barbier de l’Express.

C’est tellement rare, qu’il nous faut le signaler, nous sommes en effet 100% d’accord avec ce qu’il écrit.

Oui 100%. Tout arrive rendez vous compte , voila que l’on est en phase avec les medias..

Toujours est il que plutôt que de paraphraser le responsable (il est Rédacteur en Chef) d’un grand magazine nous avons décidé de publier l’édito in extenso.

En prenant la précaution semble t-il importante de préciser que contrairement a nous Christophe Barbier est un fidele des « diners en ville » parisien. Ce qui veut dire qu’il a lui de vraies infos et confidences non pas seulement des observations ou des déductions comme nous.

En outre il a la réputation d’être plutôt Sarkoziste, ce qui l’exonère de l’accusation de parti pris aveugle ou de mauvaise foi dont font preuve d’autres.

Au delà de l’histoire elle-même qui semble claire à ses yeux, nous partageons encore une fois pleinement ses commentaires « politiques » et nous le disons depuis longtemps.

Cette fois  ils viennent de quelqu’un qui sans doute « sait », du coup ce n’est pas rassurant

De "l'e-ragot" à l'affaire d'Etat

Dans la politique française, rien n'advient par hasard, et l'effroyable tempête qui a secoué l'Elysée porte en elle autant de leçons sur le sarkozysme qu'en a livrées, deux semaines plus tôt, le désastre des élections régionales.

Ce ne sont pas les "élucubrations" d'Internet qui ont produit une crise politique, c'est la crise du modèle de pouvoir installé par le président qui a permis à des "e-ragots" de se transformer en incendie politique, et presque en affaire d'Etat.

"L'affaire de la rumeur", c'est d'abord la défaillance d'un entourage, mélange de cour et de garde rapprochée.

Le cabinet élyséen était une mécanique de précision aux rouages bien huilés, il est apparu soudain comme une machine folle, aussi désorientée que son pilote.

Obsédés par le seul destin de Sarkozy durant la conquête du pouvoir, puis par la mise en pratique de son programme, les conseillers du président sont désormais motivés, en partie, par leurs intérêts personnels - ambition électorale ou reconversion dans le privé. La fiabilité absolue requise par la pratique de l'hyperprésidence n'est plus garantie à l'Elysée, qui sembla la semaine dernière le palais du roi Pétaud et de son chambellan, Pataquès.

Le vaudeville offert aux Français est aussi l'enfant naturel d'un régime trop personnalisé et d'une politisation de la vie privée. Depuis le fameux "Bonne chance, mon papa!" lancé par son fils Louis en novembre 2004, lors de la prise de l'UMP, Nicolas Sarkozy a toujours conféré à sa vie privée un rôle politique: tout ce qui advient à l'individu Sarkozy concerne l'électorat de Sarkozy.

Avec lui, il n'y a pas un homme sous le président, mais un président sous l'homme. Un mariage imprévisible ou un jogging new-yorkais deviennent ainsi des coups politiques, un divorce tumultueux ou un malaise vagal sont des crises de régime.

De cette logique il ne peut sortir, car l'opinion est désormais sous addiction : elle exige de lui qu'il continue à faire de la politique par la mise en avant de sa vie privée. C'est pourquoi il fallait que Carla Bruni-Sarkozy prît la parole pour calmer « l'affaire Dati » : c'est Iphigénie montant au bûcher des vanités politiques que nous avons vue - et reverrons sans doute.

Enfin, cet épisode ahurissant dévoile le rapport, faussé, que Nicolas Sarkozy entretient avec le temps. D'un côté, la vigilance est en défaut et l'Elysée néglige d'intervenir vite sur Internet, où la rapidité détermine l'issue des batailles.

De l'autre, aucune vision stratégique ne s'impose face aux contestations, aucun cap ne répond à la tempête. Emoussé dans ses réflexes, épuisé dans ses réflexions, le sarkozysme n'agit vite ni ne voit loin : il est, au sens propre, une gouvernance à la petite semaine - et la dernière fut terrible.

Réformer en profondeur son cabinet élyséen, améliorer la politisation de sa vie privée - puisqu'il ne peut l'abandonner - en soignant le contenu des messages émis, ne penser qu'à sortir la France de la crise avant de dessiner un projet en vue de 2012 : pour - enfin ! - présidentialiser sa présidence, Nicolas Sarkozy n'a pas le choix et seulement peu de temps.

Il est le chef d'Etat qui a réussi à transformer sa mi-mandature en fin de règne.

Saura-t-il être le président qui transforme sa fin de quinquennat en reconquête ?

Christophe Barbier

 

Publié dans Politique

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