KARACHI.... VILLEPIN MENT-IL OU PAS ?

Publié le par Patrick Gouverneur

A la suite de mon dernier papier sur l’Affaire Karachi je me dois de vous signaler mes chers amis, que j’ai reçu des critiques parfois assez sévères, de lecteurs qui protestaient, pour ne pas dire plus… sur le fait que j’avais écrit dans l’article la phrase « Villepin ment comme d’habitude »                   

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 Ces messages m’ont été envoyés par des lecteurs avec lesquels j’ai échangé des mails. Ils se présentent comme des lecteurs réguliers de BAM, mais ne souhaitaient pas pour autant effectuer leurs commentaires sur le blog. C’est parfaitement leur droit.                                                                           Ils m’ont demandé de ne pas les publier, mais de bien vouloir répondre à leurs remarques, les échanges sont demeurés naturellement extrêmement courtois.                                                                                 En gros leurs remarques et critiques portaient sur le fait qu’ils trouvaient pour le moins « léger » d’affirmer de tels éléments sans preuves avérées.                                                                               A partir le la je réponds bien volontiers.

Tout d’abord en reconnaissant que la phrase « Villepin ment comme d’habitude » est effectivement c’est vrai est un peu dure, et je comprends qu’elle ait pu déranger ceux qui ont de la sympathie pour l’ancien Premier Ministre. Cela dit c’est mon style, un blog est la pour transmettre des sentiments et des opinions quant bien même m’efforcerais-je, et je crois que chacun peut me rendre cette justice, de le faire en m’appuyant sur des faits.      

Or dans le cas présent j’ai de bonnes raisons d’avoir écrit cela, et de surcroit je considère qu’effectivement Dominique de Villepin n’en est pas a son coup d’essai, on se rappellera l’Affaire Clearstream.

Rappelons d’abord pourquoi j’avais accusé Dominique de Villepin de mentir ?                           Parce que je disais qu’il ne disait pas la vérité, quand il avait déclaré au juge Van Ruymbeke qu’il avait « des soupçons mais pas de preuves » sur les retro commissions des contrats d’armement de la période Balladur en 93 -95.                                                                                                                     Je prétends au contraire qu’il sait parfaitement de qui il s’agit.                                                             Pour ne pas alourdir l’article déjà long et dense je n’avais pas publié mes raisons pour justifier une telle affirmation, ces lecteurs me donnent aujourd’hui l’occasion de le faire. 

 

 

Comment admettre en effet qu’en 1996, l’Elysée de Jacques Chirac ait décidé de stopper des commissions de l’ordre de 200 millions d’euros comprises dans des contrats avec des pays stratégiques pour la France, sans avoir la certitude qu’elles cachaient bien des rétro commissions?    A l’évidence, avant de prendre une telle décision, l’équipe Chirac-Villepin avait dû réunir des éléments « tangibles », du biscuit comme on dit, ou alors ces gens étaient fous ce qui convenez en est difficile a croire.

On sait désormais en effet, par Dominique de Villepin précisément, qu’entre juillet et octobre 1995, trois anciens du cabinet Léotard, en charge des négociations avec l’Arabie saoudite et le Pakistan pour les deux contrats de ventes d’armes signés en septembre et novembre 1994, ont été secrètement placés sur écoutes.                                                                                                                                  Comme  par hasard quelques mois après leur arrivée a l’Elysée, très exactement en décembre 1995, Michel Mazens est nommé en remplacement du balladurien et tres proche de Leotard, Jacques Douffiagues à la tête de la Sofresa, l’organisme public qui a été chargé précisément de gérer les intermédiaires.                                                                                                                                        Or Michel Mazens a été entendu par le juge Van Ruymbeke, et a déclaré sous serment le 18 Novembre dernier « Trois mois après mon arrivée à la tête de la Sofresa, M. Millon m’a fait part d’un ordre du président de la République d’arrêter immédiatement les paiements et de détruire si possible les documents relatifs au réseau K du contrat SawariII"                                                       PV d’audition qui a bien sur fuité dans la presse, autrement comment le saurais-je ?.                            Et Michel Mazens est très précis et cite des noms. « J’entends par réseau K un réseau mis en place par M. Douffiagues … M. Takieddine était en première ligne. »                                                        Il ajoute également « le président de la République a tenu lui-même à me faire part de son souci et de sa volonté d’arrêter, de stopper ce réseau ».

Donc Chirac en connaissait exactement l’existence. Et Michel Mazens de préciser au juge, qui le savait bien entendu, que « M. de Villepin pilotait l’opération ».                                                         On voit donc mal Dominique de Villepin ignorer ce que Chirac savait…..                                             Par   parenthèse ceci vaut naturellement également pour Alain Juppé Premier Ministre de l’époque que l’on voit mal laissé hors du coup par Chirac tant leurs relations étaient proches, et qui aujourd’hui joue au parfait imbécile et parfait ignorant sur le dossier.                                                          

Toujours est-il qu’après trois mois d’écoutes téléphoniques, l’Elysée change donc le président de la Sofresa, puis exige en février 1996 l’arrêt complet des commissions.                                                    Et tout cela sans preuves? Désolé mais cela me parait difficile a admettre                                                                

 

Dans le livre de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, il est rappelé également qu’en juillet 1996, Jacques Chirac se rend en personne en Arabie saoudite pour un long tête-à-tête avec le prince Abdallah au cours duquel le président français, « documents en main », aurait justifié sa décision…                                                                                                

En un an, L’Elysée est donc parvenu à ses fins.                                                                                   « Ziad Takieddine avait menacé d’avoir recours à un arbitrage international… Il a fini par céder et l’affaire s’est conclue par la destruction des différents documents entreposés à Genève », s’est souvenu Michel Mazens devant Van Ruymbeke.

Pour arriver à cela, excusez moi mais il fallait évidemment du solide, mais à l’époque pas question de saisir la justice.                                                                                                                                     Les auteurs du livre Le Contrat indiquent que « Villepin préfère forcer les intéressés au silence que sortir ces preuves directement… ». J’ajouterais pour ma part que beaucoup de ces personnages, Léotard en tête se sont éloignés si ce n’est retirés de la vie politique.                                             Peut être un hasard peut etre pas

 

Mais vous me direz un raisonnement personnel même subtil, et des infos reliées entre elles ne constituent pas une « preuve formelle »….                                                                                         Exact je le reconnais, mais alors quand y en a-t-il en politique ?

 

Autre élément cependant que j’ai rappelé dans l’article, Dominique de Villepin est reste muet 10 minutes (et non 7 comme je l’ai écris…) quand Renaud Van Ruymbeke lui a demandé « s’il avait des noms » ?                                                                                                                                    « Montre en main », précise Me Olivier Morice, l’avocat des familles de victimes de l’attentat de Karachi, ce n’est pas BAM qui le dit.                                                                                                « Les éléments qui m’ont été transmis ne mentionnaient pas de noms spécifiques », a finalement répondu l’ancien Premier ministre. « Je n’ai pas d’autres précisions quant à d’éventuels destinataires, personnalités publiques, hommes politiques… », a-t-il ensuite déclaré, selon le  procès-verbal qui a lui aussi fuité of course.                                                                                         10 minutes ca montre combien Villepin a hésité….                                                                                « M. de Villepin a été confronté à un conflit de loyauté : il sait qu’il est capable de mettre des noms de personnes mais ne veut pas mettre ces noms, de peur de mettre en difficulté son courant politique », réagit Me Morice.                                                                                                               Je cite mes sources puisqu’elles sont publiques.

Cela étant a contrario, et par souci d’honnêteté je peux citer des éléments qui militent dans le sens contraire, a savoir que Dominique de Villepin ne sait pas ou bien qu’effectivement il n’a pas de preuves.                                                                                                                                                    Il y en a un majeur                                                                                                                                 La plupart des sarkozystes estiment que des preuves s’il en avait, elles seraient sorties depuis longtemps, notamment dans le cadre de l’affaire Clearstream,Dominique de Villepin a cherché à démontrer que les soupçons sur des comptes occultes de Sarkozy étaient réels.                               C’est un argument fort.                                                                                                                           Du coup effectivement si Villepin n’a pas de preuves, difficile donc sans aucun élément tangible, d’accuser quiconque devant Van RuymbekeVillepin parle donc de « soupçons » ou de « fortes probabilités » et cultive les sous-entendus. A la barre du procès Clearstream, c’est ce qu’il avait déjà fait, évoquant même le « trésor de guerre » des sarkozystes et citant les voyages de Brice Hortefeux en Arabie saoudite, mais sans jamais donner d’éléments précis.                                                       « Avant de chercher l’éventuel magot de Sarkozy, le camp Chirac avait cherché en vain pendant des années celui de Léotard », raille encore auprès de Arfi et Lhomme un proche de l’ancien ministre de la Défense…                                                                                                                       Autrement dit Villepin n’a rien du tout, et donc il ne ment pas.                                                             Il est simplement un peu parano et toujours a la recherche d’un micro tendu et fait du vent avec rien.

Possible effectivement. Dans ce genre d’affaire tout est possible.

 

 Mais pour ma part je n’y crois pas et je penche plutôt pour la première hypothèse. Il sait mais ne veut (ou ne peut rien dire).                                                                                                                          Des lors la question qui vient a l’esprit c’est pourquoi s’il sait, ne parle t-il pas ?

 

Il y a plusieurs réponses possibles.

La première c’est l’Affaire Clearstream

 

Entre Villepin et Sarkozy, comme vous le savez le match Clearstream n’est pas fini.                          Le procès en appel de Dominique de Villepin, blanchi en première instance, a finalement été audiencé par la cour d’appel de Paris au mois d’avril prochain.                                                                          Ce second procès à hauts risques, Villepin le doit… au procureur de Paris, qui a fait appel, avec le feu vert de l’Elysée naturellement. Si Villepin tire à boulets rouges sur Sarkozy il risque fort de se retrouver avec un parquet général violent en avril. A contrario un relatif silence pourrait faciliter une nego avec Sarkozy.

Une rumeur reprise ici et la et qui cite même un intermédiaire entre les 2 hommes : Alexandre Djouhri. , un homme de l’ombre qui est d’après la rumeur le seul à parler à la fois à Nicolas Sarkozy et à Dominique de Villepin…, un homme d’affaires inconnu du grand public mais très influent au sommet de l’Etat.                                                                                                                                       Alexandre Djouhri a fait fortune en devenant incontournable sur les grands contrats à l’exportation. Il est notamment très proche du patron d’EDF, Henri Proglio, et de Serge Dassault.

La rumeur dit que Djouhri,  plaide pour un rapprochement du Président et de Dominique de Villepin. Il parait qu’il répète sans cesse à Villepin « qu’affaiblir ainsi le président de la République, c’est affaiblir la France. »

Alexandre Djouhri ne serait donc pas étranger au changement de ton de Villepin, entre sa prestation initiale sur TF1 et son audition chez le juge.

Par conséquent Villepin en se taisant se ménage une sortie en douceur de l’histoire Clearstream, dont comme vous le savez nous n’avons jamais considéré qu’il était aussi innocent qu’il voulait bien le dire. Or une condamnation même symbolique ruinerait quasiment ses ambitions présidentielles et donc son pouvoir de nuisance.

 

 

 La deuxième est évoquée par certains journaux dits « satiriques » dans lesquels on peut inclure BAM,  et est séduisante aussi.                                    

Si Villepin détaille la liste de ceux qu’il soupçonne, on verra peut être qu’il a ensuite travaillé avec certains d’entre eux dans son propre gouvernement… Autrement dit, c’est une hypothèse que nous évoquions nous même, les soupçons (voir les preuves …) de Villepin ne seraient peut être pas aussi anti Sarkozistes qu’il souhaiterait. En tout cas pas seulement.                       

Le panel serait infiniment plus large.

Du coup peut être vaut-il mieux faire profil bas, car à jeter des ordures sur le clan Sarko ce serait s’exposer a des retours de bâton violents de la part du Chef de l'Etat

 

Par exemple le terrain très glissant des comptes de campagne.

Chacun connait désormais  le secret de polichinelle qui entoure l’affaire de la provenance des 10 millions de francs en espèces sur le compte Balladur. Cet argent soi disant « provenant de la vente des t-shirts… » provenait en fait d’après certaines sources non pas des retro commissions, mais des fonds secrets de Matignon….                                                                                                      « mais Edouard Balladur ne le reconnaîtra jamais », regrette un de ses proches de Sarkozy.

Oui mais a écouter les Sarkozistes, le compte de  campagne de Jacques Chirac en 1995, ce n’est pas mieux!                                                                                                                                                 « Tout le monde sait qu’il était en dépassement du plafond autorisé sur ses comptes de campagne», tempête la même source, « et que c’est Dumas qui lui a arrangé le coup"                                                                      

 Et perfide il en rajoute une couche « Jacques Chirac a été deux fois Premier ministre, et certains savent bien qu’en partant, il a vidé lui aussi les fonds secrets. Même son ancien chauffeur a raconté qu’il avait rempli deux sacs de sport de billets en quittant Matignon »

Ambiance entre vieux copains….                                                                                                        Mais tout cela ca veut dire que dans le camp Chirac, on n’a pas non plus intérêt à réveiller des enquêtes sur le financement de sa campagne de 1995, et que du coup le message passé a Villepin, c’est « balance et on en a autant a ton service…. »                                                                             Et du coup Villepin ravale sa haine.

Il ment par omission, il ment par intérêt peut être légitime, mais il ment.

 

Je remercie finalement ces lecteurs attentifs et passionnés qui m’ont donne l’occasion de publier tout cela. Mais je pense que vous vous étonnerez tout de même comme moi que la presse ne reprenne pas ces auditions chez le juge qui sont tout de même des bombes à retardement.

 

Je ne peux pas m’empêcher que voulez vous de trouver cela suspect.

De même que nous sommes quasiment les seuls à évoquer sur BAM que le « je te tiens…tu me tiens… » au sein de la droite, irait peut être au delà sur l’échiquier politique, et pourrait expliquer l’étrange silence des socialistes sur cette affaire.

Nous ne faisons que nous interroger, mais la encore il est pour le moins etrange que nous soyons les seuls à le faire.

A moins comme l’évoquaient certains que la gauche garde ses munitions pour plus tard ?                Nous verrons.                                                                                                                                       Mais comme nous disons depuis longtemps dans ce dossier ce qui est intéressant c’est tout autant ce qui se dit que ce qui ne se dit pas.

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