LE PARADOXE PETROLIER

Publié le par Philippe Dermagne

Si le pétrole à 150 $ le baril nous fait faire le plein de notre Twingo pour 60 €, c'est très agaçant mais n'est peut-être pas le plus inquiétant. Outre de plonger toutes les économies dans une situation de forte vulnérabilité, les conséquences d'une telle augmentation vont peut-être à l'encontre du développement durable et de la protection de l'environnement…


Liminaire en deux points
1. L'attitude des politiques
C'est une loi universelle, toute décision semblant pertinente sur l'instant peut avoir des conséquences dérivées fort désagréables à terme. Nos dirigeants politiques, on le sait, ont l'art de prendre des décisions sans toujours en appréhender les tenants et les aboutissants.
Des vaches laitières de Michel Rocard qui, sous prétexte de stopper la production excédentaire de lait, a précipité le marché de la viande dans une dépression terrible…aux permis à points qui, certes incitent à la prudence, mais multiplie le nombre de ceux qui roulent sans permis…les exemples sont nombreux.
Nos politiques ne sont pour rien dans la crise pétrolière. En revanche nous pouvons nous interroger sur leur diagnostic et sur leur façon de traiter le phénomène. Le prennent-ils par le bon bout de la lorgnette ?


2. La décision de la BCE
Faire le plein pour 60€ n'est déjà pas une bonne nouvelle, mais les choses ne vont pas s'arrêter là. Les coûts de transport ayant une incidence plus ou moins élevée mais directe sur les prix de l'ensemble des produits, une inflation en cascade mondiale risque de nous tomber sur la tête. En Europe, avec une inflation à 4,5% pour une croissance péniblement à 2%, il ne faut pas être grand clerc pour se dire que nous nous appauvrissons de 2,5%. La croissance étant plus difficile à décréter que l'inflation à maîtriser - dit-on - Jean Claude Trichet a sans doute eu raison de relever le prix de l'argent d'un ¼ de point. Attendons de voir.

 
Mais revenons au coeur de notre propos...
L'augmentation continue du prix du pétrole risque de contrarier les volontés écologiques. Son prix est tellement élevé que des sites d'extraction difficile jusqu'alors non viables, deviennent du jour au lendemain très rentables.
C'est le cas des sites sous les profondeurs sous-marines arctiques ou, mieux encore, ceux où abondent sables et schistes bitumineux, notamment au Canada et au Vénézuela. De plus, au plan environnemental, ces derniers sont considérés comme des désastres absolus.
Les moyens mis en œuvre étant monstrueux, les hommes sont capables de raboter des montagnes sur des millions d'hectares, d'abattre des forêts entières ou de détourner des grands fleuves.
Rien n'arrêtera les prospecteurs à chercher de nouveaux sites, les ingénieurs à savoir les exploiter et les investisseurs à financer le tout.

 

Et ce n'est pas tout…
Ce qui était économiquement impossible devenant possible, un retour en arrière pourrait bien rapidement devenir illusoire ! Les grands exploitants de ce type de pétrole auront tellement investi, qu'ils feront tout pour que le prix du baril de pétrole reste au sommet. La puissance des lobbys pétroliers est telle qu'ils peuvent sans doute à eux seuls se battre contre la planète entière et longtemps.

Evidemment, face à la fièvre pétrolière, les recherches de sources énergétiques économiques se développent à la vitesse grand V. Heureusement d'ailleurs !
Mais il y un hic…les énergies d'origine biologique.
Les agriculteurs de pays comme le Brésil ou les USA risquent d'arroser de plus en plus leurs champs, non pour nourrir l'Humanité, mais pour remplir les réservoirs des automobiles, des avions ou des navires qui ne ralentiront pas leurs trafics, puisque c'est impossible.
Parions que la Chine, l'Inde voire la Russie vont suivre sur cette agriculture de l'énergie, accentuant le déficit alimentaire mondial et l'inflation déjà galopante des denrées vitales pour les pays pauvres (blé, riz, soja). Les instances internationales ont pris conscience de cette situation, mais réagissent-elles à temps et surtout avec suffisamment de force ?

 

L'écologie, une nouvelle forme de pensée unique

Alors que pays industrialisés s'imposent le respect d'une nouvelle éthique environnementale, les pays émergents s'en passent et polluent de façon massive et incontrôlable. Accédant à l'économie de marché rapidement, ils ne font rien d'autres que ce que nous faisions nous-mêmes durant une grande partie du XXème siècle.
Bref ! Les écologistes ont peut-être tort de se réjouir de l'augmentation aussi brutale du pétrole qui, d'après eux, limiterait mécaniquement la consommation et les émissions de Co2. Ils auraient sans doute raison si le choc n'était pas aussi brutal, en donnant le temps aux chercheurs et aux ingénieurs de construire une pile à hydrogène ou tous autres moteurs géniaux pour quelques centaines d'euros.

Mais en attendant, la planète n'est pas encore en passe de réduire sensiblement sa consommation d'énergie fossile; les croissances à 8 ou 10% des pays asiatiques et leurs quelques 3 milliards d'habitants (Chine, Inde, Indonésie...) étant les paramètres difficilement contrôlables d'une boulimie énergétique.
La brutalité du choc pétrolier, qui certes nous pousse à accélérer la recherche de solutions alternatives, n'a-t-elle pas mis en route une machine infernale dont nous subirons les effets pervers durant tout le XXIème siècle ? Les conséquences économiques et sociales planétaires ne vont-elles pas être d'une telle ampleur que les tensions deviendront ingérables autrement que dans la violence ?

Pour terminer, voici un petit proverbe. Il serait chinois ! 

"Si on prend aux gros de quoi nourrir le maigre, le gros sera mort avant d'avoir sauver le maigre".

A méditer !

Publié dans Economie

Commenter cet article

Philippe DERMAGNE 12/07/2008 12:38

A LOÏCA propos du proverbe chinois...non, bien au contraire. Je pense que la parabole signifie qu'il faut apprendre au "maigre" à savoir vivre en toute indépendance et que ce n'est pas en prenant aux nantis qu'on le sauvera. Une politique d'assistance a ses limites et elle ne doit pas être conçue pour ne pas avoir de fin ...ou de faim !

Loïc 11/07/2008 19:24

C'est assez juste tout ce que tu dis dans ce texte..Mais, si effectivement, l'augmentation du prix du pétrole ne signifie pas forcément conduite écologique plus vertueuse, il n'en est pas forcément l'antithèse... Ce qui est fondamental, c'est de consommer moins : et ça passe par des vraies polititiques à long terme, concernant le logement, l'amènagement du territoire (les centres commerciaux à l'écart des villes sont des aberrations de la civilisation de l'automobile), le commerce mondial (si on mettait une taxe sur les produits qui viennent de loin, ça obligerait à manger plus local, et ça rendrait d'ailleurs les producteurs locaux plus compétitifs) Mais, je suis d'accord que mathématiquement, d'ici 2050, on passera de 7 à 9 milliards de personnes pour au mieux autant de ressources, donc le problème est naturel... Dis-donc, ton proverbe chinois ne signifie-t-il pas qu'il faut se débarasser des faibles ?