ISRAEL: LA GRANDE INCOMPREHENSION

Publié le par Patrick Gouverneur

Dans son immense majorité, voire dans sa quasi unanimité, la presse française condamne Israël pour son intervention musclée contre les « troupes » et les forces du Hamas.
Aux Etats-Unis, c'est très exactement le contraire.
Comment peut-on expliquer une telle différence dans la lecture et dans l'appréciation de ce conflit, et par voie de conséquence dans sa présentation?

A dire vrai nous nous posons cette question depuis longtemps, car ce n'est évidemment pas la première fois que c'est le cas.
Et pour être honnête, la ou les réponses a cette question ne sont pas de toute évidence.

Bon Appétit Messieurs s'étant fait le chantre de la résistance a la pensée unique et à la langue de bois, voila un sujet quasi idéal pour mettre en pratique nos principes « journalistiques ».
En tout cas pour se singulariser.
Car dans ce « dossier » il faut bien dire que ces deux mamelles de l'hypocrisie médiatique française atteignent des sommets...

Essayons donc si vous le voulez bien d'explorer quelques pistes.


Celle de l'antisémitisme par exemple.

C'est la première tentation qui probablement vient immédiatement à l'esprit de certains.
La presse française n'aimerait pas les juifs au contraire de son homologue U.S.
Très franchement cela nous parait une hypothèse peu crédible.
Et nous ne pouvons guère être soupçonnés d'indulgence coupable vis-à-vis des medias hexagonaux....
Mais ce procès là ne nous parait pas recevable.


Pas seulement parce que l'on ne veut pas y croire, mais parce que cela sous entendrait en l'espèce une unanimité quasi parfaite sur le sujet, alors même que la presse ne discute plus guère elle-même qu'elle est majoritairement d'une sensibilité de gauche.
Or une sensibilité de gauche est tout de même peu compatible avec cette forme de racisme.
En outre, l'antisémitisme trop vite agité d'ailleurs par les juifs un peu paranos, n'a guère de sens dans le cas présent.
Détester les juifs et aimer les arabes... ?
C'est concevable pourquoi pas.... mais bon en dehors des arabes eux memes on ne voit pas très bien qui pourrait être dans ce cas la.


La taille respective des deux communautés.

Sans doute une meilleure direction.
La communauté juive américaine (prés de 6 millions d'individus) n'a évidemment pas de commune mesure avec la modeste communauté française, qui contrairement a une idée reçue et tenace n'est que d'environ 650 000 personnes.
Evidemment coté musulman, les choses s'inversent. 


Négligeable aux Etats-Unis (a part les enfants des élites arabes dans les business schools....) elle est forte de 10 a 12 millions de personnes en France même si le chiffre est secret et officiellement inconnu (puisque non quantifié), mais c'est une fourchette généralement admise par les gens a peu prés honnêtes.
Il n'y a donc pas photo !


Encore faudrait-il imaginer en corollaire que les communautés influencent ou « pèsent » sur les medias en proportion de leur nombre.
A la rigueur concevable aux Etats-Unis...a la vue des chiffres.
Notons au passage que c'est aussi une critique bien connue des antisémites plus ou moins chroniques en France, que les « juifs sont partout » et qu'ils « contrôlent en particulier les medias ».
Accusation qui me parait tomber d'elle-même quand on regarde les chiffres (650 000 personnes c'est 1 % de la population), quant « au contrôle des médias le moins que l'on puisse dire c'est que cela est démenti par les faits...la preuve est en effet évidente qu'ils ne contrôlent vraiment pas grand-chose......


Cela sous entendrait également a contrario que la communauté musulmane est elle omniprésente dans les medias (franchement cela se saurait), ou qu'elle pèserait d'un poids économique considérable, soit en qualité d'annonceur, soit en qualité de lecteurs potentiels.... (franchement cela se saurait aussi).


Bien sur on pourrait évoquer également :
La lâcheté face à la population musulmane française (voir la manifestation de samedi dernier) ?
Avec les risques de dérapage et de contagion.


La peur du terrorisme en représailles, du fait de cette même communauté importante permettant à des cellules de se dissimuler plus facilement en France qu'aux U.S ?

Ces raisons pourraient avoir un sens au niveau d'un gouvernement, d'une autorité officielle, pas de la presse qui elle est supposée garder sa « liberté de pensée » et n'a pas à tenir compte d'impératifs géopolitiques éventuels.
Et on n'imagine pas une seconde que ce soit le cas.


Non, a dire vrai nous avons beau prendre le problème par tous les bouts, ou par toutes les hypothèses finalement nous en revenons a la politique avec un grand P.

C'est bien une lecture et une analyse politique du dossier qui est radicalement différente des deux cotes de l'atlantique.


Aux Etats-Unis la presse fait clairement la différence entre l'agresseur et l'agressé.
Et ne traite pas sur un pied d'égalité les dommages collatéraux de la réaction israélienne avec l'agression délibérée de la population civile à coup de roquettes.
Quand a la télévision française évoque systématiquement le nombre d'enfants et de femmes palestiniennes tués dans les bombardements israéliens, les medias U.S qui les évoquent aussi, n'oublient jamais de rappeler également que cette intervention est une réponse a des assassinats parfaitement prémédités et a la rupture unilatérale du cessez le feu par le Hamas.
Et qu'en outre Israël »regrette ces pertes civiles ».
Très légère différence de présentation comme vous le voyez.


Au delà des images de ruines, de lits d'hôpitaux et de femmes en pleurs dont les médias français se régalent, leurs confrères américains multiplient également interviews et débats de véritables experts du sujet, sur les véritables raisons de fond du conflit et surtout sur les stratégies des extrémistes arabes.


Au delà des images de guerre fortes qui peuvent choquer, les medias américains ne manquent pas ou peu de poser quelques bonnes questions.

Pourquoi le Hamas a-t-il délibérément forcé Israël à agir (car il était sans illusion sur la réaction c'était même le but) à un moment ou les discussions de paix (initiées d'ailleurs par Bush...) faisaient de l'avis général des progrès ?

Pourquoi le Hamas a pris ce risque a quelques jours seulement de l'entrée en fonction d'Obama, alors même que l'on prêtait a celui-ci l'intervention de « prendre le dossier a bras le corps » des le début de son mandat ?

Pourquoi une telle stratégie alors même que plus personne ne discute désormais la création d'un Etat Palestinien souverain ? plus même Israël.

Pourquoi maintenant alors même que la Paix n'avait peut-être jamais été aussi proche ?

Pourquoi les propos de Mahmoud Abbas le Premier Ministre palestinien, favorable lui, à la Paix qualifiant l'attitude du Hamas « d'assassinat tragique du peuple palestinien » sont-ils en France quasi ignorés ?

Pourquoi enfin le silence assourdissant et gêné de la quasi totalité des pays arabes, qui raisonnablement ne peuvent soutenir le Hamas dans sa stratégie suicidaire, même si ils ne peuvent que condamner naturellement la violence de la réponse israélienne est-il si peu souligné ?


Pourquoi ces questions et surtout leurs réponses sont elles si peu ou si vite évoquées par les médias français ?

Pourquoi sous un fallacieux prétexte d'objectivité les medias français traitent-ils sur ce pied d'égalité l'agression et la réaction ?


Tout simplement par choix politique.
Les medias français ne soutiennent pas Israël point à la ligne.


C'est en partie une conséquence de la politique française depuis 40 ans au niveau gouvernemental, et pour tout dire un bien bel exemple de pensée unique pour le coup.

Et sous jacent mais omniprésent de notre point de vue, se cache derrière cet aveuglement médiatique figurez-vous l'antiaméricanisme.

Soutenir ou justifier Israël, c'est défendre l'Amérique, c'est « s'aligner ».

Dire qu'Israël est prêt à signer demain la création d'un Etat palestinien à ses frontières et à cohabiter avec lui, alors que l'immense majorité de la « rue arabe » et singulièrement palestinienne n'y est pas disposée, car eux n'en veulent qu'un seul, le leur c'est endosser l'analyse américaine.


Dire qu'il n'est pas fortuit qu'à chaque fois que la Paix est proche les extrémistes politiques et religieux arabes en sabotent la signature en la faisant échouer, c'est abonder dans le sens de la thèse américaine.

Dire enfin que c'est au nom de la religion, et non de l'histoire que ces mêmes islamo-fascistes entretiennent ce conflit comme un prétexte a leur combat de haine, c'est le pire du pire, c'est justifier « la guerre contre la terreur » chère aux américains.

Il y a, et Jean-François Revel l'a magnifiquement démontré en son temps
( L'obsession anti américaine en 2003) plusieurs antiaméricanismes en France.
De droite, comme de gauche, et ils savent parfaitement se rejoindre quand cela les arrange.
C'est le cas nous semble t-il sur cette affaire.

L'idéologie de gauche n'a rien à voir la dedans.

La presse américaine, en tout cas écrite, est à 90 % a gauche autant si ce n'est plus que la presse française et elle est à 90 % derrière Israël.
Comme les Démocrates, contrairement aux socialistes français, qui l'ont toujours été (à commencer par Clinton).

C'est une analyse globale du problème extrémiste arabe qui est en cause.


La pensée unique française relayée par la presse, véhicule qu'il est minoritaire si ce n'est marginal, et que force ne résoudra rien.
Ils oublient sciemment et délibérément que le Hamas comme le Hezbollah au Liban gagnent aisément les élections chaque fois qu'elles sont organisées de manière a peu prés démocratique, par les américains d'ailleurs eux même un moment convaincus de cette illusion.
Si les extrémistes sont minoritaires, comment peuvent-ils des lors gagner les élections ?

D'ailleurs ceux qui espèrent (ou redoutent selon les cas) que Barack Obama fasse « évoluer » la position américaine sur Israël en seront, j'en suis convaincu, pour leurs frais.
Il n'y a pas aux US les Républicains de droite pro Israël, et les Démocrates de gauche anti-juif il y a un consensus quasi-total de la classe politique sur ce sujet et la presse la rejoint.
C'est le consensus du bon sens et de l'honnêteté intellectuelle.

C'est tout simplement cette analyse erronée et par voie de conséquence leur haine et leur rejet de l'Amérique qui aveuglent nos medias au point de perdre tout jugement élémentaire ou presque.

Quand on voit en France, un François Bayrou rejoindre les communistes, Le Pen ou Noel Mamere pour « condamner l'intervention française en Afghanistan » on se dit que le mal est profond.

C'est en réalité toute « l'élite » politico-médiatique qui est malade.
La presse et les medias n'en sont qu'une partie.


Le drame c'est qu'ils contribuent a l'intoxication des français, qui face a ce conflit incroyablement complexe depuis 40 ans ne comprennent d'ailleurs pas toujours grand-chose.
Mais qui du coup ainsi intoxiqués se refugient soit dans l'angélisme pacifiste, soit dans la simplification des analyses en privilégiant les émotions ( des images par exemple) sur les faits.

Publié dans International

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patrick g 14/01/2009 15:56

Je crois vraiment Loic que la creation d'un Etat palestinien fait l'objet d'un consensus en Israel.Un choix sans aucun doute de la raison plus de du coeur c'est vrai.mais tout le monde sent et sait bien que c'est inevitable.Reste apres comme vous le dites a juste titre avec quelles frontieres?Ce qui est un probleme bien plus complique.Je ne suis pas sur que les frontieres de 67 fassent l'objet d'un consensus dans l'opinion....c'est un euphemisme.Mais tout peut se regler meme les problemes a priori insolubles, l'histoire l'a montre.Mais rien ne peut et ne sera possible tant que l'un des deux camps refuse le droit a l'existence de l'autre et en fait un principe.C'est la cle absolue.Le Hamas et le Hezbollah refuse de le dire de l'ecrire et de le signer depuis toujours, des lors rien n'est possible.Et que cela fasse plaisir ou non ils sont majoritaires.Par consequent tout accord obtenu par les US par la pression entre Israel et des dirigeants palestiniens qui ne representent rien n'a pas de sens et est condamne a l'echec par avance.Ce "succes" israelien ne fera que leur donner 6 mois ou 1 an de tranquilite .Toute relative.

Loïc 11/01/2009 17:50

Votre article est intéressant...Comme vous j'évacuerais vite fait les deux fausses raisons à la différence de traitement: antisémitisme et poids des lobbyes différent... C'est plus effectivement une histoire de culture politique... J'aime bien votre analyse avec : d'un côté en France, le décompte des morts (avec la distinction entre civils et militaires), et en Amérique, l'attachement à distinguer l'agresseur et l'agressé... Vous avez raison de dire que le nombre de morts ne fait pas tout... Vous distinguez les discours accompagnant ces tueries : "c'est bien fait pour vous, Israëliens qui n'avez rien à faire ici !" et "oups ! pardon ! désolé ! il y avait des terroristes dans le coin !"...Bref, ce n'est pas une situation facile : néanmoins, les appels au cessez-le-feu et à l'arrêt de l'opération israëlienne, semble quand même les plus raisonnables... Les Israëliens n'arriveront pas à élminer le ressentiment terroriste avec cette opération... Sinon, il est vrai qu'il est bon, au-delà de l'émotion d'avoir une analyse de fond : sur la stratégie du Hamas, l'opinion des Gazouites, mais cela vaut aussi pour la stratégie d'Israël: vous dites que la création d'un etats palestienien est une affaire entendue pour la majorité des dirigeants israëliens, et des citoyens israëliens, mais est-ce si sûr que cela ? Il me semble que la taille du territoire à céder aux Palestiniens ne fait pas l'objet d'un large consensus... Et, on peut se demander quels sont les calculs politiques derrière cette intervention ? On entend souvent déjà que cette démonstration de force est une sorte de dernière cartouche qu'abat Ehud Barak pour rattraper son retard dans les sondage sur Benyamin Nethanayou... Bref, la situation n'est pas facile, et c'est vachement difficile de s'engager fermement derrière un camp... que sait-t-on réellement des discussions en cours ? des rôles respectifs d'Ehud Barak et Yasser Arafat dans l'échec des accords de Camp David ?

michel m 07/01/2009 01:38

bravo et je dirais aussi ENFIN!

patrick g 06/01/2009 01:25

a Philippe DermagneMerci de tes compliments cher camarade.Il ne t'a certainement pas echappe comme a nos lecteurs que pour la premiere fois les propos de Sarkozy en Palestine ont condamne sans ambiguite le Hamas.Les temps changent.....Peut etre arrivera t-il a "influencer " une partie de la presse...on ne sait jamais

david 05/01/2009 14:45

en tout cas quela que soient vos desaccords eventuels je peux vous dire que cela fait plaisir a lire