OBAMA ET SARKOZY PARLENT AU PAYS

Publié le par Patrick Gouverneur

Le hasard du calendrier a parfois des bizarreries étonnantes.

En effet à 24 heures d’intervalle le Président Nicolas Sarkozy et le Président Barack Obama se sont tous deux adressés à leurs concitoyens.

Le moins que l’on puisse  dire c’est que les circonstances et la méthode étaient a des univers planétaires l’une de l’autre.

 

Nicolas Sarkozy qui n’avait pas parlé « sérieusement » aux français depuis un moment, a choisi de le faire dans le cadre du programme « Les français ont la parole » que TF1 avait déjà expérimenté pendant la campagne de 2007, et qui consiste a lui faire poser des questions par un panel de français sélectionnés par la chaine.   

 

Je dis  qu’il « choisi » car hélas, c’est le cas.

Nicolas Sarkozy et ses conseillers apparemment aiment bien cette formule.

Personnellement, je l’avais déjà dit pendant la campagne de 2007, c’est pour moi le degré zéro de la politique et plus encore du journalisme.

Pour tout dire, je ne comprends pas que les journalistes (Pernault en est-il un ?) puisse se prêter a cela… et je ne comprends pas plus pourquoi les journalistes en général ne s’élèvent pas contre ce type de programme.

Nicolas Sarkozy et ses énarques de l’Elysée prétendent que le Président souhaitait répondre « aux vraies questions que se posent les français ».

Sous entendu, ce n’est pas le cas avec les questions des journalistes.

 

Alors de deux choses l’une, soit c’est exact et alors le décalage entre les medias et le public est encore plus important qu’on ne le croit, soit c’est faux et alors le Président préférerait être face au public que face aux journalistes.

Je ne voudrais pas être désagréable mais je ne connais pas de journalistes français qui puissent réellement mettre en difficulté le Président.

Si il avait des Bill O’Reilly ou des Mike Wallace en France cela se saurait…

Je ne vois pas très bien ce qu’il a « à craindre » des journalistes généralement retenus pour ce genre d’interview….

 

Non je pense que tout simplement Nicolas Sarkozy aime cet exercice et qu’il profite d’un système ou il peut effectivement « choisir » son type d’intervention.

D’ailleurs, l’honnêteté sans aucun parti pris consiste à dire que je l’ai trouvé très bon.                        

Dans la forme bien sur.

Il l’avait d’ailleurs déjà été pendant la campagne.

Il est a l’aise, et sait être sympathique ce qui est pour moi son problème numéro un aujourd’hui.

Je ne suis d'ailleurs pas le seul puisque 59% des personnes qui l'ont regrde sont du meme avis.
Les instituts de sondage ont cependant le culot d'interroger ....ceux qui ne l'ont pas regarde...
Passons.
 

Simplement, on peut s’étonner si ce n’est plus, de ce type d’intervention pas tout à fait digne de la fonction présidentielle et d’une grande Démocratie occidentale,  de mon point de vue.

 

Point de vue apparemment partagé par la presse étrangère qui reste d’ailleurs un peu interloqué de nos pratiques.

 

Jugez-en plutôt.

 

« Un show préparé, une téléréalité », juge Charles Bremner, chef du bureau du Times à Paris, où il travaille depuis 17 ans.

"C'est un président monarque qui s'offre deux heures de prime time pour tenter de redorer son image. Il écoute les doléances de ses sujets qui souffrent, comme le bon roi à leur chevet",

Pas très tendre vous ne trouvez pas ?

 
"Il s'est très bien débrouillé", concède  Alberto Toscano, correspondant de l'hebdomadaire italien Panorama, depuis 24 ans à Paris. "Mais même en Italie, le président du conseil aurait du mal à faire la même chose sur l'une de ses chaînes de télévision ! Qu'un chef d'Etat puisse parler pendant tout ce temps sans contradiction et répondre à des questions choisies, je vois mal cela dans un autre pays démocratique".
Pour lui c’est « Un spectacle monarchique.... même le bon Dieu n'a pas ce pouvoir ! C'est une habitude française de sacraliser le locataire de l'Elysée, élu au pouvoir universel. Sarkozy en profite et pousse le système jusqu'au bout", affirme t-il





Michael Kläsgen,
du quotidien allemand Süddeutschezeitung, n'imagine « pas un seul instant » la même chose en Allemagne et évoque lui aussi l'attitude d'un « monarque" »

Il dénonce « une fausse interview dont on parle depuis quatre jours » et « un manque de distance entre les journalistes français et les puissants » en général.

 

Ce n’est pas Bon Appétit Messieurs qui le dit…


Henry Samuel, n’y va pas de main morte non plus.

 « Pour un journaliste britannique, c'est un exercice qui nous fascine et nous rend perplexes parce que ça n'existe pas chez nous. Que l'Elysée ait pu influencer la conception de l'émission, ce serait impensable en Angleterre ».
« Il y a un côté monarchique, c'est la nature du régime, mais Sarkozy n'est pas pire que ses prédécesseurs. Il est entre la reine d'Angleterre, qui incarne la Nation, et le vrai pouvoir. C'est lui qui décide de tout mais on ne le voit pas souvent. Quand on le voit, c'est toujours dans un exercice de style sans débat contradictoire"
, poursuit-il.

 Les espagnols sont également d’accord


"Deux heures pour rien",
estime de son côté Luis Miguel Ubeda de la radio nationale espagnole. "Car le décalage entre les préoccupations des onze Français et la performance présidentielle était trop grand. C'est typique de Sarkozy pour tenter de rassurer mais c'est ridicule".

Et bien….


Enfin pour Akihiko Takaki, chef du bureau parisien du quotidien japonais Nishinippon Shimbun, le président a été « impressionnant  et "assez frais » même s'il « peut être dangereux d'utiliser comme cela les medias ».
"Ca n'arrive jamais au Japon. Tous les jours il y a un petit debriefing avec la presse à la sortie du bureau du Premier ministre mais jamais il n'intervient à la télé".

 

Autant vous dire et vous l’avez compris que la presse étrangère n’apprécie guère cette spécificité hexagonale
 

 

 

Barack Obama, lui ne choisit pas ses interlocuteurs ou ses émissions.

La Démocratie américaine a des règles et il serait malvenue de ne pas les respecter.

Il ne lui en vient meme pas l’idée d’ailleurs.

Mercredi soir il a prononcé le discours de l’Union devant tout le Parlement au grand complet.

Mes chers amis français, je dois vous dire que la comparaison entre les deux interventions n’a meme pas de sens.

Le discours de l’Union est une sorte de discours de politique générale du Président, prononcé tous les ans en Janvier. .

Nicolas Sarkozy sans doute impressionné comme nous par l’exercice a d’ailleurs modifié la Constitution pour pouvoir faire de meme.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais on a l’impression qu’il n’est pas très pressé de se livrer a l’exercice… sans doute n’est-il pas follement excité a l’idée « d’affronter » les Députés de Gauche qui auront bien du mal a contrôler leur grossièreté et leur irrespect habituel (la Droite n’est pas mieux soyons clairs…).

 

Quel contraste avec l’Amérique !

86 interruptions et applaudissements pour Obama, une grosse moitie de standing ovation, et prés d’une vingtaine tout de meme par la totalité des parlementaires,

Républicains inclus.

Une autre planète on vous dit.

Pourtant, c’est un euphémisme de dire qu’Obama n’est plus très consensuel depuis quelques mois. Ses hésitations voire ses erreurs ont requinqué les Républicains qui ne lui font pas de cadeau.

Il n’empêche.

Barack Obama n’a pas été bon, il a été remarquable.

Il est un grand orateur on le sait, mais le discours était brillant et le speaker tout autant.

Bien sur que la démagogie, le populisme et du coup quelques promesses probablement jamais tenues n’étaient pas absent.

Mais quel spectacle.

J’ai eu la chance de visiter il ya très peu de temps la salle du Congres au  Capitole , c’est impressionnant et croyez moi un grand discours du Président devant la Nation c’es autrement solennel et majestueux qu’une « conversation au coin du feu » avec quelques français choisis par TF1.

 

Nous reviendrons sur le contenu du discours d’Obama, mais quoi qu’il en soit, ce fut un grand moment qui donne une autre idée de la politique et de la fonction présidentielle.

Et comme chacun sait, je ne suis pas un grand fan d’Obama…

 

Nicolas Sarkozy serait donc bien inspiré de se livrer a l’exercice désormais prévu par la Constitution et le plus vite sera le mieux, la politique francaise a besoin de cette solennite et de cette grandeur.
Et les Députés (en particulier de l’opposition) seraient bien inspirés aussi de visionner l’intervention d’Obama, ils verraient ce que signifie respect, tolérance, courtoisies démocratie apaisée.

 

Un univers nouveau pour eux sans aucun doute…mais tellement séduisant

 

 

  

Publié dans Politique

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baetz pierre 31/01/2010 05:28


Sarkozy a fait son discours du trône devant le congrès à Versailles il n'y a pas longtemps, s'il y retourne maintenant, l'opposition quittera la salle. Dommage mais c'est ainsi. D'autre part l'avis
des journalistes étrangers n'a aucune importance en France, personne ne sait même les lire. Je ne l'ai pas regardé mais le truc a plu et les téléspectateurs sont restés devant paraît-il. Et puis
c'est vrai que la France vit sous une monarchie élective et si elle n'est pas très démocratique, ce n'est pas en raison de son type de pouvoir politique mais de la toute puissance du pouvoir
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