C'EST L'ETE....5 - OBAMA EN DANGER

Publié le par Patrick Gouverneur


Même si nous devons être les seuls à le dire haut et fort, nous vous répétons de nouveau que l'élection présidentielle américaine n'est pas jouée.
Vous me direz c'est le principe même d'une élection que jusqu'au jour du vote le résultat ne soit en théorie pas acquis.
Il existe cependant en général des tendances lourdes qui permettent d'affirmer sans trop de risque que sauf événement majeur imprévisible ou énorme erreur de la cause est entendue.
Comme en France l'année dernière par exemple.
Ici tel n'est pas le cas.
La presse française semble considérer avec une belle unanimité que Barack Obama sera le prochain Président américain, et bien elle va manifestement trop vite en besogne. Beaucoup trop vite.

L'élection est incertaine nous vous l'avons déjà dit pour des raisons techniques d'abord. Il faut pour être élu Président la majorité des délégués et pas forcement la majorité des votes au plan national.
Ne revenons pas sur ce point que nous avons largement évoqué.

Mais elle l'est aussi et surtout du fait que les intentions de vote ne sont semble t il pas figées, a 3 mois du scrutin.
Elles ne le sont pas en particulier du cote de Obama.
Sa personnalité, son programme, et ses propos sont encore manifestement considérés par beaucoup comme vagues.

Au niveau national il reste c'est vrai le favori.
Il est en tête depuis sa désignation, avec une petite marge mais une marge certaine devant John Mc Cain.
Dire qu'il est le favori des medias est un doux euphémisme.
Il est carrément le chouchou.
Du coup, la première surprise que l'on peut avoir c'est de se demander pourquoi il n'est pas plus largement en tête.... ?
Et pourtant depuis quelques jours ce que nous vous laissions imaginer dans notre dernier article, se produit.
Il est en baisse.
Au point d'être quasiment à égalité parfaite avec Mc Cain, même au niveau national.
Ne parlons pas de la Floride ou il a perdu 2 points en 1 mois et certains sondages donnent désormais une légère avance à Mc Cain.
Il se confirme de plus en plus que la Floride, l'Ohio et Pennsylvanie vont être la clé de l'élection.
Mais cela on espère que désormais vous le savez.

Reste à comprendre et à expliquer les raisons de ce tassement ?
Excellente question a laquelle il n'est pas si simple de répondre.
Car Obama revient d'une « tournée mondiale » façon rock star ou il s'est donne une
« stature d'homme d'Etat ».
Il a il a pris contact avec l'Angleterre, l'Allemagne, le monde Arabe, il a même vu son
« copain » Sarkozy (ce qui est tout de même gonfle de la part du Président français pour qualifier quelqu'un qu'il avait vu 20 mn dans sa vie...........), et il a pris des positions en particulier sur le Moyen Orient plutôt rassurantes.
En tout cas pour Israël et l'électorat juif américain.
Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'est pas récompensé par les sondages.
Alors qu'il espérait par ce voyage rassurer l'électorat sur un point, considéré au moins par son adversaire, comme son « point faible ».
Apparemment raté.

Nous vous avons déjà dit que les études qualitatives de l'électorat foisonnent ici.
Elles ont une formidable vertu c'est de permettre de bien comprendre les mouvements de l'électorat.
Comme prévu et comme il le savait bien évidemment, la frange gauchiste de son électorat a été déçu par son discours rassurant et patriotique.
Il a donc perdu un peu de support sur sa gauche.
Ce qui est nettement moins prévu c'est qu'il n'a gagné, il en a même perdu, aucune voix chez les indépendants, avec ce voyage.
Or c'est cet électorat qui sera la clé de l'élection, on en est certain.
C'est une frange très importante de l'électorat, d'environ 10%, bien évidemment décisive dans les élections, ici comme ailleurs.
Ce sont les électeurs dont votre serviteur fait partie, qui ne sont enregistrés dans aucun des deux partis Démocrate ou Républicain.
Au delà du refus d'encartage, c'est un électorat qui tout simplement se réserve le droit et qui l'exerce d'ailleurs, de voter librement d'un cote ou de l'autre selon la réalité des projets, selon les programmes proposés et la personnalité des candidats.
C'est très exactement la raison pour laquelle ils font basculer les élections et celle la plus encore que d'autres n'échappera pas a la règle.
Obama et son staff le savent, vous imaginez bien.
Et toute sa stratégie d'ailleurs depuis des semaines consiste à séduire cet électorat.
Et tous les sondages montrent que chaque fois qu'il y parvient..., il reperd leur soutien quasiment illico.
C'est le cas du dernier en date.
Comme si il n'arrivait pas à les séduire pour de bon.
Et tout son problème réside dans ce phénomène.

Personne ne conteste qu'il soit séduisant et charismatique, et personne ne conteste non plus que John Mc Cain le soit nettement moins.
Mais comme dit Bill O'Reilly le présentateur star de Fox News, « John Mc Cain on sait ou on va Barack Obama non ».
Bill O'Reilly, que l'immense majorité de nos lecteurs ne connaît pas présente le programme de News le plus regarde, et de loin aux Etats Unis.
Il est caricaturé par ceux qui le détestent (il y en a beaucoup) comme un conservateur pur et dur.
C'est faux.
A l'image de Fox News il est honnête, certainement pas démocrate, mais honnête.
Et il n'est ni militant ni sectaire.

C'est pourquoi O'Reilly est justement très écouté et très regardé par cette catégorie independante de l'électorat, car les autres chaines sont tellement engagées que pour les hésitants ou les « centristes » honnêtes elles sont quasi irregardables...
Or aujourd'hui, O'Reilly refuse de se prononcer sur Obama ni en bien ni en mal, indiquant qu'il ne « connaît pas suffisamment ses idées et son programme ».
Ce qui après presque 1 an de campagne, est finalement un jugement vous en conviendrez très sévère.
Mais cette opinion est partagée par beaucoup car elle est largement conforme à la réalité.
Sur beaucoup de points les positions d'Obama restent ambigües.
Et pour gagner il ne fait aucun doute qu'il lui faudra les clarifier.

Pour commencer Obama a accepté de venir donner une longue interview à Bill O'Reilly .
Mais depuis 3 ou 4 semaines tous les soirs a l'antenne O Reilly indique non sans malice, que le sénateur de l'Illinois « ne trouve pas un créneau dans son agenda ».
Du coup il indique aussi qu'il ferait mieux de le trouver rapidement car il rappelle que John Kerry en 2004 avait lui refusé de venir ....et que cela lui a coute l'élection.
Car O'Reilly l'avait par la suite laminé.
Obama viendra c'est sûr, autrement il est mort lui aussi.
Mais son hésitation montre sa crainte, car O'Reilly déjà prévenu qu'après l'interview « on aurait les réponses a toutes les questions que l'on se pose sur Obama »
Sous entendant qu'avec lui il ne se défilera pas et il devra être très précis.
Ses talents d'interviewer sont connus, et de surcroit sur le coup il en fait une question de principe, en mettant en quelque sorte sa réputation en jeu.
Il est clair qu'Obama ne pourra avec lui se contenter de la langue de bois.

Mais c'est peut être la clé pour résoudre cette incapacité à fidéliser l'électorat indépendant. Car il séduit sans fidéliser.

Obama doit désormais s'il veut gagner convaincre les indécis être précis dans ses propositions.
Le malheur c'est que parfois ce souci de « précision" l'amène à être en « contradiction » avec des propos précédents.


Nous l'avons vu au plan des affaires internationales, mais c'est vrai aussi sur le reste.
Le droit de forer au large des cotes de Floride par exemple ( le fameux expanded offshore drilling)
John Mc Cain est pour et Obama contre.
Enfin était.
Car 60 % des floridiens, qui sont concernes y étant favorables, du coup Obama a déclaré « qu'il fallait en étudier tous les aspects ».

Autre exemple en date, l'affaire des délégués démocrates de Floride et du Michigan pour la Convention Démocrate.
Vous vous rappelez qu'ils avaient été « interdits de convention » par les instances du parti, pour de sordides et grotesques raisons.
Or ils étaient en majorité pour Hillary Clinton, largement, et a moment donné le décompte de délégués étaient tellement serré qu'ils en etaient presque décisifs.
Hillary avait demande leur réintégration et Obama s'y était opposé ce qui avait conduit finalement à ne prendre que 50 % des votes.
Sinistre et sordide affaire à dire vrai.....
Aujourd'hui Obama a déclaré dans une lettre au Parti « qu'il est souhaitable qu'ils participent pleinement à la Convention pour préserver l'unité du parti ».
Louable intention sans doute, mais qui est interprétée par certains démocrates, et aussi surtout par les autres, comme totalement opportuniste.

On voit bien ce que recherche le Sénateur.
Obama traine et reste mystérieux (comme Mc Cain cela dit..) a designer son Vice Président.
Tous les experts s'accordent a dire que plus le temps passe plus les chances d'Hillary Clinton d'être désignée diminuent.
Voilà encore un facteur qui peut expliquer le tassement d 'Obama.
Car il est clair que si ca n'etait pas Hillary, pour beaucoup de femmes hispaniques et ouvrières ca passera mal.
D'ailleurs le mauvais sondage pour Obama en Floride montre un report de voix médiocre chez les électeurs d'Hillary.
Une offre de « réconciliation » publique suffira t-elle ?
A voir.

Alors pour Obama les Conventions avec leur show télé, les débats entre les deux candidats et l'interview de O'Reilly sont les trois prochaines étapes décisives.

Car John Mc Cain lui, suit sa route.
Il connaît sans doute ses limites charismatiques, alors il martèle ses positions encore et encore.
Il saisit toutes les occasions possibles pour relever les contradictions ou hésitations de son adversaire et essaye même depuis quelques jours d'être un peu plus agressif a son égard. Il essaye aussi, avec un certain succès d'ailleurs, de provoquer le candidat démocrate sur ses évolutions de pensée et de discours, quitte d'ailleurs à exagérer un peu....
Ce qui a le don d'énerver Obama et c'est sans doute ce que cherche Mc Cain.

Obama et ses conseillers ont certainement compris le danger.
Tout le monde est désormais d'accord que l'élection se jouera sur l'économie, d'autant que sur l'international et sur « la guerre » les positions de Obama se sont finalement rapprochées de celle de McCain.
Obama à l'heure ou nous concluons cet article vient de proposer un plan « énergie », un des sujets sur lesquels il était accusé « d'ambigüité ».
Pas inintéressant d'ailleurs.
Il veut taxer les compagnies pétrolières ( voir l'article sur EXXON ) pour distribuer en espèces sonnantes et trébuchantes 1000 $ à chaque américain !
Nul doute que beaucoup apprécieront.
Un petit calcul mathématique rapproché des 11.7 milliards de dollars (pour un trimestre.......) de profit de EXXON va sans nul doute le rendre populaire.
Il propose aussi, de mettre sur le marche a des prix bas (puisque achetés très bas) 10% des réserves stratégiques américaines.
10% c'est 70 millions de barils.

Pas gigantesque mais quand même....
Et enfin de développer les énergies alternatives (c'est Bush en premier qui l'a fait...) ce qui est moins original, et de « réfléchir » aux fameux forages au large de la Floride ce qui est peut être un peu tardif on l'a vu.
Un plan accompagné d'un argument, auxquels beaucoup d'américains sont sensibles, et que dire des français qui le répètent a l'envie..., « après avoir eu un Président inféodé aux compagnies pétrolières pendant 8 ans, on ne peut se permettre d'en avoir un second ».

Tout cela est un peu plus convainquant c'est vrai que son idee initiale qui consistait " a degonfler lee pneus des voitures"......

Autant dire que Obama passe a l'offensive, sentant évidemment le danger. Il n'agit plus comme quelqu'un qui fait la course en tête mais comme quelqu'un qui rentre dans la dernière ligne droite a égalité.

Donc croyez moi rien n'est encore joué.
Et si vous vous intéressez à cette campagne, suivez les sondages sur la Floride, l'Ohio et la Pennsylvanie.
Tout est la.
Apres presque deux ans de campagne, et quelques dizaines de milliards dépenses, c'est tout de même un sacre paradoxe.

Publié dans International

Commenter cet article

patrick g 18/08/2008 15:56

absolument

Loïc 12/08/2008 10:50

Oui même si bien sûr ça n'oblige à rien, ça paraît bizarre vu d'ici de s'affilier à un parti dès son inscription sur liste électorale... Enfin, disons que c'est à fond la logique du bipartisme... Je me suis laisé dire aussi que le pourcentage de votants en Amérique était très faible : de l'ordre de 50%

patrick gouverneur 11/08/2008 17:45

D'abord l'incertitude ou la confusion dans les programmes s'appliquent essentiellement a Obama.Cela tient au fait qu'il a occupe les ecrans pendant des mois , mais pour une election primaire c'est a dire pour convaincre les democrates.Comme dit Loic il avait un discours tres cible et un peu demagogique.Aujourd'hui il lui faut convaincre les electeurs du centre ou les hesitants, c'est pourquoi il est amene a "preciser" sa pensee sur tout les sujets et on constate des differences par rapport a ce qu'il disait il y a quelques mois, car les gens a convaincre ne sont plus les memes.Mc Cain n'a pas eu ce probleme car il a gagne facilement sa primaire et n'apas eu a adapter son discours.Je crois que les debats entre les deux et quelques grandes interviews vont clarifier les choses. D'ailleurs depuis quelques semaines Obama a commence a etre plus specifique sur tous les sujets.POUR LOICL'immense majorite des electeurs est affilie a un parti ( 90% sans doute) mais cette affiliation ne les engage a rien. Elle est faite au moment ou on s'inscrit sur les listes electorales, on peut en changer si on le souhaite. Quasiment personne ne le fait mais cela n'empeche pas de voter differemment de son inscription d'origine.Pour le reste comme dans toutes les democraties, il y a 80% qui savent exactement pour qui il vont voter 40% de chaque cote.Et l'election se jouera naturellement sur les autres.

Loïc 10/08/2008 15:09

Pour surenchérir sur les questions d'Alain, je pense que la plupart des discours de la campagne américaine consiste pour les candidats à dire ce que les électeurs veulent entendre... On ne s'adresse pas à un agriculteur redneck comme on s'adresse à un businessman new-yorkais, ou un ouvrier de chicago... Et, à force d'avoir un discours adapté, on brouille le message... soit dit en passant, on a vu un peu ça dans la dernière campagne présidentielle française : il n y avait pas de grande lignes de force, mais un sujet par semaine, auquel Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal essayaient de se conformer, en faisant les déclarations et visites associées...Et, on passait à autre chose... Il y a une vraie difficulté dans le monde politico-médiatique actuel à parler de façon globale et précise aux électeurs... on leur parle de façon particulière et générale, ce qui n'est pas la même chose... Alors, chez BAM, vous êtes électeurs américains ? Je me suis toujours demandé y a t il une grosse proportion des américains qui sont encartés dans un parti ?

ALAIN 08/08/2008 05:34

A quoi serve ces campagnes americaines si au bout de 18 mois on ne connait toujours pas les programmes des uns et des autres?la presse locale que vous avez tendance a encenser fait elle si bien que cela son boulot?