EDUCATION - LA REFORME IMPOSSIBLE ?

Publié le par Patrick Gouverneur

Il n’est évidemment pas fortuit que Philippe Dermagne et moi-même ayons tous deux éprouvé le besoin de réagir face au report de la Reforme de l’enseignement aux lycées proposée par Xavier Darcos.

Si nous avons parfois tous les deux, des regards et des sensibilités un peu differents, ce qui est heureux pour le blog, ce n’est pas par hasard que nous avons décidé de lancer ensemble Bon Appétit Messieurs il y a maintenant bientôt 2 ans.

Notre vision des choses est la même et nos analyses largement convergentes.

Le cas qui nous occupe ici n’échappe pas à la règle.

 

Ce qui nous sépare peut être c’est l’appréciation du bien fondé de ce recul d’un point de vue politique.

Alors habileté tactique ou dérobade ?

Philippe semble pencher pour le premier cas de figure, moi pas.

 

Nicolas Sarkozy qui n’a pourtant pas ni la réputation, ni l’image de se dégonfler facilement, a pourtant bel et bien reculé devant la fronde lycéenne.

Qui plus est sans combattre.

C’est une première depuis le début de quinquennat.

 

Le Président avait fait plier auparavant les cheminots, les fonctionnaires au « régime spécial », et d’autres, dans sa volonté de moderniser la France.

En l’espace de 2 jours le Président comme s’il prenait un virage politique « amende » largement son projet du travail le Dimanche, pourtant un des grands archaïsmes du pays, et « reporte » une reforme pourtant importante de l’éducation.

 

Dans cette affaire, l’histoire  retiendra qu’il a reculé devant quelques milliers de jeunes cretins.

Car c’est bien de cela dont il s’agit.

 

Décidément, les lycéens font peur aux politiques…

Même Sarkozy, fort de sa popularité retrouvée et d’une opposition qui s’enfonce dans le ridicule a préféré fuir le combat.

Pourtant pas le genre de la maison.

D’autant que, soyons sérieux, ce « mouvement » n’en est pas un.

Quelques milliers de braillards dont la plupart à en croire les images, dépassent a peine 16 ans, qui protestent contre la reforme du Ministre Darcos des classes de seconde.

Une farce quasiment, je rejoins bien sur Philippe la dessus.

 

Mais a dire vrai ils protestent contre quoi ?

Nul ne le sait et sans doute pas eux-mêmes !

Nos medias toujours très professionnels tendent complaisamment leurs micros a ces mômes qui surenchérissent de « nous ne céderons pas » ou encore de « nous nous opposons a la reforme » sans que l’on sache jamais en quoi justement ils s’opposent.

Il y a quinze jours, ils protestaient contre la suppression de l’enseignement de l’économie en classe de seconde.

Protestation qui nous semblait d’ailleurs pleinement justifiée et pour tout dire nous étions même abasourdis qu’une idée d’une telle stupidité ai pu germer dans l’esprit fécond des énarques de la rue de Grenelle.

Idée pourtant répandue à longueur d’articles par nos amis journalistes.

Répandue… mais fausse.

Xavier Darcos a du faire une mise au point (un peu tardive d’ailleurs) pour expliquer « qu’il n’en avait jamais été question ».

Comment est ce donc possible que tout le monde le répétait à l’envie s’il n’en avait jamais été question ?

Bizarreries de la communication gouvernementale qui fait que même entourés « d’experts en communication » dans tous leurs cabinets, nos ministres réussissent encore à être « mal compris »….

 

Qu’a cela ne tienne ce quiproquo réparé, nos chers tètes d’ange, ainsi rassurées, allaient mettre fin a leur mouvement de protestation, en se réjouissant que l’économie qui les passionne tant c’est bien connu…soit maintenue au programme.

Pas du tout, ils continuent a « protester contre la reforme qu’ils désapprouvent ».

En quoi alors ?

Toujours le même mystère.

 

Le Parisien dans son édition du 17 Décembre pose la question sur une pleine page : « Pourquoi les lycéens continuent-ils à manifester ». ?

Apres une lecture attentive de la pleine page en question, …..on en saura pas plus…….

Tout au plus lit-on qu’ils protestent contre …contre l’effectif des classes.

Pas complètement illégitime ni idiot en soi, mais tout simplement à cote de la plaque puisque ce n’est pas le problème posé.

 

Le problème posé c’est l’idée, inspirée du système américain par parenthèse, d’un enseignement de tronc commun complété par des électifs aux choix de l’élève, afin que celui-ci puisse choisir quelques uns de ses centres d’intérêt.

Est-ce une idée si critiquable ?

Il faut croire. Puisqu’ils « désapprouvent la reforme ».

Sauf que chaque fois qu’ils sont interrogés individuellement, ils trouvent que « ce n’est pas bête ».

Nous sommes rassurés car effectivement ce n’est pas bête.

D’ailleurs si vous connaissez un de vos enfants, de vos petits enfants, de vos neveux et nièces qui trouvent que c’est idiot, merci de donner son nom a BAM on le contactera sur Facebook ca lui fera des amis……

Nous on en connait pas.

 

Ah si peut-être protestent-ils contre la mise en électif des Arts Plastiques désormais non obligatoire ?

On n’ose le croire.

A moins que ce soit les seances de course ou de saut en hauteur dont l’observation au bord d’un stade est un spectacle a lui tout seul…. ?

 

Plus sérieusement, on pourrait imaginer qu’ils critiquent l’enseignement d’une  deuxième langue vivante de façon obligatoire, alors que le niveau d’anglais des jeunes français est un des plus consternants de la planète ? 

Ils pourraient du coup être favorables à un doublement des heures d’anglais par exemple. En rappelant au passage que tous les allemands eux parlent anglais et désormais les espagnols aussi…

 

Ou bien encore ils pourraient s’élever contre le fait que les Sciences de la technologie (quand nous étions jeunes cela s’appelait Informatique et aux USA ca s’appelle Computer Science…) soient elles considérées comme électifs, alors que la encore le niveau de maitrise de Word et d’Excel fait l’objet de cours dans les écoles de commerce tant nos chers bacheliers sont des « nuls » (in english dummies) en la matière?

Autant de bonnes questions qu’il eut été sans doute opportun d’évoquer avec le Ministre.

Mais non.

 

Ils s’opposent à une reforme sans savoir pourquoi et sans bien évidemment avoir quoi que ce soit à proposer.

« Un cruel manque de moyens » entend-on dans les manifestations.

C’est beau comme un meeting de syndicats de profs, ou une réunion de la FSU au cours de laquelle on vous rappelle que tous les participants n’ont plus vu un élève depuis bien longtemps…

 

Car en fait, nous y voila.

Ce « mouvement » a deux balles de quelques milliers de braillards encore pubères (regardez les manifs, je pèse mes mots) est en fait un mouvement de profs.

De surcroit de profs de gauche voire d’extrême gauche qui honteusement manipulent de jeunes ados pour leur lamentables intérêts corporatistes.

 

Que nos chers medias toujours très tendres avec les professeurs le taisent, passe encore. Qu’ils ouvrent complaisamment leurs colonnes et leurs micros a des revendications sans queue, sans tète et sans cohérence c’est déjà plus choquant.

Mais qu’ils véhiculent des contre vérités sur les projets du Ministre en n’hésitant pas à travestir la réalité, est franchement honteux.

 

Ce qui n’exonère pas d’ailleurs Xavier Darcos et son équipe de leur médiocre communication, que comme d’habitude et en répétant les mêmes erreurs que ses collègues avant lui, le Ministre de l’Education Nationale a  commencé…en même temps que les manifestations. 

« Défaut d’explication » aurait justifié le Président pour expliquer son recul.

C’est le moins que l’on puisse dire effectivement.

Quand l’immense majorité des français n’a pas la moindre idée en quoi consiste la reforme, quand les quasis totalité des manifestants sont incapables de dire en quoi elle est mauvaise, et quand les journalistes peuvent impunément raconter n’importe quoi, « défaut de communication » est un doux euphémisme.

Reste le point de départ.

 

 

Sarkozy a reculé sur une bonne idée de reforme, une de plus qui n’avait pas été faite depuis plus de 20 ans.

Il a reculé on ne peut pas le croire face a un mouvement de colère de la jeunesse, puisque ca n’en était pas un, il était même carrément marginal.

 

De surcroit 8 jours avant les vacances de Noël… alors même qu’il allait s’évaporer dans les paquets cadeaux…

Il a recule face aux professeurs ni plus ni moins.

 

Et bien au risque de choquer, mais comme vous le savez la pensée unique n’est pas la tasse de thé de Bon Appétit Messieurs, je vais vous dire que je n’en reviens pas.

 

Je n’en reviens pas que les profs puissent encore faire « peur ».

Je n’en reviens pas que l’on puisse encore penser que les profs bénéficient d’un soutien dans l’opinion.

Car enfin, le seul job que tout le monde connait c’est celui de prof.

Nous en avons tous eus, nous avons tous des enfants qui en ont eu.

Tous les français sans exception.

Et nous avons tous pu juger (et de surcroit sur une longue période) de l’insondable médiocrité du corps enseignant dans son ensemble.

Je dis bien dans son ensemble, ce qui ne veut pas dire dans sa totalité.

 

Excusez moi mais, de combien de profs se rappelle-t-on , chacun d’entre nous ?

Qui d’entre nous n’est pas sorti effondré des réunions de parents d’élèves après avoir entendu les profs présenter leur enseignement.

Nous en arrivions presque à excuser nos lascars de dormir en cours…

 

Comment les politiques qui veulent réellement changer les choses, et Xavier Darcos parait être un de ceux la, peuvent-ils encore penser que ces gens la ont une crédibilité aux yeux des parents ?

Il faut vraiment  prendre les français et en l’espèce les parents pour des idiots pour imaginer qu’ils ne voient pas que leur môme parlent aussi mal l’anglais qu’eux, qu’ils écrivent le français beaucoup plus mal, qu’ils ont une idée très approximative d’ou se trouvent ne serait ce que les 27 pays d’Europe, sans parler de la Charente Maritime….. et qu’ils n’ont pas la moindre idée de la différence entre un Député et un Sénateur. *1

 

A part ca tout va bien.

Et les français ne s’en rendraient pas compte et continueraient à respecter et admirer les serviteurs de ce magnifique système ?

C’est une insulte à leur intelligence.

 

 

Les français et singulièrement les parents d’élèves respecteraient des gens qui manipulent et intoxiquent des mômes de 15 ans en leur expliquant que s’ils ne sont pas bons a l’école, si les cours les emmerdent et si l’ecole ne leur plait pas c’est de la faute au sureffectif et a la reforme du Ministre ?

En pratiquant leur nouvelle forme honteuse de lutte « la résistance pédagogique » ?

Allons donc, les parents ne peuvent pas être dupes a ce point la !

 

Ne pas avoir fait ce pari la, est pour le Président de mon point de vue une erreur.

Quand on voit la détermination qu’il peut avoir à faire passer la nationalisation de la télé qui n’est pourtant pas loin s’en faut l’idée la plus intelligente qu’il ait eue, on regrette de son manque de courage sur ce dossier.

C’est peut être la première fois mais le sujet est pour le moins mal choisi.

 

*1- Qu’on ne me dise pas qu’eux au moins ils savent charger sur internet des CD ou des DVD gratos, et parler avec leurs copains sans utiliser le téléphone…car cela ils ne l’apprennent pas a l’école.

 

 

 

 

  

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Daniel 26/12/2008 02:03

Votre analyse est juste mais vous oublier de preciser que cette manipulation des profs est due au fait que les suppressions de postes de Darcos entraineront des heures de travail supplementaires pour les profs.Rien que cela c'est deja horrible mais si vous precisez en outre que ces heures de travail en plus seront payees en heures sup au tarif heures sup la ca devient le cauchemarles francais vont pleurer pour faire leurs heures normales en 2009 et les profs qui ont eux la possibilite de faire des heures sup se plaignentelle est pas belle la vie ?

alain 20/12/2008 04:42

pour ce qui est du politiquement pas correct votre article fait fortet pour tout dire juste!il est clair que si on avait tenu depuis longtemps ce discours plus souvent on en serait pas laje crains fort que ce soit desormais peine perdue les mentalites sont totalement perverties de part et d'autresla ou vous avez raison c'est que la volonte de Sarkozy de changer le pays s'est bloquee sur l'educationnavrant et edifiant

Philippe Dermagne 19/12/2008 19:57

Bon ! Je ne souhaitais pas entrer sur ce terrain, mais vos commentaires m'y poussent !J'ai une théorie à propos des enseignants. La voici :1. Ils sont sous payés depuis toujours.2. Intellectuels, ils sont assez naturellement et majoritairement à gauche3. Ils sont donc depuis toujours le trésor électoral de cette gauche4. La gauche, lorsqu'elle a été aux affaires, a pris le soin de ne pas valoriser outre mesure leurs salaires...5. ...pour toujours les laisser dans une posture protestataire et revendicatrice.Conclusion : cette sous rémunération est un des leviers pervers et sournois des socialistes pour préserver :- ce socle électoral - ce grand relais d'opinion- la diffusion de la "bonne parole" auprès de nos enfants, pérennisant ainsi  le système.Cela, pourriez-vous penser, n'a pas grand chose à voir avec la réforme du lycée. Faux ! C'est au contraire le cœur inavouable de la résistance au changement et de la problématique.La solution radicale serait de mieux les payer, en leur offrant brutalement 20 ou 30% d'augmentation. Le budget des quelques 120 Milliards d'euros engloutis par l'Education Nationale le permettrait aisément, à la condition de supprimer toutes les gabegies.
Vous verriez alors le corps professoral rapidement évoluer vers une passion sans limites des réformes....et voter à droite !
Mais bien entendu une telle stratégie est illusoire. Et pourtant, belle théorie !
 

jean luc 19/12/2008 18:57

vous etes dur avec les profs...peut etre un peu trop. mais c'est vrai aussi que vous n'avez pas tort sur le fond. ce sont des victimes du systeme mais des victimes complaisantes et laches sur le plan pedagodiquea defendre leurs petits privileges au cours des annees ils ont abandonne le terrain des programmes, des methodes et de la qualite de leur enseignementils payent le prix de leur lachete tous les jours en cours et le systeme leur echappe desormais dans beaucoup d'etablissements

Henri Baudet 18/12/2008 16:49

Encore et toujours l'éducation,Les manifs c'est une chose, les réalités c'est autre chose.On peut discuter à perte de vue sur le ministère de l'éducation nationale. A 62 ans, j'en ai vu passer des ministres, notamment l'inénarable J Lang, grand "gourou" du laisser aller et auquel on pourrait facilement affecter la fameuse diatribe de Platon suivante :
 
lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,
Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,
Lorsque les Maîtres tremblent devant les élèves et préfèrent
les flatter,
Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce
qu’ils ne voient plus au-dessus d’eux
L’autorité de rien ni de personne, alors, en toute jeunesse
et en toute beauté, c’est le début de la tyrannie.” »
 
Cela montre à quel point le problème de ce ministère c’est d’abord et avant tout un problème de société. Et qui plus est à l’heure actuelle un problème d’une société qui n’a plus de rèves.
 
 Cela dit, une vraie réforme consisterait à scinder ce mammouth qu’est l’éducation nationale en entités plus petites qui correrspondraient, par exemple, aux régions. De donner « de l’air » à ce monstre qui croule sous les structures administratives, de mettre de l’émulation là-dedans quite à ce que l’Etat y mette de temps en temps son grain de sel. Oui, me direz-vous, mais alors ce ne sera pas une évolution mais la révolution.
 
Et, au-dela de la sympathie que Mr Darcos m’inspire, je vois dans toutes ces « réformettes » le signe évident d’une impuissance du politique. Du même acabi en fait que de vouloir supprimer les départements. Le jour ou cela se fera, alors les poules auront des dents.
 
Et ‘ajouterai :
 
C’est bien joli de faire le beau au G8…G15…G20… et au Fouquet’s mais autre chose est de s’atteler aux vrais problèmes. La politique actuelle consiste à ce que le pouvoir en place occupe le terrain et on passe ainsi d’un sujet à un autre…peu importe le sujet, le but étant d’occuper le terrain….médiatique. Cela ne convainc plus personne. Au lieu que les députés s’entredéchirent sur le bien fondé ou non du travail du dimanche (spectacle lamentable s’il en fut), nos élus pourraient utilement plancher sur de vraies réformes. Enfin, on peut réver …..
 
On me dira que je polémique mais « sans la liberté de blamer il n’est pas d’éloge flatteur ».
 
Non, décidément, tous ces politiques ne savent que « surfer » sur la vague des sondages.
 
Encore une fois, je suis hors sujet…qu’importe, cela fait du bien de fixer de temps à autre sur le papier ses propres idées. On peut ainsi y revenir 3, 6 12 mois ou 5 ans après pour voir « qui avait faux et qui avait juste ».
 
Amicalement.  HB