DOSSIER SECURITE ROUTIERE . II

Publié le par Philippe Dermagne

Les mesures prises constituent-elles une erreur politique ?

Les média relaient largement le mécontentement d'une petite centaine de nos députés à propos des décisions du Gouvernement pour tenter d'infléchir la courbe des tués de la route. Ne concernant plus la stricte sécurité routière, l'affaire prend une tournure politique. Cela n'est pas anodin.

Lorsque j'écrivais mon papier il y a quelques jours, la sécurité routière n'avait pas encore vraiment agité nos élus. Mais je savais, pour avoir étudié ce phénomène en 2004/2005, qu'au plan politique les mesures annoncées n'allaient pas passé comme une lettre à la poste.

 

La crainte des députés n'est-elle pas électorale ?

Dans la perspective des Présidentielles 2012, ce n'est peut-être pas le moment d'agacer d'avantage notre électorat. Ils s'en défendent et rien dans la lettre adressée au Premier Ministre ne fait allusion à la crainte de fond des 80 ou 90 députés qui ont signé cette pétition (ci-dessous).

Je ne suis pas d'accord sur un raisonnement qui place la politique avant la protection de la nation, en l'occurrence celle des usagers de la route. Les députés croient voir là un élément supplémentaire d'une réélection difficile en juin 2012. Ils se trompent, mais pas pour les raisons qu'ils invoquent.

 

Maintenir le tempo des réformes

Nous ne devons surtout pas nous en plaindre. Cela étant, notre Président et François Fillon (passionné d'automobile), sous couvert d'une réelle et authentique volonté de lutte sécuritaire, prennent la Sécurité Routière pour un levier politique ; ou si vous préférez, pour le paradigme de la volonté inflexible du gouvernement de continuer les réformes, même à douze mois de l'élection. Ma foi, pourquoi pas ?

Mais il y a un problème.

Je crois que l'année 2011 ne verra pas le nombre des tués diminuer de façon significative. J'en fais le pari (cf mon papier du 20 mai). L'objectif du Gouvernement risque donc d'avoir un effet boomerang; son esprit et sa volonté de maintenir les réformes ne s'avérant pas démontrer le jour venu, en tout cas pas sur ce sujet. Si tel était le cas, alors les mesures répressives deviennent liberticides et inadmissibles, puisque sans aucune contrepartie politique positive. C'est donc un risque politique regrettable ... ... pour une seule raison : la seule bonne et unique mesure qui serait d'une redoutable efficacité n'est pas mise en œuvre. Je parle ici d'une guerre* sans merci qui serait faite à l'alcool, à l'origine de 28,5% des accidents mortels officiellement ;

probablement au moins 40% lorsqu'on analyse les statistiques en profondeur, en tenant compte de la conduite sous influence du cannabis notamment (officiellement responsable que de 3% des accidents mortels !).

Mais si cette guerre était menée, elle soulèverait aussi les protestations de nos élus et pour la même raison. Comme quoi, rien n'est jamais parfait. Comme il est difficile de faire bouger un pays comme la France.

 

 * POUR MEMOIRE. La mesure prise sur l'alcoolémie fait passer de 6 à 8 le nombre de points perdus pour 0,8g/l (à partir de ce niveau l'alcoolémie devient délictueuse). C'est bien, mais le problème n'est pas de sur pénaliser, il est de maintenir le taux à 0,8g/l qui est beaucoup trop élevé. La vraie mesure de l'efficacité serait, non d'augmenter le nombre de points perdus, mais d'abaisser ce taux à 0,2g/l comme en Suède, l'un des pays qui a les routes les plus sûres du monde(avec UK). J'ajoute que ceux qui perdent la conscience du danger sous ébriété "légère" peuvent être dangereux à partir de 0,3 ou 0,4g/l; l'infraction ne commençant qu'à 0,5g/l. CQFD ?

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