REFORME DES INSTITUTIONS-QUE DES COUPABLES ..ET DES PERDANTS

Publié le par Patrick Gouverneur

Depuis ce Lundi 21 Juillet 2008 la République française dispose d'une nouvelle Constitution.

Ce qui veut dire, puisque c'est la définition même de la Constitution de la République, de nouvelles règles de fonctionnement politiques.
La date devrait être historique, et l'affaire n'est pas neutre et devrait en soi alimenter articles et chroniques.
C'est hélas très loin d'être le cas.
Le vote aux forceps à une voix près, reste et restera l'événement majeur que tout le monde retiendra.
Le reste, c'est à dire le contenu est déjà oublie.
Pourtant cet événement devrait être considéré par tous comme un événement majeur de notre vie politique, et nous en sommes bien loin.
Les français ne se sont jamais réellement passionnes sur cette Reforme...... car on n'a pas vraiment cherche à les y intéresser.
Les petits jeux politiques lassent tout le monde c'est bien connu.
Résultat, nous avons pour notre part un arrière gout amer, mais force est de constater que finalement tous les « acteurs » à des degrés divers du dossier, sont perdants.
Et c'est bien triste.
Passons-les si vous le voulez bien en revue.

La France

A tout seigneur tout honneur, car c'est qu'on le veuille ou non le premier « acteur » concerné.
Et c'est hélas la plus grande perdante.
Perdante de ne pas avoir bénéficiée de l'occasion gâchée, par tout le monde collectivement, de réellement moderniser l'organisation de sa vie politique.
Les bienfaits de ce « toilettage » sont en effet bien minces.
Le droit pour le Président de s'exprimer devant le Parlement, relève de l'élémentaire bon sens, mais relève aussi plus du symbole que d'une révolution profonde de la vie de la République, des lors que l'on n'a pas été jusqu'à supprimer le poste de Premier Ministre.
Les indéniables nouveaux pouvoirs conférés au Parlement sur l'établissement de son ordre du jour, la création de Commissions d'Enquêtes ou le droit de regard sur les nominations présidentielles, sont des avancées réelles.
Sur le papier.
Mais le recul, pour ne pas dire la lâcheté, sur le maintien du cumul des mandats les rend en pratique très sujets à caution.
Il y a pour le moins paradoxe en effet, à confier plus de pouvoirs au Parlement, c'est à dire à des parlementaires, alors même que ceux-ci montrent et démontrent sans cesse aujourd'hui leurs insuffisances de façon criante.
Autrement dit comment les parlementaires déjà défaillants aujourd'hui parce qu'absents, dans un système éminemment présidentiel, pourraient-ils être efficaces demain dans une organisation qui leur demandera plus ?
Comment vont-ils assumer ces nouvelles taches alors même qu'ils n'assument pas celles d'aujourd'hui ?
N'y a-t-il pas le risque d'obtenir le résultat inverse a celui recherché, d'avoir construit une usine a gaz .........sans ouvriers pour la faire marcher ?
L'évidente inspiration anglo-saxonne est estimable, mais en ne donnant pas les moyens au système de fonctionner on expose la République encore plus qu'avant à des blocages. Dans le cas notamment de majorités courtes (c'est déjà arrive et cela arrivera encore) on peut même assister a des blocages d'inspiration purement politique.

Qui sont les coupables de ce gâchis, et du maintien de cet absurde privilège de servir la République a temps partiel ?
Clairement tout le monde.

Sarkozy d'abord. Coupable d'avoir fait semblant de ne pas avoir compris ou pas voulu comprendre que toute reforme est sans effet ou presque, si on ne lui donne pas les moyens de fonctionner.

Les parlementaires, toutes tendances confondues, ensuite, qui trop contents de protéger leurs petits intérêts personnels, ont bien sûr laissé faire.

Balladur et Lang de n'avoir pas mis la pression, en particulier médiatique sur l'importance du cumul des mandats dont la suppression figurait pourtant dans les propositions phares de leur Commission.

Les medias, en particulier spécialisés, qui savaient depuis le début que sans cette reforme, tout le reste était anecdotique, et qui ont préféré s'attarder sur les règlements de compte politiques infiniment plus amusants sans doute que de se pencher sur le véritable contenu de la reforme.

Des coupables, mais qui sont finalement la suite de la liste des perdants

Nicolas Sarkozy

Politiquement gagnant a première vue, mais l'étroitesse de cette victoire en ternit clairement l'impact.
En outre les moyens douteux utilises pour arracher les quelques voix décisives ne l'honorent pas, alors même qu'il avait l'occasion unique de marquer l'histoire avec une approbation massive.
Même si les responsabilités sont partagées il n'a clairement pas souhaité faire adhérer les socialistes a sa reforme en misant trop longtemps sur sa majorité arithmétique théorique, qui s'est d'ailleurs petit a petit évaporée...

Les parlementaires

La encore ils sont gagnants sur le papier puisqu'ils récupèrent plus de pouvoir et plus de privilèges.
Mais dans l'opinion c'est une autre affaire.
Ceux de droite ayant pousse Sarkozy à la jouer « petit bras », et ceux de gauche qui ont fait de cette affaire (dixit jack Lang) une opération strictement de politique politicienne en se foutant totalement des intérêts de la République.
Il est quelque part honteux que dans un pays comme la France qui aime à donner des leçons de démocratie à la terre entière, les « nouveaux statuts de la société France » n'aient pas pu être votés par 80 % par ceux qui sont supposes faire marcher la machine.
Cela dénote et les français ne seront pas dupes, que pour eux la Constitution n'a pas d'autre intérêt ......que les leurs.
Consternant.

Les socialistes

Plus que les autres encore, ils ne sortent pas grandis.
Ils ont perdu la bataille politique qu'ils ont eux même crée, et ils en sortent en plus avec un nouveau psychodrame interne.
Ils ont réussi la performance de voter contre des mesures qu'ils ont toujours réclamées, et de n'avoir rien obtenu (car ils ne le voulaient pas vraiment toujours selon Jack Lang) comme avancées supplémentaires.
Au surplus entre interdiction de voter selon sa conscience, et menaces d'exclusion ils ont confine a un comportement stalinien qui ne les honore pas.
Dans cette catégorie on y mettra François Bayrou a qui ce serait faire trop d'honneur que lui en crée une à lui tout seul....

Les Radicaux de Gauche

La encore apparemment des gagnants. Ils ont récupère par leur subit accès de lucidité (que certains appellent trahison), le droit d'avoir un groupe parlementaire avec ses privilèges. Leur éclairage médiatique a sans doute permis à quelques uns de découvrir qu'ils existaient encore......
Mais le retour de bâton électoral pourrait être sanglant.
La vengeance des ayatollahs du PS pourrait être un plat qui se mange froid, et les prochaines investitures risquent fort de ne pas être aussi généreuses que par le passe du cote de la rue de Solferino.....
Ce qui risque de choquer l'opinion ca n'est pas tant leur décision sur le fond, que son cote tardif, pour ne pas dire a la dernière minute qui le rend suspect

Enfin on terminera par les français.

Dont on n'est pas sur qu'ils comptent beaucoup pour tous ceux qui précédent.
Le fait est la, ils continueront à voir le triste spectacle d'un hémicycle déserté par leurs représentants, qui sont incapables de se rassembler autrement que lorsqu'il s'agit de se voler leurs propres retraites.
Ou la curieusement l'unanimité est de retour.
Les français qui sont des lors en droit de se demander fort légitimement si les mentalités de la « France d'en bas » n'évolue pas plus vite que celle de leur classe politique que l'on a du mal à qualifier de « France d'en haut ».

Publié dans Politique

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