Mais que se passe-t-il au PS ?

Publié le par Philippe Dermagne

La petite phrase de Rocard (voir note du 24/11 ci-dessous) révèle sa lucidité.

 

Pour ce vieux lion du socialisme français, le capitalisme et le libéralisme, bien que ponctuellement défaillants, l'ont emporté sur le collectivisme.

Bonne nouvelle pour la planète; paradoxalement, moins bonne pour la France qui n'a plus d'opposition intelligente et raisonnable.

Cela n'est jamais bon pour la démocratie.

Le socialisme cherche sa modernité

Pour Rocard, il est donc vain de croire qu'il est possible de lutter contre cet état de fait. Etre socialiste au XXIème siècle, ce n'est donc plus préparer le Grand Jour, en prônant un état jacobin omniprésent et interventionniste.
Ce socialisme moderne devra savoir replacer l'Homme au cœur de la Politique, ce que le capitalisme pur et dur a trop tendance à oublier.

C'est pour cela que les règles de marché doivent d'urgence s'imposer une éthique humaniste qui reste, non à inventer, mais à mettre en œuvre. Nos sociétés capitalistes et libérales ont tous les ingrédients pour y parvenir. Mais revenons au cas du PS.

Abandonner le "surmoi marxiste" !
Ne riez pas ! Pour nous - les non initiés - cela relève du tirlipotage politico-intellectuel, mais c'est très précisément le vocable utilisé dans les discussions internes des instances dirigeantes du PS.
C'est ce que j'appelais hier briser les chaînes de l'histoire, une nouvelle orientation rappelée par Cambadélis* hier soir lors de l'émission Mots Croisés sur France 2.
La guerre civile qui bat son plein au PS est d'autant plus incompréhensible qu'en juin dernier ils avaient tous décidé d'abandonner leurs dogmes liés au "surmoi marxiste".

Tout le monde était d'accord sur ce point, sauf Benoit Hamon (d'où l'élaboration de sa motion pour leur congrès de Reims) et Mélanchon qui a claqué la porte.
Sur le fond de ce que devait être la nouvelle philosophie politique de leur parti, Aubry, Royal, Delanoé et l'ensemble de leurs états-majors respectifs étaient donc en phase il y a seulement quelques mois.

Royal, presque sympathique !
Il y a plusieurs grandes conclusions à en tirer.
- Cette guerre n'est pas une bataille d'idées et de programmes, mais bel et bien une stricte guerre de personnes.

- La rivalité des ambitions ne doit pas faire oublier qu'elles sont toute au service du court terme : faire main basse sur le trésor du PS, avec son budget annuel de fonctionnement de 20 à 25 millions d'euros.

- Royal veut l'ouverture tous azimuts notamment vers le Centre; Aubry prône la fermeture en visant d'abord la refondation d'un PS de militants, indépendant de toute alliance. Au final, cette différence de stratégie qui est réelle, s'efface devant les querelles cupides de bas étage.

 

- Cela confirme que le "Tous Sauf Ségolène" développé par la grande majorité des caciques socialistes est d'une virulence insoupçonnable. Dans certaines alcôves de la Rue de Solférino, la dérive droitière de Royal serait même comparée au Néo Socialisme de la fin des années 30, qui finît par pactiser avec Vichy et avec les collaborateurs nazis.

La référence au "néo socialisme", qui est extrêmement grave, a été évoquée par Lionel Jospin lui-même, venant souligner l'inconcevable niveau de haine à l'égard de Royal.

 

Ce n'est d'ailleurs par elle qui est directement en cause, c'est ce qu'elle représente. C'est sa façon de concevoir le socialisme nouveau qui, pour les vieux lions, ne durent pas. Elle est comme le Beaujolais nouveau, un vin qui n'est pas un vin de garde !

Pour ses contempteurs, Royal c'est le socialisme paillettes qui brillent dans la vidéosphère comme le dit le politologue de gauche Olivier Duhamel.

Incroyable ! Cette haine pourrait finir par me la rendre presque sympathique !


 

 

 

 

* Ancien communiste dur, Cambadélis est sans doute l'une des personnalités les plus secrètes et inquiétantes du PS

Publié dans Politique

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michel 26/11/2008 05:38

la conclusion de cette article est la conclusion de cette lamentable tragi-comedie
Segolene en deviendrait presque sympathique...
exact et c'est sans doute rien que pour cela la vraie gagnante de cette farce
sur le moyen terme en tout cas

Henri Baudet 25/11/2008 17:56

Il est des jours ou, comme disait Michel Audiard:"c'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule".
En l'occurence, Cette mascarade entre bien dans l'époque actuelle où tout est factice, surfait, artificiel....du subprime en quelques sorte.
Quelquefois, je me prends à réver de l'enthousiasme des américains qui viennet d'èlire Barack. enfin, heureusement que, comme disait Péguy à propos d'autre chose, il  y a "la petite espérance" en l'être humain.
J'arrète ici, car je vais vous mettre le moral à zéro.
Bonne chance toutefois à Ségoléne, pour autant qu'elle ne se prenne pas trop pour la madone.