2012 ??? ET SI C'ETAIT L'ANNEE DE LA SUPPRESSION DU BAC ?

Publié le par Patrick Gouverneur

Non pas la session de Juin 2012. Que les élèves de Première en ce moment se rassurent… ils n’y couperont pas.

Non, simplement pour l’élection de 2012, il serait bien en effet  que les candidats mettent à leur programme d’étudier sérieusement cette hypothèse.

Car il est un fait qu’il y a plein de raisons pour  proposer cette révolution, que nous suggérons depuis longtemps, et que l’actualité nous conduit à évoquer de nouveau.

La moins bonne des raisons c’est précisément celle qui fait l’actualité aujourd’hui.

 

Il y a eu des fuites  sur les sujets ?

 

Et alors ?

C’est un problème sérieux certes, mais pas une raison pour justifier la suppression du BAC.

Il ya toujours eu des fuites. De tout temps.

En 1970 déjà il y en avaient… mais elles étaient souvent fausses et bidons. Dommage pour nous. Simplement aujourd’hui internet les diffuse en temps réel, et les internautes d’aujourd’hui veulent faire les malins et se la jouer sur leurs réseaux sociaux en les diffusant a tout le monde au lieu de les garder, grâce a leur pote imprimeur, pour eux et leurs copains.

Pas très futés nos jeunes amis… qui naturellement se font piquer…

Reste qu’une situation comme celle-ci  est parfaitement  exceptionnelle, et ne justifie en aucun cas d’en tirer des conclusions définitives.

 

Néanmoins je confesse que j’ai une petite pensée pour Luc Chatel.

Le pauvre.

Lui qui faisait des efforts louables pour ne strictement rien faire dans son Ministère, pour éviter les ennuis.

Pas la moindre décision polémique, pas la moindre reforme qui fait descendre dans la rue les mômes entrainés par leurs profs qui ne demandent que cela.

Pas une boulette, pas une grève, rien.

Un quasi sans faute a la Jack Lang et voila que lui tombe dessus cette histoire a laquelle il n’est pour rien. Que la vie est injuste parfois…….

Il risque d’être le premier Ministre de l’Education Nationale de l’histoire à déclencher une crise …avec les parents.

Historique….

Non pour être tout a fait clair, il y a des raisons bien plus sérieuses que celle-ci.

 

Le cout en est une.

 

Pas la plus importante non plus.

300 millions d’euros parait-il.

Bon c’est une somme effectivement, singulièrement dans ces temps de chasse au gaspi qui devrait habiter telle une obsession l’Administration française…..  

Mais enfin ce ne sont « que » 300 millions.

Si l’enjeu en valait la peine ma foi a l’échelle de la France on pourrait considérer que ce n’est pas grand-chose, ou disons plutôt qu’on devrait avoir les moyens de se payer cela… Mais précisément c’est tres cher, et trop cher, compte tenu du résultat si l’on peut dire, au vu  des autres raisons.

 

La machine est quasi ingérable

 

Les fuites sont on l’a vu presque anecdotiques comparées aux problèmes d’organisation.

Il y a 60 ans le BAC était un examen élitiste, la majorité des élèves arrêtaient avant.

Remarquez avec un certificat d’Etudes ils arrivaient à ne pas faire de fautes d’orthographe…. eux. Aujourd’hui je crois que 70% d’une classe d’âge s’y présente, du coup l’organisation est devenue une machine de folie. Des milliers de profs pour corriger (et ils trouvent le moyen encore de ne pas en prévoir assez,) payés une misère et qui font donc la tronche pour corriger les copies.

Qui ont des délais de folie a respecter au point de refiler, c’est connu parait il, des copies a des copains ou a leur famille en retraite….

Résultat des distorsions de notes et de corrections qui pourraient faire rire mais qui en général font pleurer les victimes et leurs parents

Combien de 16/20 qui restent des mystères pour beaucoup… les mêmes parfois qui crient au scandale avec un 8/20 inexpliqué ou inexplicable … a leurs yeux , et même a ceux de leurs profs réguliers parfois.

Le E Learning reste pour l'Education Nationale un gros mot, alors que c'est le quotidien pour tous les pays desormais.

 

Le BAC ne signifie plus grand-chose

 

Chaque Ministre (Fabius fut le premier,… rendons lui ce triste hommage) se félicite que 80% des mômes ont le BAC.

C’est un « progrès » que l’on a franchement du mal à considérer comme tel… Il est même pour tout dire des plus douteux.

Originellement le BAC signifiait l’examen d’entrée dans l’enseignement Supérieur.

Et les mentions décernées étaient supposées gratifier leur bénéficiaire.

Les Grandes écoles, et les moins grandes aussi d’ailleurs, ont progressivement créé leur propre concours d’entrée, J

’en suis un témoin privilégié puisque j’en fus un des pionniers en 1975…

La raison initialement était simple, les critères de recrutement souhaités par les écoles, n’étaient pas ceux de la réussite au BAC. Progressivement s’en est ajoutée une autre, c’est que le niveau du BAC n’était de fait pas reconnu par les Ecoles, qui donc faisaient leur propre sélection à travers leur propre concours.

Aujourd’hui en partie à cause des effectifs à gérer, la dérive est effrayante d’anachronisme, certaines écoles exigent même des mentions.

Allant parfois jusqu'à mention BIEN pour certaines.

C’est dire quel niveau de considération elles apportent aux notes du BAC.

Et quel niveau a la BAC ?

Vous avez beaucoup de copains qui ont mention BIEN au BAC ? Moi aucun.

Aujourd’hui il semble qu’il y en ait beaucoup et même des TRES BIEN qui de mon temps passaient a la télé….

De tels comportements sélectifs sont théoriquement interdits dans l’enseignement public, pour autant Dauphine depuis 30 ans exigent des mentions en toute illégalité.

Désormais avec la Loi d’autonomie des Universités, chacune sera en droit de poser ses propres règles.

Ce qui n’est pas scandaleux loin de la, c’est le cas dans tous les pays du monde. Mais des lors a quoi sert cet examen si ce a quoi il prépare théoriquement le considère comme quantité négligeable en instaurant ses propres critères ?

Peut faire plus terrible demonstration de l'inegalite devant l'Education?

 

Le pire c’est son contenu

 

Et peut être plus encore son esprit.

Pour ma part ma dernière expérience « personnelle » remonte a...1995, l’année du BAC de mon fils ainé.

 Il se trouve que j’ai eu la « chance » si on peut dire d’accompagner mon neveu  lors de ses 2 bacs (français et général) l’année dernière.

Croyez moi mes amis c’est proprement hallucinant.

Les programmes sont confondants.

L’Histoire par exemple est d’une densité terrible, en tout cas pour ce qui est du programme supposé…. Ce n’est pas grave remarquez puisqu’un élève normal n’en apprend pas le quart… .. et encore.

De toute façon l’épreuve consiste en un exercice plus proche du français que de l’Histoire, et si vous savez faire une phrase avec un sujet un verbe et un complément (ce qui n’est pas évident pour tous les candidats je vous le concède…) vous avez la moyenne.

Si vous avez en plus retenu une partie du contenu, la c’est bonus le 16/20 est assuré.

Je vous jure que je n’exagère pas.

Les langues vivantes, singulièrement l’anglais sont…. a l’écrit.

Avec  des sujets a tomber par terre.

Les enfants bilingues dont les parents sont américains par exemple, peuvent s’estimer heureux avec 15. Ceux qui ne sortent pas un mot ont 10/20 pour peu qu’ils aient appris par cœur les textes à réviser, car les textes sont connus a l’avance…..

Quand je vous dis confondant…

Evidemment vous allez me dire comment faire passer l’oral a des centaines de milliers de mômes ? Et bien voila on revient au problème d’argent et d’organisation. Et au nom de cela on nage en pleine absurdité.

Quand on voit qu’apparemment l’homme le plus indiqué et le plus compétent pour succéder a Christine Lagarde « pose un problème » car il ne prononce pas un mot d’anglais… on a froid dans le dos. Ce qui pose un problème ce n’est pas seulement lui mais c’est aussi  le système qui l’a formé !

Pour ceux qui ne sauraient pas il s’agit de François Baroin…..

Très franchement il n’y a guère que les matières scientifiques qui ne souffrent pas tellement de la critique, tout les reste est un gag.

 

Et le pire est peut être la méthode…  

 

Les écoles (privées ou pas d’ailleurs) qui seraient tentées d’innover dans leur programme, avec je ne sais pas moi,… au hasard, des cours de Computer, ou d’Histoire des Religions…, ou encore d’Initiation aux Institutions Politiques,  voyez des choses comme cela, sans grand intérêt…. ne le font pas car « cela sert a rien ce n’est pas au programme ».

Ils n’ont hélas pas tort leur rôle c’est de préparer les mômes à avoir le BAC pas a apprendre des trucs et encore moins des trucs intelligents.

Y a-t-il pire formulation que « boite à BAC ? »

C’est ce qui m’amène au dernier point disons pédagogique, mot qui doit avoir disparu de la langue française.

C’est la dénonciation de la culture poussée au paroxysme du « par cœur imbécile » pour lequel on a même inventée un mot «le bachotage ».

Ca ne s’invente pas, c’est sans doute un des rares mots de la langue française … qui n’a pas d’équivalent dans les autres langues….

Le bachotage dont chaque français connait la signification résume à lui tout seul l’absurdité de cet examen.

 

En toute logique l’enseignement secondaire et sa sacralisation qu’est le BAC, est ou plutôt était la préparation par excellence à l’enseignement supérieur présumé plus spécialisé…

Que l’on m’explique pourquoi les Ecoles en 4 ans passent en 5 ?

Pourquoi la Licence il y a 50 ans faisait la fierté des familles quand aujourd’hui une Maitrise est  juste considérée comme acceptable... et qu’a moins de BAC + 6 on est un looser ?

Pourquoi ?

Doit-on y voir un signe évident de valorisation de l’examen ?

Les mômes qui vont dans les Ecoles de Business aujourd’hui apprennent-ils plus de comptabilité ou de Marketing que les vieux comme nous ?

La comptabilité est elle devenue plus compliquée qu’avant ?

Pourquoi les écoles sont elles obligées d’enseigner la règle de 3 a des BAC S qui maitrisent parfaitement par ailleurs les intégrales, mais qui ne savent pas faire une division et une multiplication ?

Comment défendre des lors cet examen qui nivelle par le bas, et qui surtout de par son coté obligatoire et national limite la créativité des écoles et des enseignants ?

 

Une exception française

 

On en finira avec cela.

Peu de gens le savent mais le BAC n’existe que chez nous.

Et je ne parle pas seulement des US qui ont dépassé le problème depuis longtemps.

Il n’existe pas ou plus nulle part ailleurs en Europe.

Voila donc un dernier et ultime argument qui milite pour sa suppression, l’argument politique de l’Europe que l’on utilise à toutes les sauces, surtout celles qui nous arrangent.

 

Un dernier mot sur les US. Il n’y a pas de BAC mais il y a un examen d’entrée dans les Universités qui s’appelle le SAT. Il est organisé dans un pays de 325 et quelques millions d’habitants sans que jamais on entende parler de « problèmes d’organisation ».

Les sessions sont organisées à tout moment dans l’année, partout et même à l’étranger, et les candidats peuvent même le passer plusieurs fois pour améliorer leurs notes…

Chaque Université fixe un score minimum qu’elle exige et a ma connaissance aucune d’entre elles ne remet en cause la correction ou la valeur des notes…

Quant aux corrections et bien les QCM ne sont pas faits pour les chiens et évitent ainsi aux profs de râler…… Car ils râlent ici aussi. Mais les problèmes de distorsion de correction avec les QCM ca n’existe pas…

 

Donc il n’y a pas de fatalité comme toujours a la contestation et a l’incertitude.

Voila je l’espère un tableau complet et objectif de la situation, il reste désormais a écouter nos candidats, leurs propositions et leurs idées.

Sur ce sujet la comme sur bien d’autres.

 

Publié dans Politique

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