L'AMERIQUE CENTRE DU MONDE...

Publié le par Patrick Gouverneur

 

Je sais Bon Appétit Messieurs est bien silencieux, et le blog bien calme depuis quelques temps.Alors Bon Appétit Messieurs n’a plus rien à dire ?
Pas exactement.
D’abord il est vrai qu’un emploi du temps personnel quelque peu bousculé ces derniers temps, ne me permet pas d’y consacrer tout le temps nécessaire.
Ensuite il faut bien reconnaître aussi que l’actualité franco-française est bien calme ….
En attendant la probable pantalonnade du Congres du Parti Socialiste à Reims, où les affrontements Royal – Hollande- Delanoë ne manqueront pas de provoquer chez nos lecteurs, de joyeux fous rires…. ou de légitimes effondrements ou prises de tête ….selon les cas.
Certes la confirmation de la présence  française au sein de l’OTAN en Afghanistan n’est pas rien non plus, mais sans prétention, nous vous avions déjà décrit les débats avant même qu’ils aient lieu
Le P.S a eu et pour cause, le plus grand mal a expliquer pourquoi ils votaient contre une politique qu’ils approuvaient…, et que le mentor de certains d’entre eux (Lionel Jospin) avait lui-même initiée…Exercice effectivement difficile, on le conçoit.
Que voulez vous, la mauvaise foi imbécile est fort heureusement injustifiable.
Reconnaissons d’ailleurs à François Bayrou le mérite de l’avoir évitée, et d’avoir conservé un minimum d’honnêteté intellectuelle, en votant favorablement.

De même le vote du budget 2009 n’est pas neutre, et les prévisions de  recettes montrent bien à quel point Sarkozy et le gouvernement ne se font aucune illusion sur la  situation économique future.

Quant au P.S.G, le triomphe doit rester extrêmement modeste compte tenu de la qualité de jeu bien médiocre de mon point de vue, qui n’autorise guère de fantasmes footballistiques…..
Les résultats sont a peine passables, et mes inquiétudes sur le niveau réel de Makelele sont plus que jamais fondées.
Ses prestations me paraissent comme on pouvait le craindre fort éloignées du Makelele de Chelsea et du Real.
Et j’ai bien peur comme prévu que la saison soit très très longue pour lui…

Enfin le débat sur l’arbitrage dans le foot, il s’est terminé aussi vite qu’il a commencé dans l’hypocrisie la plus absolue, et…les erreurs grossières continuent comme si de rien n’était.

Non, rien de bien passionnant dans tout cela, en tout cas rien qui justifie que nous nous attardions sur le blog plus que de raison.

Qu’on le veuille ou non la planète est pour l’instant suspendue a la situation américaine qui mobilise toute les attentions.
Quand on parle au demeurant de la « situation américaine », cela veut dire tout autant la crise financière evidemment, que les élections présidentielles, tant les deux choses se sont désormais confondues depuis quelques jours.
Dans notre dernier papier, en voulant pour une fois nous mouiller sur les pronostics, nous annoncions que MC Cain nous semblait avoir course gagnée a 40 jours du vote.
Cela nous apprendra que dans cette élection les pronostics il vaut mieux se le garder, tant les rebondissements sont perpétuels.
Mc Cain a course gagnée disions nous « sauf si »….
Et bien le « sauf si »…. est arrivé beaucoup plus vite que prévu, mais pas du tout de là ou on était en droit de l’attendre.
Mais le résultat est le même, et même bien pire.
La crise financière qui est on le sait désormais une crise internationale lui a pété a la figure.
Et fort.

En tête dans les sondages à l’entrée de la dernière ligne droite, il a eu a peine le temps de se réjouir du choix de sa co-listière Sarah Palin que la crise bancaire américaine a en quasiment 48 heures, anéanti tous ses espoirs.
Il nous est difficile de boucler cet article tant les propos à peine couchés sur le papier se trouvent démentis ou obsolètes a la minute même.
De sorte que le temps passant, les deux premiers débats ont déjà eu lieu, et le troisième est en route. Comme on pouvait le penser, ils ne modifieront pas la tendance.
John Mc Cain a été dans le débat des candidats beaucoup plus précis et spécifique qu’Obama, et pourtant la majorité des américains a considéré « qu’Obama avait gagné »…
Comme c’est objectivement faux cela en dit long sur l’état de l’opinion, quand on sait ce que valent ces sondages.
Et ce n’est pas la plutôt brillante prestation de Sarah Palin qui inversera la tendance.
Mc Cain est désormais à 30 jours du scrutin nettement derrière quasiment partout.

Alors sur cette actualité américaine qui conduit quasiment le reste du monde à retenir son souffle, nous allons nous efforcer de vous donner ub regard personnel de la situation.

 

Wall Street contre Main Street

Je ne sais si nos lecteurs français sont familiers avec la notion de « Main Street » mais elle est une idée permanente des medias américains.
« L’homme de la rue ou l’Amérique de la rue » serait la traduction la plus proche, par opposition au petit noyau de quelques milliers qui travaillent dans la fameuse rue mythique de la finance a New York, et qui reste un symbole incontournable, même si bien sûr les banquiers et brokers divers ont depuis bien longtemps leur bureau ailleurs…
C'est-à-dire en fait ni plus ni moins l’Amérique profonde contre les élites.
Thème dont on a déjà eu l’occasion de vous expliquer combien il est sensible et populaire ici.
Mc Cain qui avait réussi à capitaliser grâce à Sarah Palin sur « l’anti Washington » et à prendre la tête à 40 jours du scrutin a tout perdu en 48 heures avec cette crise.

La crise financière pour l’immense majorité des américains, c’est la crise de « Wall Street », la crise des élites avides aux gains, qui montent des produits dérivés qui ne sont que des modèles mathématiques créant artificiellement une économie « virtuelle » par comparaison a une économie « réelle ».
La vraie économie c’est Main Street, la virtuelle c’est Wall Street.
La véritable économie c’est celle des gens qui travaillent, qui produisent et qui…finalement jusqu'à il y a quelques jours n’allait pas si mal, « l’autre » c’est celle des types qui se prennent des millions de dollars de bonus pendant 5 ans et qui finalement nous expliquent qu’ils sont en faillite la 6e année… et que l’Amérique profonde doit payer.
On touche la au cœur de la sensibilité américaine.

 

Quel rapport avec Mc Cain ?

 

Tout simple. Au moins dans l’esprit de beaucoup.
Bien qu’il s’en défende, bien qu’il ait fait beaucoup d’efforts pour s’en démarquer ( et ce depuis longtemps..) et bien que ce soit largement injuste, Mc Cain est associé a l’establishment, et pire à l’administration Bush.
Pas totalement certes, sinon les sondages ne seraient pas ce qu’ils sont, ils seraient bien pires encore….mais il l’est tout de même, et pour le coup Sarah Palin ne peut rien pour lui.
Il est au Sénat depuis 25 ans, il est une figure de la vie politique américaine, pas Obama.
Sans rien faire, sans rien dire de particulièrement intelligent, celui-ci a profité spectaculairement de cette crise.
C’est sans aucun doute injuste pour Mc Cain, mais c’est comme cela.
Cette crise aurait pu tout aussi bien intervenir 3 mois plus tôt, et la cause serait déjà entendue depuis longtemps, où 3 mois plus tard et Mc Cain serait sans doute le futur Président américain.

Formidables aléas de la politique, elle tombe à 40 jours de l’élection et Mc Cain ne s’en relèvera pas.

Obama profite tout d’un coup de son discours pourtant considéré par beaucoup comme utopique ou flou, mais son fameux slogan « change » a pris subitement une certaine crédibilité.
Pire, les incertitudes ou inquiétudes sur le manque de crédibilité ou de sincérité de ses propos deviennent tout d’un coup séduisantes pour certains qui, il y a quelques jours encore n’y croyaient pas.
Et si effectivement il ne fallait pas quelqu’un de « différent » a la tête du pays pour que vraiment les choses changent ?
Quelqu’un de vraiment différent…
De la même façon que Obama a finalement, de façon somme toute incroyable, battu le monument Hillary Clinton, ne va –t-il pas aussi battre contre toute attente il y a 15 jours encore, John Mc Cain ?
On peut désormais le penser.

Et pour être honnête, je ne vois même plus de « sauf  si…. »
On n’a jamais vu dans l’histoire des élections américaines un revirement de tendance aussi spectaculaire à 30 jours du scrutin.
Bien sur Mc Cain va désormais jouer son va tout que les Républicains avaient garde au chaud au cas ou…
L’éducation musulmane d’Obama, son soutien suspect a Israel, son pasteur illumine limite dingue, ses copains de voisinage qui ne regrettent pas d’avoir pose des bombes dans leur jeunesse…, tout va y passer.
Il est clair que si Ségolène Royal participait à la fête de l’école de ses enfants en partageant les petits fours avec Jean Marc Rouillan d’Action Directe elle ne s’en relèverait pas.
Obama oui.
L’Amérique est prête à tourner la page, elle veut tourner la page, elle veut Obama malgré ou à cause de toutes ses ambiguïtés et ses zones d’ombre.

 

Face à cette crise financière l’hypocrisie atteint des sommets.

C’est injuste d’associer Mc Cain, à cette crise mais en ce moment l’Amérique cherche des coupables.
Comment a-t-on pu en arriver la ?
La faute à quoi et surtout à qui ?
L’avidité de Wall Street ?
Aux banques qui auraient deliberement mis l’américain moyen dans la panade ?
C’est oublier un peu vite que tous ces crédits « faciles » accordés aux plus modestes ont considérablement fait monter l’immobilier certes, mais aussi tout le commerce.
De la maison, de l’automobile mais aussi des magasins et des restaurants.
C’est oublier un peu vite que la faculté de pouvoir emprunter sur sa maison un deuxième emprunt du fait de son prix en hausse (equity loan) a formidablement tiré toute la consommation américaine et donc la croissance depuis 5 ans ou plus.
Les formidables chiffres de la croissance américaine qui faisaient l’admiration de tous ne viennent pas d’ailleurs.
Dès que le robinet se ferme la croissance plonge et les entreprises souffrent ,a commencer par l’automobile.
Autrement dit, l’Amérique paye aujourd’hui le prix de ses succès d’hier.
Les Républicains, Bush en tête, se réjouissaient d’une économie florissante qui compensait pendant un temps dans l’opinion son dossier sur l’Irak.
Les Démocrates virulents aujourd’hui, se félicitaient il y a quelques mois encore de ce « rêve américain » qui permettait, « cas unique au monde » aux plus pauvres d’avoir « une maison a eux. » Quel ne fut pas le français a la fois admiratif et jaloux de ces crédits a 100 % et de ces cartes de crédits qui en sont vraiment ?
Même Sarkozy a puisé dans le « modèle » américain la déductibilité fiscale des frais financiers immobiliers, que Hollande a en partie réussi stupidement à dénaturer.
Aujourd’hui, nous assistons à une surenchère verbale dans la dénonciation des coupables qui ne vont pas tarder, le « bail out » désormais voté, à être jetés en pâture à l’opinion.

Les CEO sans foi ni loi …
Bush acoquiné c’est bien connu avec la haute finance qui a laissé faire si ce n’est même encouragé…
Les Républicains corrompus par le lobbying qui ont ferme les yeux…..
La liste n’en finit pas des « responsables » que l’on recherche, et que nul doute les medias américains virulents et déchaînes vont trouver.
En réalité le problème est beaucoup plus simple que comme toujours la politique essaye de le faire croire.
Tout le monde est coupable y compris nous les consommateurs.
Tout le monde a profité du système y compris nous les consommateurs.
Certains plus que d’autres, c’est sûr.
Il est certain que les banquiers ont avalé des bonus gigantesques basés sur des chiffres qu’ils savaient sans doute faux….
Certains auront du mal c’est sûr à conserver l’argent engrangé pendant 5 ans….
Mais il est à craindre que seul les CEO paieront alors qu’ils ne sont pas seuls à voir pris des bonus.
C’est tout le personnel bancaire qui s’est gavé soyons lucide.
Et les actionnaires qui ont touche des dividendes (eux aussi basse sur des chiffres faux), eux, ne rendront rien non plus….

A dire vrai, il nous semble que c’est tout un modèle économique qui est ébranle et c’est en cela que c’est extrêmement inquiétant.

 

L’Amérique et l’intérêt national.
Rendons hommage à Bush trop souvent injustement ou plutôt trop exagérément décrié, d’avoir bien géré la crise.
En tout cas dans le processus de décision.
Il a réagi vite et fort ;
700 milliards plus sûrement 1000 c’est pas mal.
C’est ce que tout le monde attendait.
Jusqu'à ce que finalement le marche se montre …déçu.
A n’y rien comprendre.
Pourtant la Loi a été préparée en un temps record, et approuvée par tout le monde tout aussi vite.
On ne peut tout de même s’empêcher d’être admiratif devant la photo de Bush avec Paulson, tout le gratin de l’opposition démocrate et Mc Cain, et Obama en bout de table se penchant sur « le plan d’action ».
Je ne suis pas sûr qu’en France dans une telle situation Bayrou et Hollande ait eu le même sens de l’intérêt général, de surcroît à 30 jours d’une élection présidentielle…
Pour autant ne vous y trompez pas le fossé entre l’Amérique profonde et ses élites se creuse.
Si les ténors de la politique ont réagi vite et fort et avec unanimité il n’en est pas de même de l’américain moyen.
33 % seulement des américains sont favorables à cette Loi, 32 % sont contre et les autres ne savent pas.

Ca n’est assurément pas la même unanimité.

D’ailleurs la difficulté du Congres à voter la Loi le confirme.
Rejetée en première instance par ces élus très locaux et proches du peuple, elle est passée Vendredi soir dernier aux forceps avec Bush, Mc Cain, Obama et Pelosi exerçant une pression d’enfer sur les élus.
ls ont été obliges de mettre tout leur poids dans la balance pour obtenir 60%.
Le Sénat l’a, lui voté a 85 % en une après-midi…
L’américain moyen, contrairement aux français, a compris depuis longtemps que l’argent de l’Etat ça n’existait pas.
C’est le leur.
Toute forme de nationalisation leur donne de l’urticaire.
Beaucoup refusent l’idée de payer pour les erreurs de ce qu’ils considèrent être les « autres ».
Banquiers, brokers et politiciens, tous dans leur esprit sont à jeter dans le même sac. Raisonnement évidemment simpliste, pour ne pas dire primaire, mais fortement présent dans l’esprit du plus grand nombre.
Et c’est cela que Mc Cain paye électoralement.
Pour beaucoup, il fait partie de l’establishment, en tout cas plus qu’Obama, et c’est rédhibitoire.

 

 L’Amérique leader du monde ?

Pour ceux qui doutaient ou faisaient semblant d’ignorer la globalisation de l’économie, espérons que cette crise aura des vertus pédagogiques.
Ce sera déjà cela.
La crise financière si elle est à l’origine américaine est évidemment mondiale.
Les banques françaises et européennes qui se vantaient a juste titre de ne pas être concernées par le marché immobilier américain se retrouvent dans l’œil du cyclone du fait de l’interconnexion mondiale de la finance.
Dexia, Fortis et les autres ont réveillé brutalement les esprits.
Les banques se prêtent entre elles et la moindre défaillance touche tout le monde. L’argent que doivent les banques américaines est planétaire, et les autres aussi.
Les saoudiens et les émirats sont les plus exposés et nul doute qu’ils ont fortement du motiver Bush a « faire quelque chose ».
Comme par un incroyable hasard le prix du pétrole a chute de 40% en deux semaines.
Comme si les richissimes producteurs avaient compris qu’ils étaient en train de tuer la poule aux œufs d’or.

Alors bien évidemment, il n’y avait pas d’autre choix et c’est bien pourquoi « l’élite » politique américaine a fait front commun.
Sans doute à contre cœur idéologique pour beaucoup, mais le pragmatisme américain a pris la tout son sens.
Peu importe les risques d’inflation, on verra après.
Une chose a la fois.
D’abord relançons la mécanique, ensuite on gérera les problèmes au fur et a mesure qu’ils se présenteront.
Quand l’Amérique tousse la planète a de la fièvre, il nous faut faire quelque chose.…
En France par exemple tout le monde sait désormais que la croissance américaine tire la croissance mondiale et principalement européenne.
Seuls les idiots congénitaux avaient besoin de cette crise pour le comprendre.
Je suis d’ailleurs frappé de la relative « retenue » de la gauche française vis-à-vis du modèle américain, alors qu’ils sont si prompts à le vomir.
Comme si, même eux avaient compris qu’il ne valait mieux pas souhaiter malheur a l’Amérique……...
Et bien vous n’allez peut-être pas me croire mais l’américain moyen n’en est pas forcement convaincu.

Le « bail out » est contesté car pour beaucoup, car ils pensent que c’est un problème spécifiquement américain.
Ils n’ont pas compris que sauver les « crapules de Wall Street » comme ils le disent volontiers, c’était aussi sauver l’économie de la planète.
Et je ne suis pas certain d’ailleurs que ce soit leur problème…
Les américains sont convaincus d’être la plus grande puissance du monde, mais ils ne sont pas forcement convaincus d’avoir un rôle et des responsabilités à assumer à ce titre.
Vous me direz que lorsqu’il s’agit de payer, le sens de l’intérêt de la planète en prend un coup.
Meme si a court terme l’américain moyen ne « paye rien » a long terme il considère que les 700 milliards pèseront sur sa vie.


Il y aurait bien évidemment beaucoup d’autres choses a dire sur le sujet, et les jours qui viennent vont sans aucun doute apporter leurs lots de rebondissements probablement même inimaginables a l’heure ou sont écrits ces  lignes.
La seule chose qui parait sure aujourd’hui c’est que Mc Cain a perdu une élection qu’il pensait bien avoir presque gagnée.

A suivre.

Publié dans International

Commenter cet article